Retour

Le cercle vicieux des drames à répétition à Lac-Simon

C'est une communauté meurtrie, tendue, presque en attente d'un autre drame qui, inévitablement, devra arriver. Pourquoi? Parce que d'un drame à l'autre - et il en arrive souvent là-bas - pas grand-chose ne change. Direction Lac-Simon, près de Val-d'Or, en Abitibi.

Un texte d'Alexandra Szacka

En mars dernier, dans cette réserve algonquine de quelque 1800 habitants, le meurtre d'un agent de la police autochtone de Lac-Simon, Tierry Leroux, abattu par un jeune de la communauté qui s'est ensuite enlevé la vie, a fait les manchettes. La police autochtone s'est ensuite retirée de la réserve pour laisser la place à la Sûreté du Québec, pour quelques semaines.

Mais le conseil de bande a lancé un SOS aux deux ordres de gouvernement. Ils demandaient une rencontre avec les ministres Coiteux et Goodale pour demander le renforcement de leur corps de police.

Dans la soirée, les policiers appelés sur les lieux d'un party un peu trop bruyant se sont retrouvés face à un individu armé d'une machette. C'était Sandy. Quelques minutes plus tard, il gisait par terre avec deux balles dans la tête.

Son grand frère Rick est révolté. « lls auraient pu viser une jambe, un bras, mais le tuer comme ça... », lance-t-il. Rick a encore en mémoire un autre de ses frères, John Junior Michel, tué par un policier presque au même endroit, sept ans auparavant. Il avait attaqué la voiture de police avec une machette. Une vidéo tournée par la caméra située à l'intérieur de la voiture en fait foi.

Drogue, alcool, DPJ et détresse

Ces drames à répétition sont causés par un cercle vicieux. La consommation de l'alcool et de drogue mène aux interventions de la DPJ, qui enlève les enfants à leurs parents pour les placer dans les familles d'accueil. À Lac-Simon, presque un enfant sur quatre, en bas de 17 ans, est en famille d'accueil. Dix fois plus que dans le reste de l'Abitibi.

Les parents qui se font enlever les enfants tombent en détresse, se droguent et finissent immanquablement par avoir des démêlés avec la police. La tension entre la population et la police, qui souvent accompagne aussi les agents de la DPJ quand ils viennent chercher les enfants, est énorme, selon les dires de plusieurs.

« On a vraiment un gros problème, un fléau de la drogue dans notre communauté », avoue la vice-chef de bande, Pamela Papati. Mais les problèmes sont beaucoup plus profonds, dit-elle presque du même souffle :

  • la surpopulation;
  • un nombre record de naissances (70 nouveau-nés l'an dernier pour une population de moins de 1800 habitants);
  • le manque d'emplois dans une communauté où moins de 30 % d'adultes travaillent.

Nouveau règlement, nouvelle solution?

Cette fois-ci, les autorités de la bande ont décidé de prendre le taureau par les cornes. Elles travaillent sur un projet de règlement qui prévoit des peines très sévères pour les vendeurs de drogues, qui prolifèrent à Lac-Simon. Cela pourrait aller jusqu'à l'expulsion de la communauté.

Si le ministère des Affaires autochtones l'entérine, le règlement pourrait entrer en vigueur prochainement. Mais comment le mettre en pratique si on manque d'effectifs pour faire des enquêtes et pour arrêter les trafiquants?

Dans cette communauté, où pourtant plusieurs initiatives existent pour assurer aux enfants un meilleur avenir, notamment à la polyvalente - où le décrochage scolaire a diminué de façon importante ces dernières années -, la détresse et la crainte de l'avenir sont profondes aujourd'hui.

« Moi, je vais vivre longtemps, tant que mon fils va être sur terre », nous avoue les larmes aux yeux Rick Brazeau, qui a vu deux de ses frères tués par la police et un autre, s'enlever la vie. « Je veux devenir grand-père, je vais voir mes petits enfants auprès de moi. C'est ça que je veux : réaliser beaucoup de projets avec mon fils. »

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un avion s'écrase dans un arbre





Rabais de la semaine