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Le drame à Akulivik soulève plusieurs questions dans la communauté inuite

Le drame familial survenu samedi dans le village inuit d'Akulivik, dans le Nord-du-Québec, soulève plusieurs questions dans cette petite communauté de 600 habitants. Les nombreux problèmes sociaux et le manque de ressources semblent figurer parmi les nombreux facteurs en cause, selon le chef de police de Kativik, Michel Martin.

Trois personnes ont été poignardées à mort et le suspect a été abattu par des policiers du corps de police régional de Kativik, qui couvre 14 communautés dans le Grand Nord québécois. L’enquête a donc été confiée au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI).

Deux autres personnes ont été sérieusement blessées, mais elles sont maintenant hors de danger, a indiqué Michel Martin, lors d’une entrevue accordée à Gravel le matin, l'émission matinale diffusée à ICI Radio-Canada Première à Montréal.

Il a affirmé, d’emblée, ne pas pouvoir expliquer pourquoi un jeune homme de 19 ans est entré dans trois domiciles pour poignarder cinq personnes, avec qui il avait des liens de parenté.

L’enquête permettra de déterminer les raisons qui ont poussé le suspect à agir ainsi.

Toutefois, le policier a indiqué que certains facteurs ont pu contribuer à la tragédie.

« Il n’y a pas vraiment de ressources sur place qui viennent à bout de supporter les différentes situations, les différents problèmes que ces gens-là doivent traverser dans leur vie », a ajouté M. Martin.

L'assistant de la directrice générale de la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik, Fabien Pernet, reconnaît que les services plus spécialisés, « qu'on appelle de deuxième ou troisième ligne », sont rarement disponibles directement à Akulivik.

Une personne qui a besoin d'aide doit d'abord se rendre au CLSC. Si les soins requis ne sont pas offerts à Akulivik, elle devra se rendre à Puvirnituq ou encore à Montréal en avion. « C’est certain que les déplacements sont problématiques », admet-il.

Fabien Pernet, qui travaille depuis plus de dix ans dans le Grand Nord québécois, ajoute néanmoins que les services offerts sont nombreux et que la façon de les offrir s'améliore d'année en année.

Peu de temps après le drame du 10 juin, la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik a envoyé plusieurs intervenants pour aider la communauté. Une ligne téléphonique a aussi été mise en place.

Toxicomanie

Si les problèmes d’alcool et de drogue sont très fréquents dans ces communautés, les populations du Nord n’ont pas accès à des ressources comme les Alcooliques anonymes.

Michel Martin ne sait pas si le suspect avait des problèmes de toxicomanie, mais il a souligné que dans plus de la moitié des interventions de son corps de police, l’alcool est en cause.

« Il y a de nombreux problèmes d’intoxication à la drogue et à l’alcool. Il y a un accès aux armes à feu. Dans ce cas-ci, on parle d’un couteau. Et il y a aussi la rareté des ressources sur place », a-t-il expliqué.

Fabien Pernet soutient qu'il est « difficile d’imaginer une seule cause à ces problèmes ». Tout en rappelant le bagage historique et social qui accable les communautés autochtones du pays, il ajoute qu'il est aussi difficile « d'aller chercher de l'aide et de reconnaître ses propres besoins ».

Les Autochtones peuvent parfois chercher de l'aide « moins officielle ». C'est pourquoi la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik développe un réseau d'aidants naturels inuits qui offre différents services.

« C’est quelque chose qu’on développe beaucoup ici [...] des aidants naturels inuits qui pratiquent du counselling en fonction des manières de faire et d’intervenir traditionnelles, c’est des services qu’on développe beaucoup. Mais ces services ne sont pas toujours disponibles directement dans la communauté », précise-t-il.

Le pistolet à impulsion électrique

Chaque fois qu’une confrontation entre des policiers et un individu provoque la mort, plusieurs se demandent si, avec l’utilisation d’un pistolet à impulsion électrique, un drame aurait pu être évité.

Mais le chef de police Michel Martin a précisé en entrevue que cette arme, que son corps de police ne possède pas, est loin d’être « miraculeuse ». La preuve, selon lui, tous les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et de la Sûreté du Québec (SQ) ne l’ont pas.

Il a aussi expliqué que l’épaisseur des vêtements empêche le pistolet à impulsion électrique d’être efficace. Et dans le Nord-du-Québec, la plupart du temps, les résidents portent beaucoup de vêtements.

« Ce n’est pas quelque chose qu’on va écarter si dans l’utilisation de cette arme-là on peut sauver une vie, mais actuellement, on n’a pas ces armes-là, le corps de police est jeune et on est en développement. »

Il y a une douzaine d’années, le corps de police n’était même pas armé, a souligné Michel Martin. « Il faut outiller nos policiers, les former, et il faut avoir ce qu’il faut pour être capable de répondre adéquatement à ces situations-là », a-t-il dit, en admettant que les policiers qui sont intervenus samedi vont rester marqués par ce drame.

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