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Le photographe Luc Farrel dénonce l'abattage d'ours nuisibles aux récoltes agricoles

Le photographe animalier Luc Farrell dénonce les méthodes utilisées pour se débarrasser des ours nuisibles. Plusieurs bêtes sont abattues chaque année. Il en a été témoin au cours des dernières semaines en Abitibi-Témiscamingue dans le cadre de sa pratique.

M. Farrell se spécialise dans la prise de photo d'animaux sauvages dans leur habitat naturel. Résidant à Rouyn-Noranda, le photographe a notamment eu National Geographic comme client. Un fait qui donne une idée de l'ampleur de son talent.

Au cours des dernières semaines, M. Farrell a eu le privilège de prendre en photo deux oursons. Les deux bêtes dont l'image a été captée sur la pellicule sont tombées sous les balles d'un tireur quelques jours après qu'il les eut croisées. Il a raconté cette histoire au micro de l'émission Des matins en or.

« Au mois de septembre, les cultures de céréale deviennent à maturité et ça devient une source de nourriture importante pour les ours noirs. C'est une source abondante, c'est facile. Donc, je profite de ces champs-là pour faire de la photo d'ours, explique-t-il. Dans ce champ-là en particulier, il y avait deux ours que j'allais voir régulièrement, que je pouvais prendre en photo et, vendredi dernier, lorsque je me suis rendu sur place, j'ai retrouvé les deux ours, mais les deux étaient décédés, avaient été tirés. »

L'an dernier, M. Farrel a été témoin d'une situation semblable, mais de plus grande ampleur. Il avait retrouvé huit carcasses d'ours autour d'un champ où il faisait de la photo. Il est conscient que les producteurs agricoles peuvent vouloir se débarrasser des ours nuisibles pour leurs récoltes. « Par contre, c'est de la façon que c'est fait qui m'irrite », dit-il.

« Ce que j'en ai compris - parce qu'évidemment, j'ai communiqué avec les agents de la faune - le producteur agricole, lui, son contact, c'est d'appeler les agents et de mentionner qu'il y a des animaux nuisibles dans ses cultures, ce qui est normal, je crois. Par contre, la seule alternative qui semble être proposée aux producteurs agricoles, c'est l'abattage des bêtes, que ce soit par lui ou quelqu'un d'autre. C'est exactement de même que ça s'est produit. Il n'y a pas d'autres solutions qui ont l'air d'être amenées par le ministère pour soit relocaliser ou tasser les ours des champs », dénonce-t-il.

Il a rencontré un de ces « déprédateurs » sur le terrain. « Lui, il agit - et je n'aime pas utiliser ce terme-là - avec la bénédiction du ministère », relate-t-il. Le photographe déplore également que les carcasses des ours soient laissées sur place.

Jacques Nadeau, responsable des communications à la Protection de la faune au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, a tenu à rectifier les observations de M. Farrell. Selon M. Nadeau, abattre les ours n'est pas la seule solution adoptée par le ministère. 

« On regarde au cas par cas chacune des situations, on examine : est-ce que c'est un site où c'est possible d'installer une cage, où c'est possible d'en faire la capture et de les replacer dans un milieu où ils vont être loin, où ils ne toucheront pas les productions céréalières ou les productions agricoles qu'on a? On peut le déplacer assez loin », explique-t-il.

Cependant, il confirme que « quelques fois, ça peut arriver, oui, qu'on ne soit pas en mesure de mettre en valeur l'ours. Mettre en valeur l'ours, ça veut dire de trouver quelqu'un qui va vouloir le chasser, qui va vouloir récupérer sa fourrure, sa viande, tout ça et la mettre en valeur. »

Ces cas de « déprédation » ne sont pas communs, affirme le responsable des communications. Mais il arrive, dans ce cas, que les ours ne puissent pas être « mis en valeur ». Cela peut mener à des cas tels que ceux décrits par Luc Farrel. « De manière générale, on est en mesure de le faire, mais, encore une fois, il faut réaliser que la dernière chose qu'on veut faire, c'est d'abattre les ours. Quand on en est rendus là, c'est parce qu'on n'a pas d'autres options [...] C'est sûr que nous, on ne favorise pas la mort des ours. »

M. Nadeau confirme que les interventions sur les ours sont enregistrées et comptabilisées.

Ce dernier a profité de l'entrevue accordée à Des matins en or pour annoncer une primeur liée à l'étude du mode de vie des ours. « En ce moment, on est en train de faire une expérience au ministère. On est en train d'évaluer avec des colliers émetteurs comment les ours vivent, c'est quoi leur territoire, leur superficie. Ça va faire l'objet d'un grand reportage qui va être présenté à Découverte, à Radio-Canada », annonce-t-il.

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