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Le possible agrandissement d'une sablière sur un esker suscite des inquiétudes

Des élus régionaux de l'Abitibi-Témiscamingue sont préoccupés par le potentiel agrandissement d'une sablière de près de 10 000 mètres carrés située directement sur l'esker Saint-Mathieu-Berry, en Abitibi-Témiscamingue. Cet esker alimente en eau potable plusieurs villes de la région.

Un texte de Thomas DeshaiesL'exploitant de la sablière, les entreprises Roy et Frères, a récemment déposé une demande d'agrandissement auprès de la MRC d'Abitibi.Les élus accueillent froidement cette demande, jugeant que son emplacement a toujours été problématique. C'est le cas du préfet de la MRC d'Abitibi, Sébastien D'Astous. « Au Nord, il y a le puits d'alimentation de la Ville d'Amos et au Sud, on a le puits d'alimentation de l'usine Eska. Ça se trouve à être entre les deux », explique-t-il.

La sablière est littéralement entourée d'un territoire protégé de toute exploitation minière depuis 2017, à la suite à une décision gouvernementale, à la demande des élus régionaux.

Québec n'a pas accepté, entre autres d'inclure le territoire de la sablière ainsi que tous les autres territoires visés par des baux miniers dans cette décision, explique le maire de Saint-Mathieu-d'Harricana, Martin Roch.

« Québec a permis une zone d'agrandissement autour du bail déjà existant », ajoute-t-il.

Pas lieu de s'inquiéter, dit le MERNLe ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles (MERN), à qui appartient le territoire de la sablière, estime pourtant que son emplacement n'est pas problématique et que l'agrandissement assurera la pérennité de la sablière. C'est ce qu'affirme le directeur du contrôle de l'activité minière au ministère, Roch Gaudreau.

M. Gaudreau, justifie l'agrandissement de la sablière par la nécessité de fournir du matériel stratégique pour les chantiers de construction environnants. « Faut quand même protéger quelques sablières pour assurer la pérennité de l'accès aux ressources », souligne-t-il.

Selon M. Gaudreau, entre 1994 et 2017, le MERN a mis en place, à six reprises, des « épisodes de contraintes », pour protéger l'esker. Des sablières auraient été fermées. « C'est 99 % de la superficie de l'esker Saint-Mathieu-Berry qui est protégé contre l'activité minière », soutient-il.La MRC doit se conformer aux règlesLe ministère rappelle que même si c'est à la MRC d'octroyer les baux pour les sablières, les élus locaux n'ont pas d'autre choix que de se conformer aux directives gouvernementales. Ils ne peuvent donc pas refuser la demande.Le maire de Saint-Mathieu-d'Harricana, Martin Roch, estime qu'il est du devoir des élus régionaux de se mobiliser pour la défense de l'esker. « Nous, la municipalité, on n'a pas les droits souterrains, on est juste gestionnaire du réseau, explique-t-il. On peut et on doit dénoncer, faire part de nos préoccupations, puis de ce qui pourrait arriver, pour permettre aux gens qui donnent les droits, d'avoir peut-être une décision un peu plus éclairée ».

Sébastien D'Astous veut élargir sa réflexion au-delà du cadre règlementaire. « Je pense qu'il faut être vigilant, puis prendre les décisions. Pas en fonction des règlements mais en fonction de notre connaissance du territoire », clame-t-il.

La particularité de l'Abitibi-TémiscamingueL'exploitation d'une sablière sur un esker n'est pas exceptionnelle, mais c'est la particularité des eskers de l'Abitibi-Témiscamingue qui suscite la levée de boucliers des élus régionaux.« C'est là qu'est le sable, c'est là qu'est le gravier, tranche le directeur de la Société de l'eau souterraine de l'Abitibi-Témiscamingue (SESAT), Olivier Pitre. La particularité régionale, c'est que nos dépôts de sables et graviers sont aussi des très bons aquifères, ils ont un très bon potentiel aquifère. C'est là qu'émerge la particularité régionale. »

Le maire de Saint-Mathieu-d'Harricana rappelle la nécessité de protéger adéquatement les eskers. « Va falloir qu'on reconnaisse que cette portion de territoire, qui est minime, c'est 4 % du territoire du Québec, mais pour les eskers démontrés avec de l'eau dedans, c'est encore beaucoup plus petit comme proportion », martèle-t-il.Il lance un appel à une gestion conséquente de l'esker Saint-Mathieu-Berry. Selon lui, il y a beaucoup à faire, notamment afin d'harmoniser les rôles et implications des différents acteurs, incluant les ministères. L'Abitibi-Témiscamingue a développé une expertise régionale et il faut la considérer, nous a-t-il expliqué.Des résolutions mercredi

Les maires de la MRC d'Abitibi, ainsi que les élus de Saint-Mathieu d'Harricana se réuniront mercredi pour adopter des résolutions concernant le projet d'agrandissement.La direction des entreprises Roy et Frères n'a pas retourné nos multiples appels.

Reste maintenant à savoir quelle sera la réaction du gouvernement concernant les résolutions qu'entendent adopter les élus de la région.

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