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Le racisme est ancré dans les services publics, disent les centres d'amitié autochtones

Jeudi, la directrice générale du Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec (RCAAQ), Tanya Sirois, a soutenu en compagnie de ses collègues Christine Jean et Philippe Meilleur que les services publics du Québec sont peu accueillants envers les Autochtones en raison notamment du racisme et de la discrimination qui sont ancrés dans les services publics.

Lors de la quatrième journée d'audiences de la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics (CERP), les représentants du RCAAQ ont fait état de trois éléments qui freinent l'accès aux Autochtones à des services publics : le racisme et la discrimination qu'ils vivent lorsqu'ils reçoivent ces services, le manque d'accès à des services qui sont culturellement rassurants pour eux et le problème de communication causé par la langue.

Mme Sirois a expliqué que le racisme et la discrimination peuvent être très insidieux. « Ça peut être un commentaire, un regard, la façon qu’on traite le dossier », a-t-elle cité en exemple, ajoutant que ces gestes créent de la méfiance envers les institutions et incitent les Autochtones à ne pas recourir de nouveau à ces services.

Le racisme se vit par exemple dans les établissements de santé, a indiqué le secrétaire-trésorier du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec, Philippe Meilleur. Lorsque des femmes autochtones se rendent dans un centre d'obstétrique et ne sont pas suivies par des infirmières qui ont souvent travaillé auprès d'Autochtones, elles reçoivent moins de services en raison de la méconnaissance et de généralisations hâtives.

Si des infirmières sont témoins d'un comportement négatif comme la frustration, a raconté M. Meilleur, « ce qu’on a pu voir, c’est que c’est mêmes infirmières vont avoir peur d’offrir des services aux femmes [autochtones], vont rentrer rapidement faire le moins qu’elles peuvent, peut-être rien expliquer de la démarche, et quitter ».

Cette méconnaissance culturelle crée aussi la peur et la méfiance chez les Autochtones, en plus d'éveiller un sentiment de discrimination, disent les témoins.

Communication

Les problèmes de communication entravent également l'accès aux services publics. Lorsque le français est la langue seconde d'une personne autochtone ou même sa troisième langue, cela est problématique pour se faire soigner dans certaines villes comme Chibougamau, Val-d'Or ou Maniwaki, a expliqué Tanya Sirois. « Il n'y a pas d'obligations du gouvernement du Québec d'offrir des services bilingues », a-t-elle dit.

Elle a ajouté que l'incompréhension entre les Autochtones et les employés peuvent mener à de la discrimination et du racisme.

Le problème de communication survient aussi dans les services correctionnels et policiers. « Quand ta langue première est une langue des Premières Nations, te retrouver devant la justice est problématique », a déclaré Christine Jean, vice-présidente du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec.Édith Cloutier : un témoignage attendu Le témoignage de la directrice générale du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or, Édith Cloutier, était fort attendu.

Celle qui était présente lors de l’enregistrement du reportage de l’émission Enquête, en mai 2015, et qui a par le fait-même assisté aux dénonciations des femmes autochtones de Lac-Simon envers les policiers de la Sûreté du Québec de Val-d’Or, était de ceux qui ont longtemps réclamé une enquête provinciale.

« Ces femmes sont des survivantes avec beaucoup de courage, qui puisent leur courage dans le collectif. Elles me disaient qu’elles allaient bien, mais qu’elles vivent toujours avec cette peur de croiser un policier. Elles sont entourées, elles reçoivent des services. On chemine avec elles », a-t-elle souligné.

Mme Cloutier est revenue jeudi matin sur l'entièreté des événements qui ont suivi la diffusion du reportage d’Enquête.

Sans critiquer ni qualifier la qualité de l’octroi des services publics québécois envers les Premières Nations, Édith Cloutier a rappelé que la tenue de cette commission d’enquête avait été rendue possible grâce au courage des femmes qui ont uni leur voix.

Édith Cloutier avoue avoir de grandes attentes envers la commission Viens. Elle souhaite que celle-ci puisse restaurer la relation entre les Autochtones et les non-Autochtones et qu’elle sensibilise les gens à la discrimination.

Elle espère d'ailleurs que la commission se penchera sur les recommandations faites par une étude sur la judiciarisation des Autochtones et le profilage racial, déposée en décembre dernier.

Reprise des audiences lundi

La commission, présidée par le juge à la retraite Jacques Viens, est maintenant ajournée jusqu'à lundi prochain, le 12 juin.

Les témoins qui seront entendus la semaine prochaine seront entre autres ceux de Widia Larivière, de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, de Jobie Tukkiapik, de la Société Makivik, et de Matthew Coon Come, grand chef du Grand Conseil des Cris.

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