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Le rapport du Père Paradis : un trésor national et le premier plaidoyer en faveur de l'Abitibi-Témiscamingue

Le Père Paradis a probablement été le premier à vanter les mérites et la beauté de l'Abitibi-Témiscamingue. En 1884, il a produit un rapport aujourd'hui considéré comme un trésor national, autant pour sa valeur historique, ses envolées lyriques que pour les aquarelles témoignant de lieux mythiques de la région qui l'accompagnent.

Un texte de Félix B. Desfossés

L'appel de la conquête du territoire

Charles-Alfred-Marie Paradis (Saint-André dans Kamouraska, 1848), personnage méconnu, mais de la plus haute importance pour l'histoire de l'Abitibi-Témiscamingue, rêvait d'aventures dès son plus jeune âge. Il sentait l'appel de la découverte du territoire, de la colonisation, du défrichage.

Ordonné prêtre de la mission Saint-Claude du Témiscamingue en 1881, il entreprend de conquérir le nord par lui-même à compter de 1884. Ce voyage le mène jusqu'au fort Albany de la baie d'Hudson.

C'est au retour de ce périple qu'il publie son fameux rapport intitulé De Témiskaming à la Baie-d'Hudson.

Un plaidoyer pour l'Abitibi-Témiscamingue

Dans ce document de 72 pages, le Père Paradis décrit avec précision de sol et le climat du territoire qu'il a visité. Il fait notamment allusion au sol argileux et aux montagnes laissées par le retrait des glaciers et des lacs aujourd'hui écoulés.

Il s'attarde aussi au potentiel agricole du territoire de l'Abitibi qui, alors, n'appartenait pas encore au Québec. Ce territoire serait en effet annexé en 1898. Selon lui, on peut y récolter les mêmes céréales que dans la province de Québec.

Mais c'est lorsqu'il parle du Témiscamingue, qu'il surnomme le « Paradis terrestre », que sa passion pour la région est la plus éloquente. Selon son récit, lorsque l'on passe de l'Abitibi au Témiscamingue, « la nature est comme transformée tout à coup sous la touche d'une baguette magique. Vous n'avez pas encore le pied du premier rapide que déjà se dressent des chênes d'une soixantaine de pieds sur des troncs de trois pieds de diamètre. »

Le Père Paradis conclut son compte rendu avec un plaidoyer ayant pour objectif de convaincre le gouvernement de se lancer dans le projet de colonisation de la région.
Selon Sébastien Tessier, coordonnateur et archivistes à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à Rouyn-Noranda, « ces écrits pourraient très bien être réutilisés par les différents organismes qui font la promotion de la région ».

Les aquarelles

Au cours de la décennie 1880, le coût et la complexité de la photographie ne permettaient pas au missionnaire de prendre de clichés de son périple. Cependant, ayant été professeur d'art, le Père Paradis avait un talent certain pour la peinture.

Tout au long de son épopée, le Père Paradis a peint des aquarelles représentants les lieux visités et personnes rencontrées, dont les forts Abitibi et Témiscamingue, le mont Kanasuta, des Autochtones, des personnages importants comme le père Laverlochère et de nombreux lacs de la région.

Chaque aquarelle est de forme ronde, en médaillon. Elles sont toutes serties d'un contour unique. Par exemple, le Père Paradis a représenté un diable et des serpents dans le contour de la peinture du mont Kanasuta, alors surnommé la montagne des sorciers.

Un trésor national

Ces aquarelles sont été ajoutées à même le rapport du Père Paradis. Elles ornent le document et lui confèrent la précieuse valeur qu'on lui accorde aujourd'hui. D'ailleurs, cette pièce fait partie des plus beaux documents de l'ensemble des archives conservées à BAnQ, et ce, dans l'ensemble de la province.

La copie originale est conservée à BAnQ Québec dans le fonds Famille Hector Langevin. Une version numérique est disponible en ligne sur le site de BAnQ, via le moteur de recherche Pistard.

D'après une chronique de Sébastien Tessier

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