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Le sort de Paradis a été réglé dès que la SQ a confirmé la tenue d'une enquête, dit Couillard

Philippe Couillard se défend d'avoir tardé à agir dans le dossier de Pierre Paradis, qui a été démis de ses fonctions de ministre de l'Agriculture et exclu du caucus libéral, jeudi soir, en raison d'une enquête policière portant sur des gestes à caractère sexuel.

Lors d’un point de presse donné vendredi à Montréal, le premier ministre a expliqué qu'il l'a exclu du Conseil des ministres mercredi, après que son chef de cabinet eut reçu une lettre de la présumée victime, puis de façon permanente lorsqu'il a eu confirmation qu'une enquête policière était en cours.

« C’est hier soir qu’on a eu confirmation qu’une enquête était en cours par la Sûreté du Québec et on a immédiatement agi », a-t-il dit.

M. Couillard s’est défendu d’avoir laissé circuler pendant une journée des informations selon lesquelles M. Paradis avait temporairement quitté le Conseil des ministres en raison d’une commotion cérébrale, comme l'affirmait un porte-parole du cabinet du ministre mercredi soir.

« La commotion cérébrale, ce n’est pas nous qui en avons parlé; c’est M. Paradis qui en a parlé », a-t-il laissé tomber dans un premier temps. Lorsque les journalistes lui ont demandé pourquoi il n’avait pas rectifié le tir, sachant que c'était faux, il a répondu : « C’est à M. Paradis de le faire. »

Ce n’est pas nous qui avons mis la question de la commotion cérébrale sur la place publique. Cependant, selon les informations qu’on nous a données, il est exact que M. Paradis a été victime d’une commotion cérébrale et qu’il reçoit actuellement des soins médicaux.

Philippe Couillard

« Mais je vais être bien clair : la raison pour laquelle on lui a demandé mercredi de se retirer dans un premier temps du Conseil des ministres, ce n’est pas pour cette raison », a-t-il précisé.

« C’est à cause du fait qu’on avait, cette journée-là, reçu une lettre de la personne qui désire être entendue. Et à ce moment-là, on était dans un environnement qui était nouveau. »

« Auparavant, on n'avait aucune information précise », a poursuivi le premier ministre. « Tout ce qu’on savait, c’est qu’il y avait eu un signalement, et qu’il devait être validé. C’est l’information qu’on nous a donnée. »

En anglais, le premier ministre a plutôt dit que la lettre avait été reçue mardi et que cette « manifestation directe de la victime alléguée » l'avait incité à prendre une première décision, de nature temporaire, au sujet de M. Paradis.

Le premier ministre a dit croire qu'il avait été informé de ce signalement parce que la SQ a le mandat de garantir la sécurité des ministres.

Une pensée « avant tout pour la victime »

Selon nos informations, la Sûreté du Québec a informé le premier ministre de ce signalement le 19 janvier, mais sans en préciser la nature. La lettre de la plaignante a été reçue au bureau du premier ministre le 24 janvier. Il s'agirait d'une ex-employée.

M. Couillard dit avoir été informé « in extenso » du contenu de la lettre, mais a refusé d'en dire quoi que ce soit, sinon pour mentionner qu'il avait été « attristé » par ce qu'elle contenait.

Il dit avoir eu une pensée « avant tout pour la victime », mais aussi pour les droits de M. Paradis, qui a aussi des droits, et qui demeure innocent jusqu'à preuve du contraire. Aucune accusation n'a été portée contre lui, a-t-il ajouté.

Le premier ministre assure qu'il n'est pas question de demander la démission de M. Paradis à l'heure actuelle, et soutient qu'il est « hypothétique » d'envisager son retour au Conseil des ministres.

Le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation a été confié au ministre Laurent Lessard, qui conserve également ses fonctions de ministre des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports.

M. Paradis est le deuxième député libéral à être écarté de ses fonctions en raison d'une enquête policière. En octobre dernier, le député libéral montréalais Gerry Sklavounos a été exclu du caucus de son parti en raison d'allégations d'agressions sexuelles envers une jeune femme de Québec.

Couillard montré du doigt pour sa gestion de crise

Dans un communiqué publié en début d'après-midi, la porte-parole du Parti québécois en matière d’éthique et d’intégrité, Agnais Maltais déplore que le premier ministre ait « laissé courir une information » pendant plus de 24 heures.

« Le premier ministre a donc cautionné le fait qu’une information erronée, sur un enjeu majeur, transmise par un membre de son gouvernement, circule », déplore-t-elle. « C’est encore une fois sur une question de transparence et d’éthique que le premier ministre a failli à sa tâche. »

Mme Maltais juge en outre « inacceptable » que le premier ministre n'ait pas agi dès qu'il a été informé que son ministre faisait l'objet d'un signalement.

La députée péquiste réitère que le premier ministre détaille davantage la façon dont il a géré l'affaire. En matinée, elle avait évoqué les « trous » dans la chronologie des événements, et avait invité le premier ministre à expliquer « ce qu'il a su, ce qui s'est passé et comment il a géré les choses » entre le 19 et le 26 janvier..

Mme Maltais avait aussi dit être surprise par des informations distillées par les médias, selon lesquelles la plainte serait passée de la police de Québec à la Sûreté du Québec, et que cette dernière aurait consulté le Directeur des poursuites criminelles et pénales avant de conclure qu'il y avait matière à enquête. « Ça nous paraît inhabituel », a-t-elle dit à ce sujet.

La députée péquiste est demeurée très prudente en ce qui a trait aux allégations elles-mêmes. Elle affirmait être « fortement ébranlée » par la nouvelle, et soulignait qu'il faut « beaucoup de courage » à une employée pour déposer une plainte contre un ministre.

Dans un communiqué publié en matinée, la caquiste Nathalie Roy a avancé que le bureau du premier ministre « s’accommodait très bien du fait que les médias rapportaient qu’une chute de cheval expliquait le départ de M. Paradis ».

« Sommes-nous devant une tentative de camouflage? Qui a voulu camoufler la vérité? », demande-t-elle.

La députée de Québec solidaire Manon Massé a qualifié de « déplorable » cette situation.

« Pour moi, il y a une chose évidente, c’est quand, pour une deuxième fois dans ton Cabinet, dans des postes importants, il y a des hommes qui croient qu’ils ont cette latitude de pouvoir banaliser les relations avec les femmes à un tel point, que ce soit du harcèlement, de l’intimidation… c’est inacceptable », a-t-elle insisté, en entrevue avec Alain Gravel.

La nomination de Lessard saluée par l'UPA

L'Union des producteurs agricoles a rapidement manifesté sa satisfaction de voir Laurent Lessard prendre les commandes du ministère de l'Agriculture.

« Au-delà des circonstances, c'est une bonne nouvelle. M. Lessard connaît bien les dossiers agricoles, ayant occupé les fonctions de ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation de 2007 à 2009 et de 2010 à 2011, a déclaré le président général de l'UPA, Marcel Groleau. Cela facilitera grandement les échanges dans un contexte où des décisions importantes doivent être prises rapidement, au premier chef, le dossier des taxes foncières agricoles. »

Laurent Lessard est aussi ministre responsable de la région du Centre-du-Québec.

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