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Le Steinway centenaire du Centre musical En sol mineur : l'histoire d'un piano et de son âme

Le piano Steinway du Centre musical En sol mineur de Rouyn-Noranda a 111 ans. Fabriqué à New York en 1906, il est passé entre les mains de familles qui en ont joué, l'ont aimé, l'ont transporté et qui, au gré de leurs joies et drames, lui ont donné une âme unique. Tout en poésie, l'auteure Margot Lemire publie une mise en récit de son histoire dans son récent bouquin La semeuse de perles.

Souligner les 100 ans d’un symbole

En 2006, pour souligner les 100 ans du piano, Suzanne Blais, directrice du centre musical, a eu l’idée de monter un spectacle autour de l’instrument. La pianiste Jacynthe Riverin a eu la tâche de choisir et d’interpréter des pièces sur le piano, tout en livrant un texte poétique sur son histoire, écrit par Margot Lemire.

« Elle s’est mise à faire les recherches. Avec le numéro de série du piano, elle a pu contacter la compagnie de New York. Ils lui ont dit que ce piano-là avait été vendu à un marchand d’Ottawa en telle année, à telle date. Elle est partie de là », se souvient Suzanne Blais.

Mise en récit

« Lucien est admis au Barreau. Il peut enfin épouser Janet. Bien sûr, il a déjà acheté le diamant et les anneaux de mariage. Mais il veut plus. Un cadeau qui leur rappellera le moment précieux de leur rencontre. Il veut le plus beau piano, aux sonorités les plus rondes. Il va trouver.

En visitant sa famille, au hasard d’une conversation dans un restaurant d’Ottawa, il apprend qu’un Monsieur McLarn veut vendre un Steinway. Il a acheté ce piano pour les vingt ans de sa fille. Son amoureux est mort à la fin de la guerre, juste avant de crier Victoire. Les domestiques disent que Dorothy en est morte. La maison est triste malgré les velours et le cristal. Le piano est inutile », écrit Mme Lemire.

La famille Labelle

Ainsi, l’avocat Lucien Labelle et sa femme Janet deviennent propriétaires du Steinway. Lui est violoncelliste. Elle est pianiste. Ils sont en communion musicale autour du piano.

En 1933, M. Labelle décroche le poste d’avocat pour Noranda Mines. Le couple déménage dans la région et vit heureux pendant cinq ans sur la rue Tremoy. Les envolées musicales du couple accompagnent les longues soirées d’hiver de cette période de colonisation.

Cependant, le duo est séparé en 1938 lorsqu’une maladie emporte Janet. Veuf, Lucien Labelle se remarie à la fin de la guerre. Deux enfants voient le jour suite à ce mariage, dont la petite Francine. La seule utilité du piano est maintenant de lui servir de cachette pour ses jeux d’enfants.

La famille Desabrais

Au décès de Lucien Labelle, en 1953, le piano est vendu à la famille Desabrais. Hermine, reine du foyer, dorlote le piano durant de longues années. À la fin de sa vie, quand elle est placée en centre de soin de longue durée, le chef de famille dépose une housse sur le piano.

La famille du Centre musical En sol mineur

En 1982, un groupe de passionnés de musique se lance dans l’aventure de créer un centre musical. La mine Noranda accepte de prêter à l’organisation la demeure de son ancien directeur, la prestigieuse maison Roscoe. Il suffit maintenant de remplir cette maison de musique, mais surtout, d’instruments.

« Je connais quelqu’un qui a un sacré beau piano. Ça ferait quelque chose de bien. Sa femme fait de l’Alzheimer. Elle est à l’hôpital et elle n’en sortira plus. Il n’y a plus personne qui en joue », paraphrase Suzanne Blais. C’est sa collègue Suzanne Firlotte qui avait lancé cette idée. Ensemble, et avec les autres membres de leur comité, elles convainquent M. Desabrais de vendre son piano.

Une vieille âme

L’instrument est installé dans la pièce centrale du Centre musical En sol mineur. Sa fabrication et ses boiseries d’inspiration Louis XV se marient en toute harmonie avec le somptueux décor du bâtiment, dont l’architecture de style néo-tudor montre quelques accents médiévaux. Le Steinway devient, en quelque sorte, le symbole du lieu.

« Quand on a fêté ses 100 ans, on voulait que dans une journée, il y ait 100 personnes qui passent ici et qui essayent le piano […] Ça apporte quelque chose dans une communauté. […] Si on n’avait pas eu ce piano-là et on avait eu juste un petit piano droit, ça n’aurait pas eu le même impact. Ça a amené une vie musicale à l’école qui répond à ce qu’on voulait au départ : on s’est appelé le Centre musical, pas l’école de musique. On a tout le temps voulu, au départ, que ce soit une place d’où émerge la musique », rappelle Suzanne Blais.

Depuis 30 ans, le Centre musical en sol mineur reçoit environ une centaine d’élèves en piano chaque année.

Le livre La semeuse de perles de Margot Lemire sera lancé ce jeudi 16 février, à 16h30, à la Bibliothèque municipale de Rouyn-Noranda.

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