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Les « conquérants du Nord » qui voulaient construire une route Abitibi-Baie-James

Au milieu des années 60, un groupe de citoyens d'Abitibi baptisé l'Ordre des conquérants du Nord se donne la mission de construire une route vers le nord. Convaincus que d'importants projets hydroélectriques seront développés à la baie James, leur objectif est d'arriver à profiter des éventuelles retombées économiques de l'ouverture du nord.

La série « L'Abitibi-Témiscamingue en mouvement » est une initiative lancée par l'émission Région zéro 8 afin de retracer les histoires de mobilisation régionale, de se rappeler quand et comment les gens de la région se sont battus pour conserver le contrôle des ressources naturelles et des emplois ici.

Un projet fou

De nos jours, un tel projet semblerait irréalisable, voire loufoque : un groupe citoyen qui désire construire une route de 150 miles reliant La Sarre et Villebois à la Baie-James. Le projet est aussi ambitieux au milieu des années soixante, lorsqu'il est lancé, mais le contexte de l'époque était tout autre.

Villebois et Fort Rupert faisaient alors partie de la grande région de l'Abitibi-Témiscamingue, dont les frontières s'étendaient jusqu'à la baie James. L'esprit défricheur des gens de la région était encore vif. L'idée de repousser des frontières et de développer la région était excitante. C'était dans l'air du temps.

Les lois environnementales et gouvernementales n'encadraient pas encore le développement industriel et du transport comme elles le font aujourd'hui. Construire une route pouvait donc relever d'un projet citoyen, bien que l'idée demeurait inusitée.

Un groupe de visionnaires

Gérald Bussière est l'un de ces « conquérants du Nord ». « Étant donné que je suivais mon cours de pilote sur le lac Mance à La Sarre avec La Sarre Air Service, M. Pronovost [propriétaire de la compagnie d'aviation] qui était résident de La Sarre depuis nombre d'années, m'a suggéré de faire une route pour aller à la Baie-James, étant donné que La Sarre, dans sa position géographique, il n'y avait pas d'autres sorties que du côté nord », se souvient-il.

C'était un secret de polichinelle que le gouvernement avait l'intention de développer le potentiel hydroélectrique du nord. Des études étaient réalisées depuis bon nombre d'années. À l'affût de ce fait, M. Bussière et un groupe de citoyens du secteur d'Abitibi-Ouest se sont rassemblés, sous la gouverne du notaire Dominique Godbout, afin de créer l'Ordre des conquérants du Nord.

Outre les projets hydroélectriques, on savait que des projets miniers nordiques ainsi que le développement du tourisme pour la chasse et la pêche pourraient être lucratifs pour les villages du secteur de Villebois, qui se trouveraient sur cette nouvelle route du nord.

À la conquête du nord

Ainsi, un radiothon est organisé au cours duquel 400 000 $ sont amassés pour financer le projet. « Tout le nord a mis l'épaule à la roue. Les gens de Rouyn nous ont aidés, les gens d'Amos nous ont aidés, toutes les paroisses environnantes nous ont aidés », ajoute M. Bussière. En effet, des contracteurs de la région fournissaient gratuitement des équipements. Il suffisait alors de payer les opérateurs et ouvriers.

Les études de terrain réalisées permettent d'établir un tracé en droite ligne de Villebois jusqu'à Fort Rupert. Les seuls obstacles sont des rivières à traverser. L'idée sera donc de commencer par construire une route d'hiver. L'été, les rivières ne pourront être traversées, mais l'hiver, lorsque les cours d'eau sont gelés, des ponts de glace seront construits.

Les travaux sont entrepris. 35 miles de route sont construits ont cours de la première année. Puis 100 miles de plus sont construits au cours des quatre années suivantes. En 1978, une arche baptisée la « Porte de la baie James » est érigée à l’entrée de Villebois.

La fin du rêve

Il ne manquait qu'une quinzaine de miles pour atteindre Fort Rupert. Mais le contexte politique met fin au projet.

« Dans le temps où on a commencé, c'était l'Union Nationale. Durant l'année où ils ont été au pouvoir, ils nous ont accordé un crédit de 60 000 $. En 1970, le gouvernement a changé. Après avoir travaillé 5 ans à faire cette route-là, nous nous sommes ramassés dans l'opposition et le gouvernement n'a rien voulu savoir [de continuer], déplore M. Bussière. C'était une grosse déception. »

En effet, le gouvernement de Robert Bourassa est élu en 1970. Le développement du potentiel hydroélectrique du Nord québécois est lancé. Cependant, le gouvernement opte pour l'ouverture d'une route qui reliera Matagami à Radisson. C'est le chemin qui est utilisé encore aujourd'hui.

Le rêve de l'Ordre des conquérants du Nord n'a peut-être pas été réalisé, mais leur travail n'a pas été vain. « Le chemin a servi aux mines. La mine Selby a opéré le long de notre route pendant 23 ans et, en ce moment, on a la mine Casa Berardi qui opère depuis nombre d'années et qui va opérer encore plusieurs années, se console M. Buissière. Donc, le chemin a servi et, en ce moment, ce sont les opérations forestières qui bénéficient du tracé. »

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