Malgré le fait que le milieu des mines soit encore considéré comme un monde d'hommes, plusieurs femmes travaillent fort afin de s'y tailler une place. Notre journaliste Émilie Parent-Bouchard est descendue sous terre avec trois femmes qui sont aux premières loges. Elle a constaté que si des efforts doivent encore être faits pour attirer les femmes dans l'industrie, ces dernières gagnent de petites batailles tous les jours... au grand plaisir de l'industrie qui anticipe devoir combler un important déficit de main-d'oeuvre qualifiée dans les années à venir. 

Avec les informations d'Émilie Parent-Bouchard

« On va prouver que ça a sa place une femme sous terre »

La technicienne en géologie Marie-Pier Lambert descend sous terre presque chaque jour pour suivre les progrès réalisés à la mine Elder, à Évain. Son travail consiste à faire des échantillonnages pour évaluer si ses collègues minent dans la bonne direction. « Je suis sur la géologie, alors j'arrive dans les endroits de travail et je m'assure que les gars s'en aillent à la bonne place à tous les jours. C'est un suivi quotidien pour être sûr que l'on garde la veine dans le centre de notre face de travail », explique-t-elle.

Elle ne pourrait se résoudre à passer ses journées dans un bureau, même si elle a dû faire sa place sous terre. « Je suis une fille de terrain, il faut que je voie, que je touche pour comprendre les choses... La géologie, c'est le monde parfait. Quand je suis rentrée dans les mines, je me suis fait tester. Veut, veut pas, t'es petite, t'es une fille... tu chauffes des grosses machines. Il y en a qui sont réticents, plus les vieux de la vieille, là, les plus âgés disent qu'une femme, ça n'a pas d'affaire sous terre. Mais ça ne m'a jamais vraiment intimidée, même que c'est pas mal eux autres qui m'ont nourrie. Je me suis dit tiens, on va prouver que ça a sa place une femme sous terre », relate-t-elle.

Des aménagements et de l'entraide

Deux autres femmes descendent aujourd'hui sous terre. Même s'il a fallu mettre en place des aménagements, les arpenteuses Rachel Charette et Christine Turmel ont fini par s'intégrer. Sur la centaine d'employés de la mine Elder, qui met de l'avant une méthode plus traditionnelle, on compte les femmes sur les doigts d'une main.

« Quand on est rentrées, il n'y avait pas de douche, pas de place pour se changer, il n'y avait rien, raconte Mme Charette. Ça a pris quand même un an, quasiment deux ans avant qu'ils fassent une douche, et qu'on puisse se changer, parce qu'on revenait toutes sales et on repartait toutes sales... Mais là c'est fait! »

La mécanisation comme outil d'autonomisation

Selon le Conseil des ressources humaines de l'industrie minière, les femmes constituent 17 % de la main-d'oeuvre dans les mines canadiennes, une proportion qui descend à 5 % lorsque l'on s'intéresse seulement au métier de mineur. 

Mais selon la directrice générale de l'Association d'exploration minière du Québec (AEMQ), qui s'est installée en Abitibi-Témiscamingue en 1989 pour pratiquer le métier de géologue, la mécanisation grandissante des mines d'aujourd'hui appelle de plus en plus de femmes sous terre. « Dans les gros gisements, tout est mécanisé. Tu opères des ''jumbo'' et [ce sont] des manettes. Tout l'équipement est soit téléguidé, soit opéré [alors que les travailleurs sont] à l'abri », explique celle qui soutient que les femmes doivent tout de même « faire leur place ». 

Une solution à la crise de main-d'oeuvre spécialisée

Pour le directeur général du Conseil des ressources humaines de l'industrie minière (RHiM), Ryan Montpellier, les femmes sont d'ailleurs une partie de la réponse à l'enjeu de la disponibilité de la main-d'oeuvre qualifiée, que l'industrie surveille de près. « Ce qu'on prévoit, c'est qu'on va devoir recruter environ 100 000 personnes dans les prochains 10 ans pour répondre aux besoins de l'industrie, explique-t-il. Nous savons que pour [relever] ce défi, il va falloir composer avec une main-d'oeuvre plus diverse. »

Le RHiM a d'ailleurs présenté aujourd'hui son projet intitulé « Vaincre les obstacles systémiques en matière d'équité entre les sexes dans l'industrie », qui a pour objectif d'aider les entreprises à identifier « les barrières qui existent pour les réduire et recruter et retenir les femmes ».

Marie-Pier Lambert, Christine Turmel et Rachel Charette auraient sans doute quelques petites idées à lui soumettre...

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