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Les minières chinoises se sentent flouées par le Canada

Les provinces canadiennes à la recherche d'investissements miniers auraient dupé des entreprises chinoises en ce qui a trait à la facilité de lancer des projets d'exploitation au pays. C'est du moins ce que croient plusieurs minières de l'Empire du Milieu, a averti l'ambassadeur du Canada en Chine, Guy Saint-Jacques.

La note diplomatique publiée en octobre dernier et obtenue par CBC grâce à une demande d'accès à l'information pourrait expliquer la hausse des investissements chinois aux États-Unis aux dépens de ceux au Canada, et met en lumière de récents accrochages entre les deux pays.

Le rapport de l'ambassadeur détaille les plaintes d'un fonctionnaire, Wang Jiahua, au Conseil minier de la Chine. Selon ce dernier, les minières chinoises doivent composer avec des surprises dans l'environnement minier qui freinent le développement.

« Les préoccupations concernent les régions éloignées où le climat est rigoureux, l'infrastructure est moins développée et les travailleurs qualifiés sont rares, explique Guy Saint-Jacques. Certains membres croient que lorsqu'il vient le temps de promouvoir l'investissement minier, les provinces omettent certains détails, notamment en ce qui concerne les risques et les défis, ce qui mène à des mauvaises décisions de la part des minières. »

Selon M. Wang, le Canada doit être plus transparent lorsqu'il présente l'environnement minier à l'étranger, rapporte l'ambassadeur.

Pression sur le Canada

Les documents offrent notamment un regard dans les coulisses des investissements miniers chinois au Canada. De nombreux projets ont échoué en raison de la baisse du prix des minéraux et des complications liées « au climat rigoureux, [à] un mauvais réseau d'infrastructure, [à] un manque de travailleurs qualifiés, [à] des limites au programme de travailleurs étrangers et [aux] normes minières », souligne un document obtenu de Ressources naturelles Canada.

La politique d'immigration du Canada en matière de travailleurs étrangers serait aussi une importante barrière selon les minières chinoises, parce qu'elle « rend impossible l'arrivée de travailleurs de la Chine, mentionne Guy Saint-Jacques dans son rapport. Le résultat est qu'un projet de construction prend de huit à dix ans, au lieu d'une année ou deux si les travailleurs chinois étaient autorisés. »

L'ancien ambassadeur du Canada à Pékin David Mulroney croit pour sa part que les plaintes sont un exemple de « la négociation par d'autres moyens », et que leur but réel est de mettre de la pression sur le Canada pour qu'il abandonne ses normes de développement.

« La Chine aimerait faire au Canada ce qu'elle fait ailleurs au monde : importer ses propres travailleurs et mener le projet comme une enclave », ajoute l'ancien diplomate.

Les plaintes des minières chinoises ne sont pas une surprise pour la directrice générale du Conseil commercial Canada-Chine, Sarah Kutulakos. Son groupe a d'ailleurs averti l'ambassadeur Saint-Jacques de la grogne chez les entreprises lors d'une visite l'été dernier en Chine.

« Il y avait une insatisfaction globale avec le Canada, explique-t-elle. Les minières chinoises se sont senties flouées. »

« Elles arrivent au Canada avec une idée précise sur la façon de faire un projet. En Chine, le gouvernement peut tout faire fonctionner. » Les investisseurs croient, à tort, que les gouvernements provinciaux et le fédéral ont le pouvoir de tout régler pour eux, ajoute Sarah Kutulakos.

Le gouvernement reconnaît les coûts

Dans une note interne de Ressources naturelles Canada datée du 20 novembre, le gouvernement minimise les plaintes chinoises.

« La conjoncture défavorable des marchés et les autres considérations économiques, notamment la teneur en minerai moins élevée que prévu [dans certains projets], ont joué un rôle significatif dans la fermeture et la suspension de projets miniers chinois », dit la note.

Elle reconnaît toutefois que dans « certains cas, le coût de développement de l'infrastructure dans le nord du Canada n'a pas été anticipé par les investisseurs chinois ».

Selon la porte-parole de Ressources naturelles Canada, Cathy Koury, le gouvernement a récemment créé un guide d'investissement minier, qui sera bientôt traduit en mandarin.

Le gouvernement étudie la possibilité de conclure un traité de libre-échange avec la Chine alors que le premier ministre Justin Trudeau prévoit effectuer un voyage vers l'Empire du Milieu à l'automne.

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