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Les tensions commencent à s'apaiser à Val-d’Or

Les relations entre Autochtones et Blancs s'améliorent peu à peu à Val-d'Or, deux ans après la diffusion par Radio-Canada d'un reportage sur des allégations d'abus de pouvoir et d'agressions sexuelles de la part de policiers de la Sûreté du Québec envers des femmes autochtones.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Pour le maire, Pierre Corbeil, les deux dernières années ont été difficiles.

Au-delà de la crise sociale qui a divisé la population, il y a eu des répercussions sur l'économie de la ville. Les gens d'affaires ont même craint le pire quand les communautés cries ont lancé un appel au boycottage des commerces en guise de représailles.

Le maire Corbeil tente aujourd'hui de réconcilier les deux communautés.

« Ça nous a amenés à faire un examen de conscience, [une] sérieuse prise de conscience qui a été un signal de départ d'une ouverture à l'autre », affirme-t-il.

De son côté, la Sûreté du Québec a ouvert un poste de police communautaire à Val-d'Or, dans l’espoir de renouer des liens. Quant aux résidents, ils espèrent que la Commission d'enquête « Écoute, réconciliation, progrès » sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, qui commence ses travaux, leur permettra de tourner la page sur ces événements.

Des préjugés persistent

Certains préjugés demeurent toutefois. Melanie et Roderick en savent quelque chose. Elle est blanche, il est algonquin.

« Quand on s'en va prendre des marches, on se fait beaucoup regarder par d'autres personnes », dit Roderick. Autant par des Blancs que par des Autochtones, souligne Melanie.

Ils forment l'un des rares couples mixtes de Val-d'Or. La crise, ils l'ont vécue dès le début.

« C'est dans l'attitude des gens, ce racisme-là, aussi. Je pense que ça se passe dans l'attitude des gens. Il y en a qui ont cru ces femmes-là. Il y en a qui ne les ont pas crues », dit Melanie.

Selon elle, les événements ont laissé des traces.

« Il y a beaucoup de méfiance, précise-t-elle. Les gens ne se côtoient pas beaucoup. C'est vraiment comme deux mondes séparés. »

Stella Dumont, une Algonquine, a elle aussi choisi de vivre à Val-d'Or avec Gilles, un Blanc.

Chaque fin de semaine, ils vont à leur camp de chasse avec leurs deux filles. Ils y sont loin des préjugés et du racisme qu'ils doivent affronter en ville.

« On est allés voir un loyer, puisqu'on avait Danica, la première, raconte Gilles. On avait un rendez-vous, toute. Quand on est arrivés là, [le propriétaire] était bien accueillant. [Stella] est arrivée une minute plus tard et tout de suite quand il l'a vue, [il a dit] : "Je m'excuse, je voulais te dire qu'il est loué, le loyer." J'ai comme pogné les nerfs un peu. »

Un début de changement

Gilles souligne toutefois que les choses ont commencé à changer et que les jeunes Blancs et Autochtones ont davantage de contacts.

C’est le cas à l'école anglophone Golden Valley, que fréquentent les filles de Stella. Près de la moitié des 200 élèves y sont autochtones. On y sensibilise les jeunes Blancs à la réalité des Premières Nations.

D’autres choses ont commencé à changer, constate Richard Kistabish, un Algonquin qui vit à Val-d'Or depuis plusieurs années.

« Autrefois, on nous ignorait totalement et complètement, dit-il. Aujourd'hui, on nous remarque et, dans certaines places, on a commencé à faire des prises de contact en ville. »

Il remarque aussi qu'il y a de plus en plus de jeunes Autochtones qui sont embauchés dans les commerces. Son fils vient d’ailleurs de décrocher un emploi, chez Tim Hortons, où il fait des beignes.

« Je suis très fier, dit-il. Il est fier [lui] aussi en même temps, parce qu'on dirait qu'il […] a sauté par-dessus la perception qu'on avait des Indiens ici en ville », dit-il.

Roderick a également décroché un emploi, dans le domaine de la construction, après avoir cherché pendant des mois.

« La crise a comme ouvert les yeux à un paquet d'individus qu'on ne peut pas traiter les Autochtones différemment, croit Melanie. Pourquoi on les traiterait différemment? »

Les relations tendues entre Blancs et Autochtones ont été mises en lumière dans un rapport qui a confirmé un problème de discrimination et de racisme à l'endroit des Autochtones à Val-d'Or.

« Je suis persuadé qu'on se promènerait sur la 3e [Avenue] aujourd'hui [et] on demanderait aux gens : "Êtes-vous déjà allés au Lac-Simon?" ou "Êtes-vous déjà allés à Kitcisakik?", la plupart des gens diraient non, croit Melanie. Les gens diraient même peut-être qu'ils ont peur d'aller dans ces endroits-là. Moi, je trouve que c'est inacceptable. On est des voisins. »

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