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Marthe St-Pierre, le secret le mieux gardé de la musique country en Abitibi

Son nom est peu connu hors du cercle de la musique country. Marthe St-Pierre est pourtant l'une des auteures de musique western les plus prolifiques de l'histoire du Québec. Bien qu'elle préfère l'ombre des coulisses aux lumières de la scène, plus de 360 versions de ses chansons ont été enregistrées par les plus grands noms du domaine, de Marcel Martel à Georges Hamel. Serait-elle le secret le mieux gardé de la musique country d'Abitibi?

Un article de Félix B. Desfossés

Une nouvelle chanson

Depuis quelques semaines, la chanson Signez la paix dans le monde, interprétée par Yvan Rolando, a été distribuée à plusieurs stations radiophoniques. Le texte de cette pièce est l'un des 1000 écrits par Mme St-Pierre. Les mots de la Malarticoise continuent d'être mis en musique 40 ans après que sa première chanson à succès eut connu une ascension fulgurante vers le sommet des palmarès.

L'hôtel et la boisson pour oublier, l'histoire d'un énorme succès

C'est en 1976 que le duo formé de Réjean et sa fille, Chantal Massé, popularise L'hôtel et la boisson pour oublier, écrite par Marthe St-Pierre. Il s'agit aujourd'hui d'un classique de la culture country-western du Québec. Mme St-Pierre a perdu le compte du nombre d'artistes qui l'ont endisquée ou ajoutée à leur répertoire.

Le scénario de L'hôtel et la boisson pour oublier, c'est l'archétype même de la chanson western : l'image d'une personne triste qui boit pour oublier sa peine. Et bien que ce soit des Sorelois qui l'aient popularisée, le décor dans lequel elle prend vie est celui de Val-d'Or, des néons et des devantures western de la 3e Avenue.

« Moi, je n'ai jamais bu. Je suis une personne de Pepsi, dit en riant Mme St-Pierre. Mais j'étais à l'hôtel et, comme je n'ai jamais bu - je regarde, moi, dans une fête, je vais être plus observatrice que participante -, j'étais là, je regardais les gens qui étaient là. Ils chambranlaient et tout ça. Je me disais : "Moi, si je buvais ce soir, mettons que j'aurais une peine d'amour et je voudrais oublier, combien ça me prendrait de verres pour être comme ça? Ça me prendrait-tu un verre, deux verres, trois verres? Quatre verres, cinq verres, six verres?" J'ai pris une napkin et j'ai écrit, paroles et musique : L'hôtel et la boisson, à l'Hôtel Dumont, à Val-d'Or. »

Au sommet de l'industrie western

La chanson a fait du chemin, au rythme des tournées de Réjean et Chantal Massé, si bien qu'en 1979, au tout premier gala de l'ADISQ, l'album du duo intitulé L'hôtel et la boisson pour oublier est en nomination dans la catégorie du meilleur album western, porté par le succès de la chanson-titre.

Dans la  foulée, Marthe St-Pierre offre une chanson à sa fille Renée, qui n'a alors que 11 ans. Une rose pour maman grimpe rapidement dans les palmarès. « J'ai vu pendant un an de temps deux de mes chansons se battre. Au début, un mois, c'était L'hôtel et la boisson qui était en haut et Une rose pour maman en deux. Tu retournais le mois d'après, La rose était montée et L'hôtel et la boisson était descendue », relate l'auteure.

Une Abitibienne et ses racines

Avec le temps, les idoles de jeunesse de Marthe St-Pierre en viennent aussi à endisquer ses chansons, dont Marcel Martel et Paul Brunelle. Son enfance, d'ailleurs, a été bercée par la musique country dans le petit village de Sainte-Gertrude-Manneville, « à six milles d'Amos », dit-elle. Elle y a vu le jour en 1942. C'est principalement la radio qui a permis à la musique country d'entrer chez elle, au cours de la première moitié des années 50. Les émissions Bonjour, cultivateur le matin, Le Club Rusticana l'après-midi et Wheeling West Virgina le soir, faisaient résonner les guitares et du lap-steel dans la maison familiale.

« À 12 ans, mes parents m'ont amenée à Barraute voir Paul Brunelle en personne, en spectacle. Tu sais, quand tu es en campagne, à 12 ans - il n'y avait même pas d'autos dans le rang dans ce temps-là! C'était vraiment dans le fond du rang - et tu ne connaissais pas grand-chose et tu entendais ce monsieur-là chanter à la radio [...] Dans ce temps-là, il y avait des grands rideaux. Les rideaux s'ouvraient et le chanteur apparaissait. Un grand monsieur avec le chapeau blanc, l'habit blanc, sa guitare... Quand je l'ai vu, en personne comme ça, ça a fait : c'est avec ces gens-là que je veux travailler dans la vie. Et c'est ça que j'ai fait », lance-t-elle fièrement.

Puis, Marcel Martel est venu confirmer son intérêt pour la chanson. « Un peu plus tard, vers mes 13 ou 14 ans, j'ai été voir Marcel Martel à Amos, en spectacle. J'étais assise en avant et j'avais des feuilles dans les mains. Je voulais lui montrer ce que j'écrivais. Puis, après le spectacle, il faisait venir le monde près de la scène pour les autographes et il est venu tout de suite vers moi. C'est peut-être mes feuilles qui l'attiraient, je ne sais pas. Je lui ai montré ça, je lui ai demandé ce qu'il en pensait. Il m'a dit : "C'est très bien, ma petite fille, continue!" », se souvient-elle.

Une survivante

Tristement, Marthe St-Pierre partage autre chose avec Marcel Martel : la maladie. Le chanteur a longtemps souffert de complications pulmonaires liées à la tuberculose. Marthe St-Pierre, elle, a survécu à trois cancers. Elle décrit d'ailleurs ces étapes difficiles dans son livre Entre mon enfance, la chanson, la lutte contre trois cancers et l'envie de vivre.

À 74 ans, c'est le calme, la douceur, la sérénité qui émanent de l'auteure de chansons. Dans son logement de Malartic, où elle vit bien humblement, elle conserve les disques sur lesquels se retrouvent ses chansons et quelques scrapbooks où ses souvenirs sont rassemblés. Elle semble avoir fait le point sur sa vie. Cette réflexion a même été mise en musique dans une chanson interprétée par Jean et Christiane, un « merveilleux duo qui passe souvent à Pour l'amour du country », souligne-t-elle. « Quand je partirai, c'est un peu mon testament. Amenez-moi pas de fleurs, ne pleurez pas puis faites même jouer de la musique! On va se revoir un jour! »

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