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Mine près d’un esker : des citoyens inquiets attendent toujours des réponses

La rencontre publique organisée jeudi soir par la minière Sayona Mining à La Motte, dans la MRC d'Abitibi, au sujet de son projet de mine de lithium, n'a pas rassuré les citoyens. La mine, située à moins de 500 mètres de l'esker qui alimente la région en eau potable, a suscité des inquiétudes dans les dernières semaines.

Un texte de Thomas Deshaies

Plus d’une centaine de personnes s’étaient regroupées dans le centre communautaire où avait lieu la rencontre, soit près du cinquième de la population. Une mobilisation citoyenne qui a étonné les représentants de la minière.De nombreux participants affirment ne pas avoir eu de réponses à leurs questions. « Ils disent que les études environnementales ne sont pas terminées, mais apparemment qu’il n’y a pas de danger pour l’esker. C’est vrai, ou non? », s’interroge la citoyenne Isabelle Dumais.Un constat que partage le maire de La Motte, Louis-Joseph Fecteau-Lefebvre, qui entend organiser une rencontre sous peu avec les citoyens, en l’absence de la minière.

Parmi les enjeux soulevés, on craint les impacts du projet minier Authier sur l’esker et les lacs avoisinants. Certains ont aussi des préoccupations concernant la quiétude de leur milieu de vie, en lien avec le transport. Le maire de La Motte se questionne sur la possibilité d’impacts sur le lac Kapitagama, situé non loin du projet.Une assemblée publique souhaitéeLa minière a refusé de répondre publiquement aux questions des citoyens, préférant plutôt répondre aux questions de manière individuelle. Plusieurs citoyens ont interrogé la minière, notamment en ce qui concerne la non-divulgation des études. La minière n’a pas répondu à cette question.Une méthode qui a déplu à Rodrigue Tuergon, qui a pris la parole publiquement durant les dernières semaines pour alerter la population sur l’existence du projet. « On nous a dirigés vers des kiosques. On a divisé la salle, fragmenté l’information qui était offerte. Je ne pense pas que cela allait dans le sens que les gens l’auraient voulu », a-t-il affirmé.« Difficile de poser des questions quand on n’a pas entendu parler du sujet », a ajouté Mme Dumais.

Des préoccupations « légitimes »Le directeur du Groupe de recherche sur l’eau souterraine de l’UQAT, Vincent Cloutier, estime qu’il est légitime de se préoccuper de tout projet situé aux abords d’un esker. Sans prendre position sur le projet, il a expliqué qu’il était dans l’ordre des choses que des citoyens se sentent concernés.« C’est un réservoir [l’esker] important pour l’alimentation en eau potable de la Ville d’Amos. Juste en partant sur cette base, on peut déjà dire que c’est important de soulever les préoccupations pour tout projet qui se déroule à proximité de l’esker », a-t-il mentionné.Le maire d’Amos Sébastien d’Astous, qui assistait à la rencontre, a réaffirmé sa vigilance face au projet. « La population est mobilisée, c’est tout à son honneur, a-t-il déclaré. Les gens sont inquiets et je les comprends. »

Un appel à des études indépendantesLe porte-parole du Regroupement Vigilance Mines de l’Abitibi-Témiscamingue, Marc Nantel, demande à ce que des études environnementales indépendantes soient faites sur le projet. « L’autorégulation, c’est l’une des choses qu’on a toujours dénoncées. On doit croire les spécialistes qui proviennent de la minière », a-t-il martelé.Puisque le projet minier prévoit traiter 1900 tonnes de minerai, soit 100 tonnes de moins que la limite de 2000 tonnes, le promoteur n’aura pas à se soumettre à la procédure d’évaluation environnementale du gouvernement, s’évitant ainsi des audiences publiques du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).La ministre de l’Environnement pourrait toutefois recommander à son gouvernement, dès l’application de la nouvelle mouture de la Loi sur l’environnement en mars, d’obliger la minière à s’y conformer, en raison des préoccupations citoyennes.Les représentants de Sayona Mining n’ont pas tenu à commenter le dossier, malgré nos multiples demandes. Ils ont expliqué qu’ils agissaient par respect pour les citoyens, préférant attendre la fin de la période de consultation avant de s’adresser aux médias.

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