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Projet Authier : La Motte attendra avant de consulter

Des citoyens de La Motte et des membres du Regroupement Vigilance Mines de l'Abitibi et du Témiscamingue (Revimat) sont déçus de la décision de la municipalité, qui préfère attendre la fin des séances d'information de la minière Sayona Mining en lien avec le développement d'une mine de lithium à La Motte avant de consulter ses propres citoyens.

Un texte de Lise Millette

Bertrand Lessard, du Revimat, avait demandé à la municipalité d'ajouter sa voix à celles qui réclament la tenue d'une enquête indépendante du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) afin de protéger l'Esker.

« Vous savez que c'est une mine qui est proche d'un Esker, une source d'eau pure qui alimente plusieurs municipalités. Il reste que c'est un danger et nous voulons que ces dangers soient étudiés », soutient le citoyen.

La municipalité a répondu par l'entremise de sa directrice générale, Rachel Cossette. Dans une lettre aux citoyens qui lui ont officiellement soumis leurs propositions, elle explique que la consultation publique dans la forme souhaitée par les citoyens « n'est pas adaptée à la situation actuelle ».

En entrevue à Radio-Canada, Mme Cossette a précisé que la Ville ne peut prendre sur ses épaules les informations que possède la minière.

« On ne peut pas répondre du projet. On ne peut pas présenter le projet : nous ne sommes pas les promoteurs. Nous n'avons pas les compétences ni les connaissances pour répondre aux questions plus techniques concernant le projet. Nous, on peut dire c'est quoi les impacts sur la municipalité. La façon proposée n'a pas été acceptée parce que nous n'avons pas les compétences », affirme Mme Cossette.

Mme Cossette mentionne que deux soirées d'information ont été annoncées par Sayona Mining, l'une à La Motte le 19 juin et l'autre à Pikogan, près d'Amos, le 20 juin.

« Avec l'expérience, on sait que c'est toujours la même chose : ils ont des devoirs à faire, ils font des promesses, c'est toujours très beau. Mais quand on arrive sur le terrain, après, il est trop tard, les erreurs sont là », réplique Bertrand Lessard.

Le porte-parole du Comité citoyen pour la protection de l'Esker, Rodrigue Turgeon, est du même avis.

« Les consultations que Sayona Mining mettent de l'avant, il faut les voir comme des consultations dans lesquelles la minière est là pour vendre son projet. Il ne faut pas s'attendre à ce que toutes les questions posées par les citoyens comme "qu'est-ce que vous faites si on n'en veut pas de mine?" trouvent réponse. Je ne pense pas qu'il s'agit de la bonne instance. Ce type question doit être posé devant le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement », affirme M. Turgeon.

Trop tôt pour un BAPE

Les citoyens et la municipalité de La Motte divergent aussi d'opinion quant à la tenue d'un BAPE. Pour Rachel Cossette, cette avenue est prématurée.

« Pour le BAPE, le conseil municipal juge que l'ouverture d'une mine est déjà encadrée par une loi et des règlements. Nous, tant que ces étapes-là ne seront pas franchies, que le processus n'est pas terminé, on ne se prononcera ni pour ni contre un BAPE. On veut attendre que la consultation publique soit terminée et que les lectures soient faites et que l'analyse de tout ça soit terminée avant de prendre une décision officielle », a déclaré Mme Cossette.

La directrice générale soutient également qu'elle peut recueillir les commentaires de ses citoyens, mais qu'elle n'est pas en mesure de fournir toutes les informations techniques relatives au dossier.

L'avenue d'une étude indépendante est selon lui une manière de valider l'acceptabilité sociale du projet.

« Dans la prise d'une décision démocratique, nos représentants et nos représentantes doivent se fonder sur quelque chose. D'une part, oui des études scientifiques, mais aussi aller consulter la population », ajoute M. Turgeon.

Peu de marge de manoeuvre

Rodrigue Turgeon assure que les municipalités ont un très grand rôle à jouer dans la désignation des lieux à soustraire de l'activité minière. À ce chapitre, Rachel Cossette, directrice générale de La Motte, dit avoir fait ses devoirs.

« La loi permet de soustraire des secteurs au jalonnement minier, mais il y a des critères à atteindre pour pouvoir soustraire des secteurs. Nous avons soustrait des secteurs où il y a une forte population, le périmètre urbain, certains chemins où il y a plus de population et l'Esker, bien sûr, a été soustrait au jallonnement minier et des zones de conservation que nous avons sur le territoire. Ça a été fait. »

La Ville de La Motte s'engage par ailleurs à tenir à une date ultérieure, qui n'a pas été révélée, une rencontre pour ses citoyens afin de répondre à leurs questions, mais uniquement en lien avec les infrastructures et les impacts socio-économiques du Projet Authier.

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