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Projet Authier : une consultation publique houleuse à La Motte

La soirée de consultation de la minière Sayona Québec, qui a eu lieu à La Motte mardi soir, a provoqué la grogne parmi un bon nombre de citoyens présents.

Un texte de Thomas Deshaies

Les représentants de la minière ont parfois répondu aux questions de manière imprécise ou maladroite, ce qui a provoqué le mécontentement chez des citoyens. « Il y a des questions qui manquaient de précisions, qui étaient éludées, des flous qui ont été entretenus sur des questions très précises », a dénoncé le porte-parole du Comité citoyen de protection de l'esker, Rodrigue Turgeon.

Il aura fallu plusieurs interventions pour que les représentants de Sayona Québec révèlent finalement que la distance de l'esker avec la fosse serait de 75 mètres, alors qu'ils avaient en début de soirée avancé le chiffre de « moins de 500 mètres ». « Ça me semble très amateur de ne pas savoir la distance de votre projet », s'est exclamé un citoyen d'Amos, avant de finalement obtenir une réponse du promoteur, à la suite d'un échange musclé.

Malgré tout, l'hydrogéologue Yves Leblanc, qui a produit une étude à la demande de Sayona Québec, estime qu'il n'y a aucun risque pour les utilisateurs de l'eau de l'esker. « Malgré les pires situations, [les contiminants éventuels sont] très loin de pouvoir se rendre jusqu'où il y a des utilisateurs », a-t-il expliqué, en marge de la consultation. Selon son étude, l'eau du site minier s'écoulerait dans une autre direction que celle de l'esker.

Un ancien foreur qui affirme avoir travaillé sur le projet Authier, Kevin Lefebvre, s'est quant à lui dit très inquiet. Il soutient avoir démissionné en raison de préoccupations morales. « Ce que je n'aimais pas, c'est les veines d'eau qu'on pouvait toucher, presque à toutes les fois », a-t-il avancé.

Forte pression pour un BAPE

Un nombre important de citoyens présents ont exprimé leur désarroi face au refus de la minière de se soumettre au processus d'analyse du Bureau des audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

Le porte-parole de l'Action Boréale, Henri Jacob, dénonce ce refus. « De refuser un BAPE, c'est vraiment démontrer de la mauvaise foi. Ce n'est pas vrai que ça rallonge le processus. Ça calmerait vraiment la population », a-t-il déclaré.

Le porte-parole de Sayona Québec, Marc Parson, s'est contenté de rappeler que le processus actuel prévu pour les projets de moins de 2000 tonnes était tout aussi rigoureux, selon lui. Il a expliqué que le processus du BAPE nécessiterait trois ans, ce qui serait préjudiciable à une exploitation rapide. Des propos qui en font sursauter plus d'un, dont M. Jacob. « J'ai été à de nombreux BAPE, puis ça prend six mois », s'est-t-il exclamé. « On a une information contraire à cela », a rétorqué M. Parson.

Comité de liaison

Sayona avait dévoilé l'existence d'un « comité de liaison » il y a quelques semaines, sans révéler l'identité des participants. Après plusieurs questions des participants à la consultation publique, la minière a finalement révélé que le comité était exclusivement composé des élus de La Motte et de la directrice générale.

Une information qui a provoqué la consternation chez plusieurs citoyens, qui y ont vu un conflit d'intérêts des élus, qui s'affirment pourtant « neutres » dans le dossier. D'autres estiment que la composition du comité n'est pas représentative de la diversité de la société abitibienne.

Le conseiller municipal de La Motte, Yannick Lacroix, s'est expliqué aux médias, au nom du conseil municipal, en raison de l'absence du maire. « On est un tampon entre les citoyens et la minière. On récolte les questions des citoyens et on les achemine à la minière », a-t-il affirmé.

Interdiction d'enregistrer la séance

La minière a tenté d'interdire l'enregistrement par les journalistes de la période de questions, mais a finalement levé partiellement cette directive, en raison de la pression des journalistes présents.

Lors de cette période de questions, quelques citoyens de La Motte se sont quant à eux dits favorables au projet, en raison des centaines d'emplois qui seraient créés. Ils estiment également que le projet pourrait permettre d'augmenter le nombre d'habitants dans la municipalité.

D'autres citoyens avaient des préoccupations à exprimer quant au passage des camions, leur quiétude et les possibles dommages causés à leurs biens en lien avec l'exploitation de la mine.

Les représentants de la minière n'ont pas souhaité nous accorder d'entrevue après la séance publique. Leur attachée de presse a expliqué que le porte-parole était fatigué, après une séance de plus trois heures, et qu'il pourrait répondre aux médias au lendemain de la séance.

Sayona Québec tiendra une autre consultation à Pikogan, mercredi soir. L'entreprise compte déposer sa demande de permis d'exploitation en septembre prochain.

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