Retour

Québec revoit à la baisse le montant de la compensation pour la construction dans les milieux humides

Le gouvernement du Québec prévoit diminuer considérablement la compensation financière demandée pour la destruction des milieux humides, afin de permettre de la construction de bâtiments. Des groupes de protection de l'environnement dénoncent quant à eux ce qu'ils considèrent comme un recul du gouvernement.

Un texte de Thomas Deshaies

C'est ce que l'on constate en parcourant le projet de règlement sur la compensation pour l'atteinte aux milieux humides et hydriques qui a été déposé à l'Assemblée nationale du Québec en mai dernier.

Lors des mesures transitoires qui ont suivi l'adoption de la Loi concernant la conservation des milieux humides, le montant demandé était le même pour l'ensemble des régions. Ce que déploraient les élus, puisqu'il y aurait une proportion nettement plus grande de milieux humides en Abitibi-Témiscamingue que dans le sud de la province, ce qui constituait un frein au développement majeur, selon eux.

Le maire de Val-d'Or estime qu'il y a près de 40 % de milieux humides dans le secteur de Val-d'Or, comparativement à moins de 5 % dans certains secteurs du sud de la province.

Le nouveau règlement prévoit toutefois une modulation, au grand soulagement du commissaire industriel de Val-d'Or, Jean-Yves Poitras. « On passe de 20 $ du mètre carré aux alentours de 3 $ du mètre carré. Donc, c'est quand même une amélioration significative », souligne-t-il.

Des préoccupations persistent à Val-d'Or

Le maire de Val-d'Or, Pierre Corbeil, se réjouit de cette nouvelle, mais estime qu'il y a encore place à l'amélioration. « On a fait des progrès, nos préoccupations ont été retenues, la chose a été modulée. Mais on va continuer à débourser, on ne sait pas où cet argent va atterrir, on a aussi des préoccupations pour les définitions [de ce qu'est un milieu humide ou non]. »

M. Poitras espère lui aussi que les montants récoltés en Abitibi-Témiscamingue seront réinvestis dans la région. « Ce serait une très mauvaise chose de prendre des fonds pour aller palier à des problèmes ailleurs », souligne-t-il.

Le simple fait d'exiger des compensations pourrait inciter à l'étalement urbain, croit M. Corbeil, puisque des promoteurs pourraient préférer construire plus loin du centre urbain, plutôt que dans un milieu humide qui est en bordure du centre la municipalité.

À l'encontre de l'esprit de la loi?

Le gouvernement s'était donné pour objectif d'éviter toute perte nette de milieu humide avec sa nouvelle loi. Or, le porte-parole du Regroupement vigilance mine de l'Abitibi-Témiscamingue, Marc Nantel, doute que les paramètres de ce nouveau règlement puissent permettre d'atteindre cet objectif. « Le gouvernement a tellement bien écouté les municipalités [qui réclamaient notamment une diminution des montants] qu'on se demande si la mission de cette loi, qui est de protéger les milieux humides, ça va vraiment réussir », affirme-t-il.

Même son de cloche du côté de la présidente du Conseil régional de l'environnement en Abitibi-Témiscamingue (CREAT), Jacinthe Châteauvert, qui craint qu'il n'y ait plus d'effet dissuasif. « Le fait de diminuer d'une façon aussi importante que le gouvernement l'a fait, fait en sorte qu'on va pas trop respecter l'esprit de dire qu'on ne détruit pas les milieux humides », croit-elle.

Mme Châteauvert martèle l'importance des milieux humides pour l'environnement. « Les milieux humides nous donnent des services écologiques très importants, que ce soit au niveau de la régulation des eaux, des zones tampons, de la filtration des eaux, tranche-t-elle. Même si on en a beaucoup, c'est des zones qui sont sensibles et très importantes à préserver. »

Les élus, citoyens et groupes d'intérêts ont jusqu'au 6 juillet pour faire parvenir leurs commentaires au ministère de l'Environnement.

Plus d'articles