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Quitter le domaine de la santé pour une meilleure qualité de vie

Quelques jours avant sa démission, une infirmière de Rouyn-Noranda, Anik Henri, a dénoncé, le 26 décembre dernier, ses conditions de travail sur sa page Facebook. Son statut a été partagé plus de 1167 fois, quelques jours avant sa démission.

D'après un texte de Thomas Deshaies et d'une entrevue d'Émilie Parent-Bouchard

Anik Henri, qui est infirmière depuis 12 ans, affirme que le temps supplémentaire obligatoire a explosé dans la région en raison de la restructuration du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT). Plusieurs de ses collègues et elle-même, auraient été, à de nombreuses reprises, dans l'obligation de travailler deux quarts consécutifs, déplore-t-elle.

Ainsi, certaines infirmières de son département, qui travaillaient de 16 h à minuit, auraient été régulièrement obligées de poursuivre leur quart jusqu'à 8 h du matin, affirme Mme Henri. « Quand j'ai fait : "ok, ça ne fonctionne pas", c'est lorsqu'à l'intérieur de 36 h, il y a eu cinq filles différentes qui ont été obligées de faire des temps supplémentaires obligatoires. Puis ça, uniquement dans un département, ce qui est énorme », mentionne-t-elle.

À la suite de ses appels de détresse, Anik Henri n'a pas senti d'écoute de la part des supérieurs. « Ça se peut qu'il se passe quelque chose derrière pour corriger cela, mais nous, on ne le voit pas. Moi ce que je vois, ce sont des collègues épuisées, des collègues en larmes, des collègues qui ne dorment pas », raconte-t-elle.

Plusieurs cas

Anik Henri n'est pas la seule à avoir quitté son travail pour cause de surmenage. Une préposée aux bénéficiaires de l'hôpital de Rouyn a publié un message similaire à celui de Mme Henri, quelques jours plus tard, annonçant elle aussi son départ.

La propriétaire du Bocal à Bonbons, de Rouyn-Noranda, Chantal Turgeon, était, auparavant infirmière-assistante en chirurgie. Elle s'occupait des patients avant et après leur opération. Elle a exercé son métier pendant 22 ans.

« Avec toutes les coupures dans le système de santé, c'était un département pas mal multitâches en fait, se souvient-elle.  Je me suis retrouvée malade et c'était trop difficile pour moi de poursuivre ma carrière en soins infirmiers ».

Anik Henri était loin de se douter que son message Facebook soit autant relayé. Elle soutient qu'elle a verbalisé ce que beaucoup de ses collègues pensent, mais qu'elles refusent d'exprimer, par crainte de représailles. « Je souhaite que ça puisse mobiliser mes collègues », conclut-elle.

Restructuration en cause

La restructuration dans le milieu de la santé et la coupure de certains postes seraient en cause, selon Anik Henri. « On coupe des postes, mais les patients ne sont pas partis pour autant », souligne-t-elle. Elle soutient qu'en douze ans de carrière, elle n'a jamais vu un climat de travail aussi problématique.

Les nombreuses heures de travail consécutives affecteraient aussi la capacité des infirmières à offrir la meilleure assistance possible à leurs patients, selon Mme Henri.

« Ce qui est supposé être fait de façon exceptionnelle est devenu la norme, dénonce Mme Henri. Il y a d'ailleurs beaucoup de congés maladie. » Anik Henri rapporte qu'en date du 23 décembre 2017, 26 personnes sur 47 étaient en congé de longue durée dans son unité. Une situation qu'elle attribue en partie aux conditions de travail.

Le CISSS-AT a tenu à nuancer cette affirmation. Selon ses données à jour, il y aurait 20 absences sur 57 postes dans l'unité de médecine-chirurgie de l'hôpital de Rouyn-Noranda, dont 12 congés maladie et huit congés de maternité, ou parental.

Le CISSS-AT en mode solution

Le président-directeur général du CISSS-AT, Yves Desjardins, se dit à l'écoute des critiques qui émergent depuis quelque temps dans la région.

Il rappelle toutefois que le temps supplémentaire obligatoire n'est pas un fait nouveau. « Il y a un article de 1980 qui parle de cette problématique dans le réseau de la santé. En Abitibi-Témiscamingue, c'est un peu nouveau, quelque chose qu'on n'avait pas », soutient-il. M. Desjardins estime que cette situation est due à la pénurie de main-d'œuvre dans la région.

Yves Desjardins admet que les restructurations peuvent aussi être en cause. « Je pense que c'est une hypothèse qu'il ne faut pas écarter. La littérature sur le sujet est assez claire. Toute modification ou transformation dans des zones qui sont stables amènent des répercussions négatives qui peuvent aller sur des gens qui tombent en maladie ou quoi que ce soit », explique-t-il, en précisant qu'il y a une augmentation des gens qui « tombent en maladie » dans le réseau de la santé actuellement.

Le CISSS-AT ne souhaite pas que le temps supplémentaire obligatoire devienne une norme. « Ce n'est pas une mesure sur laquelle on table, c'est une mesure d'exception », tranche M. Desjardins.

Il rappelle toutefois qu'il a demandé à ce que les syndicats lui fournissent des chiffres exacts pour savoir dans quelle proportion il s'agit de temps supplémentaire obligatoire, plutôt que volontaire.

Yves Desjardins martèle vouloir trouver une solution en partenariat avec les collaborateurs, dont les syndicats, pour ajuster les conventions collectives et permettre une plus grande mobilité de la main-d'œuvre.

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