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Réforme de la santé et financement par activité : l'Abitibi-Témiscamingue sera-t-elle gagnante?

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, va entamer la troisième vague de sa réforme de santé en introduisant le « financement à l'activité ». Ce mode de financement consiste à établir un coût pour chaque acte posé pour le traitement d'un patient et à verser aux établissements le financement en conséquence, plutôt qu'en fonction de la formule de financement dite « historique » actuellement en vigueur.

Avec les informations d'Émilie Parent-Bouchard

Prendre des décisison éclairées

Le président-directeur général du Centre intégré de santé et de services sociaux d'Abitibi-Témiscamingue, Jacques Boissonneault, voit d'un bon oeil le fait d'avoir accès à des informations cliniques plus précises et informatisées que souhaite implanter le ministre pour accompagner la réforme. Il croit que cela permettra aux gestionnaires de prendre des décisions plus éclairées en ce qui a trait à l'allocation des ressources.

Mais il considère aussi qu'il faudra être vigilant pour que le contexte dans lequel travaille le personnel de santé dans les régions éloignées soit pris en compte, afin d'éviter de compromettre l'accès à des services de proximité au profit de la performance. « Ce qui se passe en Abitibi-Témiscamingue, en Gaspésie, sur la Côte-Nord, est très différent dans les façons de faire et dans la dispersion des sites. À titre d'exemple, nous avons en Abitibi-Témiscamingue cinq blocs opératoires. Si on gardait notre volume populationnel et on était tous au même endroit, probablement qu'un ou deux blocs seraient suffisants. Mais on comprend qu'en raison de la dispersion, on a un bloc à Ville-Marie, on en a un à La Sarre et ainsi de suite dans les trois autres endroits. Donc, c'est clair que ça a un impact sur notre performance », croit-il.

Selon Jacques Boissonneault, le ministre de la Santé a déjà signifié sa volonté d'introduire une modulation pour les régions dans le calcul des coûts des activités. À l'inverse, le PDG du CISSS estime que l'introduction du financement par activité pourrait aussi permettre à la région de réaliser des gains. « Il y a des situations où on est productifs et on manque d'argent. Ce système peut aussi nous permettre d'améliorer notre sort. Donc, il faut le regarder des deux côtés. Avec des budgets historiques, c'est très difficile d'obtenir des fonds additionnels. Là, on va être capables de le faire avec des données probantes. Donc ça peut aussi nous donner des outils pour identifier des endroits où on manque de financement », estime-t-il.

Un accès limité aux soins pour certaines catégories de la population?

De son côté, l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé (APTS), qui représente 760 psychologues, travailleurs sociaux, nutritionnistes et autres technologues médicaux dans la région, craint que la sélection des soins soit déterminée par leur coût et que cela résulte en un accès limité de la population à certaines catégories de soins.

Sylvie Godin, répondante politique de l'APTS et responsable de la région, s'inquiète que dans les grandes régions comme l'Abitibi-Témiscamingue, on assiste à la centralisation de certains services. Elle craint aussi que l'accent mis sur la performance n'augmente la pression sur les personnels et mène à la déshumanisation des soins.

Selon elle, par exemple, « au niveau psychosocial, ça devient un peu complexe de déterminer ce que ça coûte une intervention d'un professionnel de la santé dans ce domaine-là, parce qu'on ne peut pas dire qu'une activité prend exactement 20 minutes à compléter auprès d'un client. Parce que la clientèle, chaque cas, c'est différent d'un cas à l'autre et parfois il y a de la complexité, il y a plusieurs problématiques qu'un client peut avoir. Et de quantifier une activité, on se trouve à déshumaniser ces services-là. »

De son côté, la FADOQ craint aussi que le financement par activité fasse des laissés pour compte, dont les aînés. La directrice régionale de la FADOQ, Monic Roy, s'inquiète par ailleurs des effets cumulés des réformes successives dans le secteur de la santé. Elle fait valoir qu'il est important de considérer l'effet à long terme de ces réformes, par souci d'équité entre les générations.

« Il faut savoir ce qu'on va laisser aux générations futures en terme de réseau de santé. Est-ce qu'ils vont avoir droit, comme les aînés d'aujourd'hui ont eu, à un réseau de santé gratuit, à des services gratuits? Est-ce que ces générations-là vont pouvoir bénéficier d'un bon réseau de santé? », demande Mme Roy.

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