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Semaine minière du Québec : regard historique sur le développement de l'industrie minière en Abitibi

À l'occasion de la tenue de la 25e édition de la Semaine minière du Québec, l'équipe de l'émission Des matins en or a invité l'historien spécialisé dans l'Histoire de la région Benoit-Beaudry Gourd à revenir non seulement sur le développement économique de l'Abitibi-Témiscamingue, mais aussi sur l'importance de la filière abitibienne au sein de l'industrie minière québécoise. 

Un article d'Émilie Parent-Bouchard

L'historien situe les balbutiements de l'industrie dans la région au début du XXe siècle. À l'époque, la Commission géologique du Canada et le bureau des mines du Québec cherchent à évaluer la situation géologique de la région.

On observe alors des similitudes avec le district minier du Nord-est ontarien, en pleine effervescence. Cobalt, Porcupine, Timmins et Kirkland Lake prospèrent, au fil du développement du chemin de fer de la Temiskaming and Northern Ontario Railways, l'ancêtre de la Ontario Northland, précise l'historien. 

Des découvertes au fil de l'eau

« Les premières découvertes majeures se font du côté de la région de Val-d'Or pour une raison assez simple : construction du Transcontinental, rivière Harricana qui est une grande voie de pénétration vers l'intérieur des terres, explique Benoit-Beaudry Gourd. Et il y a un bureau des mines à Amos, Hector Authier est agent des terres ET des mines. Donc, les prospecteurs descendent du train à Amos, empruntent l'Harricana, vont jusqu'au lac Demontigny et là on a la découverte de Stanley Siscoe qui va donner le nom à l'île Siscoe et à la mine Siscoe. »

Viennent ensuite les découvertes d'autres gisements aurifères, dont celle de James-Joseph O'Sullivan qui mènera à l'exploitation de la mine qui porte son nom. Nous sommes alors au début des années 1910 et les prospecteurs arpentent le territoire en empruntant, comme les Autochtones qui y sont établis, les cours d'eau pour se déplacer.

Le camp minier de Rouyn-Noranda est d'ailleurs moins bien connu à ce moment, notamment pour des raisons d'accès au territoire : il faut alors transiter par le sud de la région, par le lac Témiscamingue, le lac des Quinze et remonter la rivière Kinojévis, note l'historien, avant d'ajouter que la découverte, par Edmund Horne, du gisement qui fera place à la mine Noranda, est faite de manière « assez fortuite ». 

« Edmund Horne, qui revient d'un voyage d'exploration du côté de la région de Val-d'Or, mais qui revient par les voies d'eau, par Cadillac où se fait la transition d'un bassin à l'autre, du nord au sud de la ligne de partage des eaux », explique-t-il, précisant que le prospecteur a travaillé partout en Amérique du Nord, du Yukon à la Californie, en passant par le nord de l'Ontario.

Le camp minier de Noranda prend forme

« Ce n'est pas un jeune prospecteur, c'est un prospecteur d'expérience et comme beaucoup de prospecteurs, il fait des petites découvertes, optionne ses terrains, ramasse un peu d'argent, ajoute-t-il. Il a fondé un syndicat minier avec quelques associés qui est le Lake Tremoy Syndicate. Ce qu'on appelle les compagnies juniors aujourd'hui, à l'époque on appelle ça des syndicats miniers. Il jalonne des terrains dans les années 1914-1917 jusqu'à temps que sa découverte intéresse un groupe de financiers new-yorkais - on parle des Rockefeller, on parle des Dupont de Nemours. »

Les financiers américains se rendent alors compte qu'ils tiennent un gros filon. La création, en 1922, de Noranda Mines Limited donne le coup d'envoi la ruée minière dans la région. 

« On cherche de l'or à l'époque : très tôt on se rend compte que c'est une découverte d'or et de cuivre, rappelle l'historien. L'or est riche dans ce gisement-là, mais c'est surtout du cuivre, un peu de zinc, un peu d'argent, donc un [gisement] polymétallique », avance Benoit-Beaudry Gourd.

D'autres mines poussent comme des champignons autour des deux villes de Noranda, géré par Noranda Mines Limited, et Rouyn, où s'établissent les travailleurs qui ne souhaitent pas vivre sous le joug de la compagnie : Powell, Waite Amulet, Stadaconna, Senator, Granada. 

La place de l'Abitibi dans l'industrie minière québécoise

Avant l'exploitation de gisements aurifères et polymétalliques abitibiens, l'industrie minière québécoise est surtout présente dans le sud de la province et articulée autour de l'amiante. Des carrières de sables et de graviers sont aussi dispersées sur le territoire. Mais les découvertes réalisées en Abitibi-Témiscamingue vont complètement transformer l'industrie, explique l'historien. 

« C'est la première zone minière où l'on a ce qu'on appelle du hard rock, c'est-à-dire des minéraux comme [du] cuivre, zinc, or, argent, ainsi de suite. Rapidement, lorsque l'on s'aperçoit qu'il y a des indices intéressants, on amène des foreuses [car] à l'époque, [ce sont] des foreuses à vapeur, c'est-à-dire avec des chaudières et on prend le bois autour », prend le temps de préciser l'historien. 

À partir de 1925, la région se développe à vitesse grand V, alors que Noranda Mines Limited décide de construire « une mine, une fonderie, une ville ». Le boom dans la région de Rouyn-Noranda va durer jusqu'aux années 1950, précise l'historien, qui ajoute qu'un second souffle se produira dans la Vallée-de-l'or en 1935, avec la montée fulgurante du prix de l'or qui atteint 35 dollars américains l'once en 1934, à l'époque « le meilleur prix jamais atteint ». 

Sullivan, Sigma-Lamaque, Malartic Gold Fields, Canadian Malartic, East Malartic et Cadillac se développent alors, tout comme la route 117. Le camp minier de Rouyn-Noranda se développe alors autour de trois grosses mines, soit Waite Amulet, Horne et Quémont. 

Selon l'historien, en 1950, la moitié de la valeur de la production minérale du Québec vient alors de notre région.

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