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Traversée du Lac Abitibi : récit d'aventure de Guillaume Rivest

Cette semaine, notre chroniqueur plein air Guillaume Rivest nous amène dans ses bagages durant la 24e traversée du Lac Abitibi. Récit personnel d'une aventure qu'il n'est pas près d'oublier.

Un texte de Guillaume Rivest

L’an dernier, j’ai couvert en tant que journaliste le départ de la 23e traversée du Lac Abitibi. Suivant les aventuriers avec mes skis, mon enregistreuse et mon appareil photo jusqu’à la berge ontarienne de l’immense étendue d’eau, j’étais inspiré. En regardant les skieurs s’éloigner sur la gigantesque plaine blanche que formait le lac mythique, je me suis alors promis que je serais parmi eux pour la 24e édition. Je voulais vivre de l’intérieur cet événement qui est à la fois mythique et peu connu. Je suis maintenant de retour de l’édition 2018 depuis quelques jours et je peux affirmer qu’il s’agit de l’une des plus belles expériences plein air que j’ai vécues de ma vie.

Le départ s’effectuait à La Sarre le 6 mars dernier. Avec nos traineaux et notre motivation, nous sommes partis en autobus jusqu’au point de départ situé à Eades, du côté ontarien du lac Abitibi. À partir de là, tout s’est bousculé très rapidement. En deux temps, trois mouvements, j’étais harnaché à mon traineau pesant une centaine de livres, les skis aux pieds, et j’entamais les premiers mètres d’une traversée qui s’étalait sur 100 km. Les premières heures de ski à travers la forêt nous ont menés jusqu’à la berge du lac, où nous nous sommes arrêtés pour dîner. L’immense lac nous tendait les bras et nous étions tous fébriles à l’idée de nous lancer dans cette étendue sauvage.

Mangeant tranquillement mon sandwich, j’observais les gens qui m’entouraient. Je voyais ces géants de la traversée. Ces hommes et femmes ont déjà fait ce parcours plus d’une dizaine de fois. Parmi eux, Jean-Pierre Robichaud, âgé de 72 ans, qui participait à cette expédition pour la 21e fois. J’ai vu arriver Yvon Calder. Il effectuait la traversée avant même que cela devienne un événement officiel au début des années 1990. Impressionné par leur expérience et leur organisation, j’ai rapidement constaté que j’avais beaucoup à apprendre. Toutefois, je n’étais pas seul dans cette situation. Parmi les 39 participants, près de la moitié en étaient à leur première traversée.

D’ailleurs, à première vue, 39 participants, c’est peu en comparaison avec les années où l’expédition comptait des guides et une armée de bénévoles. Vers la fin des années 90, il n’était pas rare de voir 70 personnes et plus participer à cette aventure. Lorsque l’organisation officielle a cessé ses activités, la traversée a bien failli mourir. Dans les années qui ont suivi, l’événement comptait parfois seulement trois participants.

Toutefois, l’expédition a lentement commencé à renaître de ses cendres. France Lemire et ses acolytes se sont intégrés à ceux qui ont tenu le fort tout en cherchant à faire la promotion de cette activité fantastique. Par la suite, l’actuel coordonnateur de l’activité, Patrick Girouard, a lui aussi joint le groupe et, grâce au comité organisateur récemment formé, l’événement connait à nouveau un engouement qui en surprend plusieurs. En 2016, la traversée comptait 10 participants. En 2018, 39 personnes étaient du départ. Avant désistement, près de 60 personnes avaient manifesté leur intérêt.

Cheminant chacun à notre rythme, j’ai appris à connaitre à coup de bribes de conversation des gens extraordinaires. Partenaires de ski l’espace d’un instant, certains avaient de nombreuses aventures derrière la cravate, comme Martin Murray qui, l’an dernier, a tenté de rallier seul le pôle Nord en ski, ou encore Martin-Simon Gagnon, qui a parcouru l’hémisphère nord du globe en vélo. Il a notamment traversé la Sibérie seul sur sa monture durant l’hiver. Un exploit extraordinaire.

J’ai également côtoyé des gens pour qui la traversée était l’une de leurs plus grandes aventures à date. Des gens qui se sont lancé le défi de sortir de leur zone de confort et de vivre une aventure qui les marquerait. Ils ont tous relevé le défi de la traversée du lac Abitibi avec brio. Plusieurs ont d’ailleurs déjà en tête de revenir l’an prochain.

Comme plusieurs, j’ai été impressionné de compter parmi les participants deux jeunes de 17 ans. Lorenzo et Patrick, tous deux élèves de la polyvalente La Forêt d’Amos, ont raté une semaine de classes pour compléter l’expédition. Selon plusieurs, personne d’aussi jeune n’avait effectué la traversée auparavant.

De jour en jour, les campements se sont succédé. Parfois installés sur des îles, parfois sur les berges du lac, c’était chaque fois l’occasion d’apprendre de l’expérience des autres, d’échanger sur la journée et de partager d’authentiques moments au cœur d’un territoire encore sauvage. L’entraide et la bonne humeur étaient toujours au rendez-vous.

Chaque matin, lorsque je me décidais à quitter le confort de mon sac de couchage, je découvrais quelque chose d’extraordinaire. Au troisième jour de notre expédition, les arbres givrés et le soleil perçant à peine les nuages nous ont offert paysage incroyable au moment du départ. Au quatrième jour, un mélange de brume et de précipitations neigeuses avait complètement effacé l’horizon, donnant alors l’impression qu’on avait déposé des skieurs dans un autre monde où la seule couleur existante était le blanc. Il était alors impossible de distinguer ciel et terre, nous obligeant à naviguer à l’aide d’une boussole et d’un GPS.

Tranquillement, nous nous sommes approchés de la rive est du lac Abitibi. Lors de la cinquième et dernière journée, nous avons remonté la rivière La Sarre pour finir en pleine ville. Une trentaine de personnes ont applaudi chaleureusement le doyen, Jean-Pierre, lorsqu'il a franchi l’arrivée, suivi de près par la relève incarnée par les deux jeunes Amossois. Sourire pour certains, larmes pour d’autres, tous étaient fiers d’avoir complété cette expédition. La douche et le repas qui ont suivi étaient appréciés plus qu’à l’habitude pour ceux qui venaient de passer cinq jours sur le lac.

Lorsque j’ai quitté mes partenaires d’expédition, nous nous parlions déjà avec fébrilité de la prochaine aventure. Je garderai des souvenirs indélébiles de la 24e traversée et déjà, j’ai hâte de retrouver mes nouveaux amis à l’occasion de la 25e édition de cet événement extraordinaire qu’est la traversée du Lac Abitibi.

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