Un Amossois qui a été atteint de la bactérie Clostridium difficile a été sauvé par un traitement bien particulier. Émilien Godbout, 81 ans, a été sauvé, en avril dernier, à l'hôpital d'Amos, grâce à une greffe de selle. Il a été le premier à recevoir ce traitement en Abitibi-Témiscamingue.

Un texte d'Émélie Rivard-Boudreau

Émilien Godbout a bien failli y passer au printemps dernier. Après avoir été opéré pour un kyste dans le dos, et souffrant du même coup d'une pneumonie, Émilien Godbout se fait prescrire des antibiotiques. Les médicaments provoquent chez lui des diarrhées répétées et il finit par contracter la bactérie C. difficile.

« J'étais rendu assez faible que je ne bougeais quasiment plus dans le lit », se souvient-il.

Les traitements pour lutter contre l'infection sont sans succès. On lui propose donc une greffe fécale.

Une première en Abitibi-Témiscamingue

Le fils d'Émilien Godbout accepte d'être le donneur.

Mais à l'hôpital d'Amos, c'était une première. Le protocole et la transplantation ont été effectués en à peine deux jours, grâce à l'implication d'autres médecins, d'un infectiologue, des gens qui travaillent au laboratoire et aussi des infirmières.

« Le prélèvement doit être fait dans l'heure qui précède la greffe. Les matières doivent être envoyées immédiatement au laboratoire. Le laboratoire va procéder à des tests poussés sur les selles. Eux, dans le fond, ils ont une technique qui va diluer les selles dans du liquide », explique le médecin de famille d'Émilien Godbout, Dr Claude Beaulieu.

Émilien Godbout a reçu la greffe par un tube nasal. « Un coup que j'ai eu ça, ça a commencé à remonter tranquillement, puis tranquillement, puis là, ça a l'air d'être parti sur le bon bord », témoigne-t-il.

Intérêt du public et de la science

Le magazine Québec science publie, ce mois-ci, un article sur ce médicament miraculeux que sont les excréments pour guérir la C. difficile.

On y apprend que le taux de guérison après une greffe fécale atteint de 80 % à 90 %, contre 30 % avec le traitement antibiotique.

Aux États-Unis, il existe même une banque de selles pour donner ce traitement, mais ce n'est pas le cas pour le moment au Canada. Santé Canada a adopté une politique provisoire sur la bactériothérapie fécale utilisée pour traiter les patients atteints d'infection au C. difficile et soutient la poursuite des recherches dans ce domaine.

Si la formule suscite beaucoup d'intérêt auprès du public et auprès de la communauté scientifique, reste à savoir si elle pourrait guérir d'autres pathologies.

Le Dr Beaulieu met par contre en garde le public. Les greffes de selles doivent se faire dans un milieu médical, et non comme traitement maison.

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