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Un dépôt à neige entraîne l'entrée de contaminants dans l'esker de Val-d'Or

La conception du site du dépôt de neiges usées situé sur le boulevard Barrette à Val-d'Or ne permet pas d'empêcher l'infiltration de l'eau de fonte. Des contaminants peuvent donc être dilués dans l'esker, qui alimente en eau potable la municipalité.

Un texte de Thomas DeshaiesC'est ce qu'on peut constater en consultant plusieurs documents du ministère de l'Environnement, obtenus par le citoyen Ronald Dubé, en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

Un avis de non-conformité émis le 15 mai dernier à la Ville de Val-d'Or concernait le non-respect de la fréquence d'échantillonnage du rapport de suivi 2017. On y constate que l'eau qui s'écoule sous le dépôt de neiges usées enregistre des dépassements de la concentration de chlorure (sel de déglaçage), depuis 2012.

En 2016, la concentration de chlorure dans l'eau souterraine était de 351 mg/l, alors que le critère pour l'eau de consommation est de 250 mg/l. Il n'y a toutefois pas de danger pour la santé humaine, selon plusieurs experts.

Le ministère de l'Environnement a constaté que le bassin de sédimentation est inefficace, alors qu'il devrait recueillir l'eau provenant de la fonte de la neige, et éviter ainsi l'infiltration de contaminants directement dans le sol. Celui-ci est trop poreux et l'eau ne s'écoule donc pas jusqu'au bassin.

Les documents du ministère de l'Environnement produits lors de la délivrance du certificat d'autorisation en 2004 démontrent que la Ville s'était engagée à apporter des mesures correctives, s'il y avait contamination due à l'infiltration des eaux de la fonte. Or, aucune modification majeure à la conception du site n'a été effectuée depuis.

Pas de danger pour la santé des citoyens, assure la municipalitéL'un des puits de la Ville est situé à 1,7 km du dépôt à neiges usées. Cette eau, puisée dans l'esker, est d'une grande qualité et ne nécessite pas de traitement avant sa distribution dans le réseau d'aqueduc. L'eau de l'esker s'écoule du dépôt en direction de l'aire d'alimentation du puits, selon l'ingénieur municipal, Ismaila Camara.

Ni le ministère de l'Environnement ni la Ville n'a constaté à ce jour de répercussions négatives du dépôt de neiges sur la qualité de l'eau potable distribuée aux citoyens. La Ville effectue des tests sur la qualité de l'eau aux abords des puits et aucune concentration élevée en chlorure n'a été constatée. « La concentration (en chlorure) est stable », assure M. Camara.

La Ville fera une étude de vulnérabilitéLes autorités municipales affirment toutefois ne pas prendre la situation à la légère et vouloir effectuer une étude de vulnérabilité concernant les puits de la municipalité, qui devrait être livrée d'ici l'hiver prochain. Les élus devront ensuite déterminer quelle sera l'intervention la plus appropriée.

Le maire de Val-d'Or, Pierre Corbeil, assure que la municipalité agira de manière responsable. « On est en étroite discussion et collaboration avec le ministère de l'Environnement, explique-t-il. Il n'y a pas de risque présentement (sur la qualité de l'eau), mais il n'y a pas non plus de choses qui doivent être prises à la légère. »

Un déplacement réclamé

Le citoyen Ronald Dubé, qui a rendu publique cette situation, réclame le déplacement du dépôt de neiges usées. Il estime que la municipalité a fait preuve de laxisme dans ce dossier. « Il faut les sortir de là, puis les forcer à nettoyer, s'exclame-t-il. Il faut qu'ils enlèvent ces clôtures puis qu'ils plantent des arbres, c'est la seule solution. »

Les eskers sont beaucoup plus vulnérables aux contaminants que d'autres nappes d'eau souterraine, estime le spécialiste en eaux souterraines et professeur à l'Université du Québec à Chicoutimi, Romain Chesnaux. « Comme les eskers sont des formations où l'eau souterraine est peu profonde, et bien ce sont des formations qui sont beaucoup plus vulnérables aux contaminants », explique-t-il.L'exploitation d'un dépôt à neige ou de tout type de dépôt sur un esker est donc susceptible de favoriser l'infiltration de contaminants dans l'eau du sous-sol, estime-t-il. Se gardant bien d'émettre d'opinion sur le dépôt à neige, le professeur se veut toutefois rassurant quant à la concentration de chlorure dans l'eau.

Un rapport de la Direction régionale de l'analyse de et de l'expertise de l'Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec du ministère de l'Environnement, statue toutefois sur l'importance de ne pas prendre la situation à la légère pour la préservation de la ressource hydrique. « Les suivis démontrent que les puits ne sont pas affectés par le dépôt Barrette, mais il est impossible de savoir l'impact à long terme », peut-on lire.

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