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Un projet minier aux abords d'un esker inquiète dans la MRC d'Abitibi

La zone d'impact d'un projet de mine de lithium à La Motte chevauche l'esker Saint-Mathieu-Berry. Selon la Société de l'eau souterraine de l'Abitibi-Témiscamingue (SESAT), la fosse de la mine à ciel ouvert serait située à moins de 500 mètres de l'esker qui alimente en eau potable la ville d'Amos, notamment. Le projet inquiète des citoyens, mais aussi des élus.

Un reportage de Thomas Deshaies

Le projet de la minière australienne Sayona Mining pourrait voir le jour en 2018. Sa concrétisation inquiète plusieurs citoyens, dont le diplômé du programme de droit et sciences de la vie de l'Université de Sherbrooke et Amossois, Rodrigue Turgeon. « On peut s'attendre à ce qu'il y ait des impacts sur l'environnement, c'est une mine à ciel ouvert », s'exclame M. Turgeon.

Outré par le déficit de connaissance de la population sur l'existence d'un projet minier aux abords de l'esker qui fournit « la meilleure eau potable au monde », M. Turgeon lance un appel à la mobilisation citoyenne. « Ma préoccupation, c'est qu'on en soit rendu là dans le processus et que la population n'en soit pas informée, s'insurge-t-il. On est à la veille du début des travaux d'exploitation. » Il estime qu'une fois que la population sera informée, il faudra « mener un examen de conscience plus large » sur la direction que souhaite prendre l'Abitibi dans l'exploitation des richesses naturelles.

La compagnie minière, qui a déjà fait deux études de préfaisabilité en 2016 et 2017 et termine une autre étude, indique vouloir aller de l'avant sous peu. « On vise une construction à la fin 2018, début 2019 », affirme le représentant canadien pour Sayona Mining, Jonathan Gagné.

Éviter la Procédure d'évaluation environnementale

Les projets miniers avec un taux d'extraction de 2000 tonnes par jour doivent se soumettre aux cinq étapes de la Procédure d'évaluation environnementale du gouvernement du Québec. Durant ce processus, une période d'information et de consultation publiques est prévue, ce qui permet aux citoyens de demander des audiences pour y exprimer leurs préoccupations.

Or, le promoteur du projet Authier prévoit extraire 1900 tonnes par jour, évitant ainsi de se soumettre à la procédure. La compagnie n'aura qu'à demander un certificat d'autorisation et transiger avec les ministères de l'Environnement et de l'Énergie.

Rodrique Turgeon craint que cette situation garde la population dans l'ignorance.

Questionné à ce sujet, le représentant de Sayona Mining au Canada a rétorqué que la compagnie « respectait les règlements » et qu'il s'agissait d'une décision réfléchie. Il explique que la procédure d'évaluation impliquait des dépenses élevées et de « longs délais pouvant aller de 24 à 36 mois ». Jonathan Gagné affirme que les études environnementales de la minière seront tout de même rendues publiques. « On travaille à mettre en place un programme social pour informer les communautés de notre projet ». conclut-il.

L'importance de protéger les eskers

Sans vouloir prendre position sur le projet Authier, le directeur du Groupe de recherche en eau souterraine (GRES) de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, Vincent Cloutier, estime que la protection des eskers est primordiale. « La raison principale, c'est que ça sert d'alimentation en eau potable pour plusieurs villes et municipalités [de la région], souligne-t-il. Ils [les eskers] représentent uniquement 4 % du territoire et ce sont des endroits très vulnérables. »

Les eskers se rechargent à partir de l'eau en surface. « Si on avait un contaminant à la surface, il serait susceptible de venir affecter la qualité de l'eau souterraine », mentionne Vincent Cloutier.

La connaissance sur les eskers s'est grandement améliorée, estime le professeur. « Il n'en demeure pas moins qu'il y a encore de l'ouvrage à faire pour bien documenter quel pourrait être l'impact, par exemple, d'un contaminant sur l'esker », précise-t-il.

Le directeur général de la Société des eaux souterraines, Olivier Pitre, souhaite en connaître davantage sur le projet Authier avant de se prononcer, puisque « les détails sont importants ». « C'est une portion de l'esker où il y a une remontée du socle rocheux. Donc il y a peu de potentiel en eau potable [dans cet endroit]. Ceci étant dit, ça reste une zone de recharge préférentielle, ça reste une zone vulnérable aussi », précise-t-il.

Jonathan Gagné affirme quant à lui que le projet Authier n'aura aucun impact sur l'esker. L'eau du projet minier s'écoulerait dans le sens opposé de l'esker, explique-t-il. « Physiquement, ça se trouve donc à être impossible qu'on contamine cet esker dû aux nombreux tests faits et aux conclusions des consultants en hydrogéologie », martèle-t-il.

Des élus surveillent la situation de près

Le préfet de la MRC d'Abitibi et maire d'Amos, Sébastien d'Astous, affirme qu'il suit la situation de près, mais que la MRC n'a reçu aucune information de la compagnie minière à ce jour. « On ne veut pas prendre de risque et on va tout mettre en place pour s'en assurer », martèle-t-il.

Le maire de La Motte, Louis-Joseph Fecteau-Lefebvre, a rencontré des représentants de la minière. Il s'est dit rassuré par le fait que leurs représentants étaient conscients de la proximité de l'esker. Il affirme cependant avoir constaté des préoccupations chez certains citoyens. « On ne va pas fermer les yeux, ça c'est certain, on va suivre le projet à la trace et demander des informations aussitôt qu'elle se présente », ajoute-t-il.

Le ministre a le pouvoir de protéger les eskers

Rodrigue Turgeon se demande quant à lui pourquoi les élus ne protègent pas davantage les eskers de l'Abitibi, alors qu'il existe plusieurs mécanismes depuis la refonte de la Loi sur les mines en 2013.

Les MRC peuvent délimiter, par l'entremise de leur schéma d'aménagement, des zones incompatibles avec l'activité minière. L'article 304 de la Loi sur les mines donne aussi le pouvoir au ministre de l'Énergie de soustraire à l'activité minière des terrains situés sur des eskers « présentant un potentiel en eau potable ».

Selon Olivier Pitre de la SESAT, il s'agit d'une clause encore largement méconnue. C'est pour cette raison que l'organisme dévoilera dans les prochains jours une carte identifiant les eskers ayant un potentiel en eau potable, qui pourra servir aux décideurs locaux. « On souhaite que les décideurs, dont une municipalité qui a un segment d'esker qu'elle aimerait préserver pour l'avenir, puissent avoir entre les mains des informations pertinentes », conclut-il.

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