Après 35 ans d'activité, le Cabaret de la dernière chance de Rouyn-Noranda a atteint une notoriété enviable sur la scène provinciale, mais le bar-spectacle se trouve aussi dans une des situations les plus précaires de son histoire.

Un texte de Félix B. Desfossés

Danielle Gosselin est responsable de la production des spectacles et des activtés au Cabaret de la dernière chance depuis la fin des années 90. « Le mandat du cabaret, c’est de promouvoir les artistes émergents, les auteurs-compositeurs-interprètes autant que possible », rappelle-t-elle. Cette mission, elle est portée à bout de bras depuis 1982.

Création de Parallèle 48

Dès les premières années, un constat évident est apparu aux yeux de l’équipe du Cabaret. « À partir de '85, il y avait une partie des cofondateurs qui s’occupaient de gérer les spectacles et ils se sont rendu compte que tu ne peux pas gérer les déficits juste avec les ventes de boissons », explique Danielle Gosselin. La compagnie de production Parallèle 48 a donc été créée en tant qu’entité administrative. Il était ainsi possible pour le cabaret d’aller chercher des subventions pour la production de spectacles.

Quand Mme Gosselin a commencé à s’impliquer au Cabaret, en 1998, le contexte musical était très favorable à la production de spectacles. « Il y ait une éclosion des artistes comme Vincent Vallières, Fred Fortin, Mara Tremblay. À ce moment-là, tous ces artistes-là passaient par ici », se souvient-elle.

Un bémol avec le FME

Puis, le Festival de musique émergente est arrivé, en 2003. Bien que des concerts du FME se déroulent au Cabaret, la notoriété du festival est devenu un talon d’achille pour le bar-spectacle. C’est que des agents de spectacle retiennent leurs artistes afin de s’assurer qu’ils puissent faire partie de la programmation du festival, créant un vide le reste de l’année.

« Si on pense à Karim Ouellet. Quatre mois avant qu’il ne vienne au FME, j’avais téléphoné et j’avais dit que ça serait le fun qu’il vienne en Abitibi. On m’avait dit non et c’est arrivé tellement de fois après. Mais lui, c’est dans les premiers qui m’ont fait réaliser l’incidence négative. On se fait dire, ah j’ai un hold sur le FME. On préfère aller au FME que sur une programmation régulière. Et ce n’est pas parce que je ne les comprends pas… », nuance-t-elle.

Une période difficile

Depuis, les salles de spectacle se sont multipliées à Rouyn-Noranda, tout comme l’offre culturelle. Mais la santé de l’industrie musicale, elle, a péréclité.

« On est dans une période qui est très difficile. Pourquoi? Parce que c’est tout le milieu musical je pense qui est dans une période difficile. Ma vision personnelle, c’est que malgré que la musique est plus accessible via le web, les gens sont moins attachés aux artistes », analyse Mme Gosselin.

35 autres années?

Dans ce contexte, le Cabaret pourra-t-il survivre un autre 35 ans? « C’est possible… en trouvant de la relève et des gens passionnés pour continuer. Je dirais que le cabaret, pour moi, c’est une place qui a le potentiel d’être "éternelle" », croit fermement la programmatrice.

Mais encore faut-il pouvoir investir dans les équipements et surtout, le bâtiment. L’édifice a besoin de sérieuses rénovations.

Une problématique provinciale

Ce problème a été souligné auprès du gouvernement en 2016. Lors d’une consultation publique en vue du renouvellement de la politique culturelle québécoise, Geneviève Béland de Val-d’Or, et Mathieu Larochelle d’Amos, ont corédigé un mémoire sur l’importance des lieux de diffusion alternatifs dans l’industrie culturelle québécoise.

Selon les résultats d’un sondage à l’échelle de province, certaines solutions devraient être adoptées pour aider ces petites salles de diffusion, notamment la possibilité de « séparer les mandats de ces places-là. Oui, il y a un rôle commercial, mais il y a un rôle de diffuseur culturel et il faudrait vraiment faire la part des choses pour s’assurer que les équipements sont à niveau, etc. », explique Mme Béland.

S’il faut sauver ces salles dites alternatives, c’est « que ces lieux-là sont hyper importants au niveau de la cohésion sociale, précise-t-elle. Ce sont des lieux de rassemblement. Ce sont des places qui permettent d’assurer une diversité dans l’offre culturelle […] On se rend compte que pour la rétention des jeunes dans la région, ça a vraiment un impact et c’est clair que le Cabaret de la dernière chance répond à tout ça. »

La nouvelle politique culturelle québécoise est attendue en 2018.

Rénovation du Théâtre du Cuivre

À Rouyn-Noranda, la municipalité a dit non à une aide financière au Cabaret de la dernière chance, il y a quelques années, étant donné la nature privée et commerciale de l'entreprise. Cependant, la Ville planche sur un projet d’agrandissement du Théâtre du Cuivre, la prestigieuse salle de spectacle municipale.

Ce projet, dans sa forme préliminaire, comprenait l’agrandissement de la salle principale et la construction de deux salles plus petites, soit d’environ 300 et 100 places, selon des documents obtenus par Radio-Canada.

Si des spectacles devaient être programmés dans une salle municipale de 100 places, le Cabaret pour en souffrir énormément, souligne Danielle Gosselin.

À la Ville de Rouyn-Noranda, on confirme que le projet de rénovation du Théâtre du Cuivre est à l’étude et qu’il sera déposé au nouveau conseil municipal en 2018. Le contenu final de cette étude n’est pas encore public, impossible, donc de savoir quels types de salles y sont projetées.

Une dernière chance

D’ici là, le Cabaret de la dernière chance en est peut-être à sa dernière chance de survivre… L'équipe actuelle se rabat sur un appel à la relève et sur le développement de la curiosité du public.

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