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Une femme accouche devant la porte barrée de l’hôpital de Ville-Marie

Le petit Antony Diallo, qui aura trois mois dans quelques jours, est en pleine santé. Ses parents ont pourtant craint le pire le jour de sa naissance, se butant aux portes closes de l'hôpital de Ville-Marie, au Témiscamingue.

Un reportage de Tanya Neveu

En proie à d’importantes douleurs et de fortes contractions, Naika Jeannot se rend à l’hôpital de Ville-Marie dans la nuit du 31 mai avec son fiancé, Adoussalam Diallo.

Vers 2 h du matin, après l’avoir examinée, le personnel hospitalier donne à la femme des antidouleurs mais renvoie le couple à la maison.

Seulement une heure plus tard, ces derniers se présentent à nouveau à l'hôpital. Mme Jeannot souffre alors énormément.

Le couple trouve porte close : les portes coulissantes de l’urgence sont verrouillées.

Paniqué, le fiancé de Naika Jeannot sonne une première fois sans obtenir de réponse.

Il persiste.

M. Diallo se rappelle avoir tenté de rassurer sa conjointe tout en restant calme.

« Je lui ai dit : il faut que tu t'assoies un peu, il ne faut pas que tu tombes, là. Et c'est là que j'ai commencé à voir une bosse qui descendait entre ses jambes. J'ai dit : "wow c'est quoi ça?" », raconte M. Diallo.

Elle accouche devant les portes

Voyant qu'il n'obtient finalement aucune réponse après avoir sonné à de multiples reprises, Adoussalam Diallo prend lui-même la tête du bébé et aide sa conjointe à donner naissance.

Le père de famille tente dès lors d'ouvrir les portes de l’urgence avec toute la force qu'il lui reste.

« C'est là où j'étais tellement fâché. Je ne sais pas avec quelle force j'ai fait pour débarrer les portes qui refusaient de s'ouvrir », se remémore-t-il.

Il entre finalement dans le corridor de l'hôpital où il crie à l'aide et jette une poubelle par terre pour être entendu. Il est 3 h 24. Une infirmière arrive.

« Elle a crié : "Oh mon Dieu!" Elle s'est précipitée et est allée chercher une chaise roulante. Elle est revenue avec d'autres membres du personnel », ajoute M. Diallo.

Le couple est finalement pris en charge par le personnel hospitalier.

Même si elle avoue que ce moment lui a paru une éternité, Naika Jeannot conserve peu de souvenirs de l’accouchement.

Aucun suivi du CISSS

À leur retour à la maison, Adoussalam Diallo prend la décision d’élaborer une plainte auprès de l'hôpital de Ville-Marie, sous l’égide du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT).

Le père considère qu'on ne lui a jamais expliqué ce qui s'était passé et souhaite comprendre pourquoi sa femme et lui ont dû attendre au moins quatre minutes devant des portes verrouillées avant d'être pris en charge.

Il prétend également qu'aucune excuse ne leur a été faite.

M. Diallo se désole que personne de l’organisation de santé ne soit venu à la rencontre du couple pour effectuer un suivi ou pour demander comment ces derniers se sentaient.

Le 1er juin 2017, M.Diallo adresse ainsi une plainte au CISSS-AT.

L’homme ne recevra une réponse que le 26 juillet 2017.

Dans sa réponse, la commissaire aux plaintes et à la qualité des services fait valoir que dès la réception de la plainte, le 16 juin dernier, M. Diallo a reçu de l'aide psychologique à deux reprises.

Selon le rapport, les images captées par les caméras de surveillance confirment qu'un peu moins de quatre minutes se sont déroulées entre l'arrivée du couple et l'assistance d'une infirmière.

Dans la lettre envoyée à M. Diallo, on peut lire que « [...] selon le témoignage de l'infirmière, celle-ci se trouvait aux soins intensifs lorsqu'a retenti la sonnerie. Puisqu'un équipement produisait du bruit, elle n'a pas entendu cette sonnerie. »

Dans cette même lettre, on retrouve des éléments explicatifs en ce qui a trait aux quarts de travail du personnel hospitalier de l’établissement.

Des recommandations ont été faites pour corriger certaines situations.

Trop peu trop tard

Selon Adoussalam Diallo, cette lettre explicative ne justifie pas les services reçus lors de la nuit du 31 mai dernier.

Ce dernier se dit déçu que le CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue n’ait déployé aucune ressource pour aller à la rencontre du couple.

« [Ils auraient pu] envoyer quelqu'un à la maison pour dire : ''voilà, on a vu le problème, voilà comment ça s'est passé, on s'excuse vraiment, comment vous vous sentez?''. Je sais que ça peut arriver un problème. Je suis certain que si je n'avais pas réussi à ouvrir la porte, ça aurait pris plus que quatre minutes. C'est le « après » que je n’ai pas aimé », soutient M. Diallo.

Le couple a décidé de parler publiquement de son histoire pour ne pas qu'elle se reproduise, ni dans la région, ni même ailleurs.

La famille s’estime chanceuse que le bébé et la maman soient tous deux en bonne santé.

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