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« Une mine, une ville » : retour sur les 90 ans d'histoire de la Fonderie Horne

Tout au long de l'année 2017, la Fonderie Horne de Rouyn-Noranda va souligner son 90e anniversaire. L'entreprise qui est en activité depuis 1927 et qui est au coeur de la naissance de la ville, a un riche passé. Ses activités industrielles ont aussi fait l'objet de contestation, amenant une adaptation environnementale et une évolution constante.

Un moteur pour le développement de la ville

Bien que la Fonderie Horne ait commencé ses opérations en 1927, tout a débuté en 1921 alors qu'Edmund Horne a découvert un gisement d'or à Noranda. Celui-ci a cédé ses titres à deux ingénieurs miniers américains, MM. Humprey Chadbourne et Sam Thomson qui ont créé la Noranda Mines en 1922. Ils ont par la suite découvert un important gisement de cuivre, ce qui a mené à la construction de la fonderie en 1927.

Par la suite, la population de Noranda a augmenté tellement rapidement qu'au début des années 50, un nouveau quartier doit être créé, Noranda-Nord. La population de Rouyn et Noranda continue d'augmenter rapidement jusque dans les années 60. Ainsi, Rouyn comptait 17 889 citoyens en 1961. Quant à Noranda, on comptait 10 509 résidents en 1960.

La fin de la mine et une renaissance

En 1976 la mine Horne ferme ses portes, mais la fonderie demeure en activité. L'entreprise devait modifier ses façons de faire afin d'éviter une fermeture totale. C'est ainsi qu'a vu le jour en 1984, un circuit de recyclage des matières électroniques.

« On reçoit différentes matières, on parle d'ordinateurs, de cellulaires, même de grille-pains... Ce sont des matières qui sont amenées ici puis nous on les revalorise on les recycle, on leur donne une deuxième vie utile » énumère Stéphanie Lemieux, coordonnatrice des communications et des relations avec la communauté à la Fonderie Horne.

La Fonderie Horne est maintenant reconnue comme un leader en Amérique dans le domaine. L'entreprise traite chaque année plus de 100 000 tonnes de matériaux recyclables en provenance de partout dans le monde. « On en est bien fiers, c'est notre façon de redonner une deuxième vie à ces objets-là au lieu de les envoyer à l'enfouissement ou dans des pays où les normes environnementales sont discutables, disons », continue Mme Lemieux.

La fonderie à l'origine de la fusion

Le fait que la fonderie demeure ouverte en 1984 est un soulagement pour les citoyens de Noranda. Non seulement on parle de plus de 600 emplois, mais l'apport financier de la fonderie est indéniable pour la ville. Son compte de taxes à l'époque représente près de 50 % du budget de la municipalité. Plusieurs bâtiments ont aussi été construits par l'entreprise. Certains sont d'ailleurs encore debout aujourd'hui notamment l'aréna Iamgold et le Centre musical En sol mineur.

Une situation qui dérangeait dans la ville voisine de Rouyn, selon Jean-Charles Coutu qui a été maire de 1969 à 1974. « Personnellement j'ai toujours trouvé que c'était une grave injustice, dit-il. C'est que la plupart des mineurs qui travaillaient à la fonderie et sous terre étaient des citoyens de Rouyn [alors que] Noranda évidemment se développait. »

Il était également difficile pour la Ville de Rouyn de compétitionner avec les salaires offerts par la fonderie. Jean-Charles Coutu se souvient d'ailleurs que les dernières négociations avec ses employés ont été de courte durée. « On avait ajusté nos offres à ces salaires-là de sorte que le syndicat était très surpris de voir qu'on arrivait avec des offres un peu supérieures même à leurs demandes », mentionne-t-il.

Selon Jean-Charles Coutu, la fonderie est d'ailleurs l'une des principales raisons pour laquelle Rouyn et Noranda ont fusionné en 1986.

La fonderie et l'environnement

Au milieu des années 1980, un mouvement de contestation s'organise. Les gens se mobilisent afin que la Fonderie cesse de rejeter du soufre directement dans l'air. La situation ne pouvait plus être tolérée selon le directeur régional de l'environnement à l'époque, Antonio Flamand. « Les gens qui sont ici depuis longtemps s'en souviennent, c'était épouvantable quand il y avait des dépassements. On avait de la misère à respirer, il fallait garder les enfants à l'intérieur, ça n'avait pas de sens », se souvient-il.

Pour Antonio Flamand, c'était le moment ou jamais de mettre de la pression sur les dirigeants. « Même avec l'appui du ministre et du sous-ministre, ç’a été très difficile tellement ils avaient de la protection. On ne peut pas dire que les gens étaient tous de mauvaise foi. Il y a des gens qui disaient : "Si on les force, ils vont s'en aller, ça va faire du chômage". Mais j'avais cette information-là qu'ils s'apprêtaient à partir, mais qu'ils étaient incapables de partir tout de suite alors durant cette période où ils ne pouvaient pas partir parce qu'ils avaient des contrats à remplir, c'est là qu'il fallait les forcer et c'est ce qu'on a fait », indique M. Flamand.

À cette époque, Guy Leclerc était président du Comité permanent sur l'environnement. Une organisation qui militait pour la construction d'une usine d'acide sulfurique.

Il faut comprendre que la fonderie rejetait dans l'atmosphère 775 000 tonnes d'anhydride sulfureux. Ça, c'est beaucoup plus que toutes les raffineries de l'est de Montréal à l'époque. C'était le plus grand pollueur du Québec.

Guy Leclerc

En 1989, les citoyens obtiennent gain de cause. La fonderie se dote d'une usine d'acide sulfurique. Un soulagement pour Guy Leclerc. « La fonderie disait que la technologie n'existait pas pour faire ça. Ça existait depuis longtemps, c'est rentable même, c'est un joyau finalement, ils sont fiers de l'avoir l'usine, la seule chose qui est déplorable c'est que c'est encore le contribuable qui a payé. Ç’a été financé par les citoyens à hauteur de 100 millions alors que ça aurait pu se faire par l'usine », nuance-t-il.

L'usine d'acide sulfurique est maintenant fort utile pour l'entreprise rouynorandienne. Non seulement elle diminue l'empreinte environnementale, mais elle permet de transformer le soufre en acide sulfurique. Celui-ci est transporté par wagons pour ensuite être vendu. Le liquide est notamment utilisé dans le domaine pharmaceutique.

« On a fait des pas de géant »

La coordonnatrice des communications et des relations avec la communauté affirme que la fonderie a atteint un sommet en 2016, en étant en mesure de capter et fixer 96 % du soufre dans le concentré traité. « On a fait des pas de géant, dit-elle. On n’est pas parfaits et on ne prétend pas l'être, mais on continue à investir toujours. Il y a le tiers de notre budget qui est investi annuellement qui est destiné à des initiatives qui vont nous permettre de nous améliorer d'un point de vue environnemental. Il ne faut pas perdre de vue que nos employés, c'est 550 femmes et hommes qui habitent majoritairement à Rouyn-Noranda, ce sont vos voisins, vos amis, nos frères, nos soeurs, donc des gens de la place qui sont soucieux de l'environnement dans lequel ils vivent. »

Plusieurs activités seront organisées par la fonderie au cours de 2017 pour souligner le 90e anniversaire. Leur prochain objectif est maintenant de célébrer le 100e en 2027.

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