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Vimy Ridge, le premier « red light » de Rouyn

Il y aura 100 ans le 9 avril que les Forces armées canadiennes se lançaient dans la bataille de la crête de Vimy, en France, durant la Première Guerre mondiale. Mais cette bataille légendaire a aussi donné son nom au premier quartier « red light » de Rouyn, un endroit où revolvers, prostitution, gambling et alcool illégal dictaient le rythme de vie. Bienvenue à Vimy Ridge.

Une victoire historique

La bataille historique de la crête de Vimy s’est soldée par une victoire marquante des Forces armées canadiennes, l’une des plus célébrées de l’histoire du pays. Cependant, plus de 3500 soldats canadiens y ont laissé leurs vies.Bien qu’on ait donné à cette bataille une valeur nationaliste canadienne symbolique avec les années, les récits sanglants de blessures, de souffrance et de morts atroces ont aussi marqué l’imaginaire collectif dans les années qui ont suivies. De sorte qu’à peine 10 ans plus tard, lorsque l’embryon de village de Rouyn se développe, on donne son nom à un quartier de perdition.

Un lieu mal famé

Cette description paraît dans un document retrouvé à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à Rouyn-Noranda. L’auteur non identifié rendait compte de la visite d’une importante figure religieuse au cours du mois de juillet 1925.

Rouyn en était à ses balbutiements, mais son développement explosait. La construction de cabanes en bois rond se faisait de manière complètement anarchique au rythme de l’arrivée de prospecteurs et aventuriers souffrant de la fièvre de l’or. Aucun plan n’était prévu pour le développement de la ville. C’était un boomtown.

Où le quartier Vimy Ridge se trouvait-il?

Les recherches menées par Sébastien Tessier, archiviste à BAnQ Rouyn-Noranda permettent de croire que le quartier de Vimy Ridge se trouvait environ à l’endroit où a été érigé en 1951 un monument en hommage aux pionniers de Rouyn, aux abords du lac Osisko, près de la rue Gamble. Plusieurs témoignages permettent de corroborer cette hypothèse.

« Rafraichi par l’isolation de la forêt, avec argent en poche, à la recherche du divertissement que le camp pouvait offrir au cœur de cette ville de « shacks », un prospecteur se rendait dans ces établissements. Il n’avait aucun problème à trouver les moyens de « relaxer » recherchés à Rouyn sur la promenade riveraine connue sous le nom de Vimy Ridge. L’argent y coulait à flots autour des tables de gambling du crépuscule à l’aube et encore jusqu’à la brunante. La bière se vendait un dollar la petite bouteille. Les bouteilles d’alcool consignées légalement - acquises illégalement à l’aide de la technique raffinée de passer des commandes sous des noms fictifs afin de contourner la limite d’ « une bouteille par jour par personne » imposée par Québec à cette époque – étaient vendues au détail au verre dans les « blind pigs » (débits d’alcool illégaux) à des prix calculés afin de générer des profits de 2000 % », écrivait Leslie Roberts dans son livre Noranda.

De son côté, l’aviateur Bud Green, qui assurait le service aérien entre Rouyn et Haileybury pour la compagnie Laurentides Air Service en 1925 affirme qu’« à cette époque et pour plusieurs années ensuite, toute la rive du lac s’étendant de la rue du Portage jusqu’à l’endroit maintenant occupé par la firme Lafortune et Gagné était connue sous le nom de Vimy Ridge. C’était le sentier vers Noranda et ce nom lui a été attribué suite aux nombreux comptes rendus faisant état de batailles à cet endroit. Rarement une journée passait sans qu’une engueulade, qu’une bagarre ou qu’une mêlée ne s’y déroule. Bien entendu, derrière se trouvait le Pool Room de Big Bill Gamble, où le gambling atteignait de hauts niveaux. »

Rue Gamble, un scénario western

L’endroit exact où se trouvait le Pool Room de Bill Gamble n’est pas connu. Mais on peut supposer que ce soit aux abords de la rue Gamble qui porte maintenant le nom du tenancier devenu un riche propriétaire immobilier. Bill Gamble et ses frères ont été d’importants hommes d’affaires - ayant baigné dans le monde du vice et du jeu – lors des premiers jours de Rouyn.

« La vie était très excitante à cette époque, se souvient aussi Bud Green. Je n’oublierai jamais ce mi-espagnol, mi-mulâtre, nommé Neil Terral, qui était probablement drogué, qui s’est emporté dans une frénésie sauvage, s’est emparé de deux fusils six coups, est sorti sur la galerie du Gamble’s Pool Room et qui a commencé à balancer ses revolvers dans les airs, mettant au défi quiconque de venir les lui prendre. Jamais je n’ai vu des hommes courir se mettre à l’abri aussi rapidement et, n’oubliez pas, j’en faisais partie. C’est George Watts qui l’a désarmé. Il est sorti de l’Hôtel Osisko, a traversé la rue, et l’a convaincu de ne pas tirer. L’Espagnol en furie s’est calmé, les fusils lui ont été enlevés et les garçons sont sortis de leurs cachettes, visiblement soulagés. Ce n’était qu’une autre de ces expériences palpitantes qui viennent avec l’effervescence d’une ruée vers l’or. »

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