Les installations canadiennes d'Alcoa ne devraient pas souffrir de sa scission en deux entreprises distinctes, une qui se concentrera sur la production d'aluminium et une autre sur les produits fabriqués pour les industries automobile et aéronautique.

La multinationale a annoncé lundi que le nom Alcoa restera attaché à la compagnie de métaux, dont les activités d'extraction, de raffinage et de production d'aluminium sont réparties dans 64 usines à travers le monde.

Alcoa compte actuellement une capacité de production significative au Québec, où se trouvent la plupart de ses 3000 employés au pays. Au total, les activités en amont d'Alcoa comptent 17 000 employés.

Cette décision d'Alcoa découle des difficultés rencontrées depuis plusieurs années dans son secteur de l'aluminium, où l'arrivée de nouveaux joueurs a provoqué une chute des cours sur les marchés en raison de la surabondance de l'offre.

Au Québec, grâce aux bas tarifs hydroélectriques, il serait surprenant que les milliers d'emplois dans les usines de Bécancour, Baie-Comeau et Deschambault soient menacés, d'après le président de l'Association canadienne de l'aluminium, Jean Simard.

« Alcoa a un parc d'installations assez performant, a-t-il expliqué lundi. Grâce à l'hydroélectricité, les usines ont une faible empreinte carbone comparativement à d'autres endroits approvisionnés en charbon ou gaz naturel. »

L'analyste Charles Bradford, de la firme new-yorkaise Bradford Research, a également minimisé la possibilité de changements au Canada puisque les activités d'Alcoa sont principalement primaires et touchent peu la transformation.

« Avec les conditions en place au Canada, la compagnie pourra se concentrer davantage sur son travail à faire puisqu'elle n'aura pas à s'occuper des activités en amont, comme les produits fabriqués pour d'autres industries », a-t-il expliqué, au cours d'un entretien téléphonique.

Le Syndicat des Métallos, qui représente environ un millier de travailleurs affiliés à la Fédération des travailleurs du Québec à Bécancour, et le Syndicat national des employés de l'aluminium de Baie-Comeau, qui représente près de 725 employés, ont préféré attendre avant de réagir, faute de détails.

L'usine d'Alcoa située à Deschambault ne compte pas de travailleurs syndiqués.

Le président de l'Association canadienne de l'aluminium a toutefois prévenu que c'est surtout grâce à la faiblesse du dollar canadien que tout devrait demeurer au beau fixe du côté des activités canadiennes d'Alcoa.

« C'est grâce au taux de change que l'on est capable de faire tourner les usines, a observé M. Simard. Sans ce facteur, je ne suis pas sûr que ma réponse aurait été la même. »

Puisque le prix de la tonne d'aluminium oscille aux alentours de 1500 dollars américains sur les marchés, il estime qu'entre 40 et 50 % de la production mondiale de ce métal s'effectue à perte.

« Il n'y a pas de reprise à l'horizon pour au moins un ou deux ans, a ajouté M. Simard. Sans un dollar canadien faible, on serait en mauvaise posture. »

Deux divisions

En conférence téléphonique avec des analystes, les dirigeants d'Alcoa ont expliqué que la nouvelle société qui émanera de la scission, qui n'a pas encore été baptisée, détiendra 157 installations et 43 000 employés. Environ 40 pour cent de ses revenus proviendront du marché aéronautique.

Alcoa s'attend à ce que l'opération soit complétée d'ici la seconde moitié de 2016.

Le président et chef de la direction d'Alcoa, Klaus Kleinfeld, deviendra chef de la direction du groupe de produits fabriqués. Il jouera en outre le rôle de président pour les deux entités.

« Nous croyons être prêts à (...) emprunter notre propre direction », a dit aux analystes M. Kleinfeld.

Alcoa mise de plus en plus sur des produits transformés destinés aux secteurs automobile et aéronautique. Plus tôt ce mois-ci, la multinationale a conclu un partenariat avec Ford pour l'utilisation de l'aluminium dans la fabrication de pièces automobiles.

M. Kleinfeld a affirmé qu'Alcoa avait généré des gains de productivité ainsi que des profits supplémentaires estimés à 1,3 milliard de dollars américains entre 2010 et 2014 en fermant des usines ainsi qu'en vendant des actifs.

Ses installations de production les moins coûteuses se trouvent notamment au Canada, en Norvège ainsi qu'en Islande.

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