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Chambardements en santé : des travailleurs essoufflés

Les syndicats s'inquiètent de plus en plus de la santé mentale du personnel hospitalier, bousculé par les réformes et changements qui se succèdent les uns après les autres.

Un texte de Joane Bérubé

Les congés de maladie sont en hausse de 5 à 7 % en 2015-2016 au Centre intégré de la santé et des services sociaux (CISSS) de la Gaspésie, a affirmé cette semaine le Syndicat des infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes de l'Est du Québec (SIIIEQ).

Cette information est en partie corroborée par le directeur des ressources humaines du CISSS, Michel Bond, qui parle d'une hausse de 30 000 heures de plus en congés de maladie. « Il s'agit d'un ratio de 6,9 % des heures travaillées pour l'année en cours comparativement à 6,04% l'an dernier », indique-t-il.

Michel Bond ajoute toutefois que sur le plan de la santé psychologique, les données semblent comparables aux années précédentes.

Surcharge et épuisement

Le personnel infirmier est devenu prisonnier d'un système qui carbure à la surcharge de travail, selon le SIIIEQ.

« Des postes qui devraient être affichés ne sont pas affichés, des absences qui ne sont pas remplacées, des suppressions de postes, des réorganisations dans les centres d'activités, l'augmentation du nombre de patients dans les services à domicile, tout ça fait en sorte qu'il y a vraiment un épuisement chez nos membres », dénonce la présidente du syndicat, Micheline Barriault.

La répondante politique pour l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) pour la Gaspésie, Guylaine Michel, abonde dans le même sens.

« C'est sûr que cela amène beaucoup de pression sur les intervenants, sur le plan de l'autonomie professionnelle, de la déontologie », relève-t-elle. Et cela se répercute sur leur santé mentale. 

Soutien et programmes

Les gestionnaires sont conscients du problème, indique le directeur des ressources humaines du CISSS. Michel Bond explique qu'au cours de l'hiver, la direction a rencontré les gestionnaires pour tenter d'améliorer la situation et voir avec eux comment soutenir les employés.

Les gens qui reviennent avec un congé de maladie en raison de détresse psychologie sont mieux soutenus. Un programme d'accompagnement a été mis en place dans l'ensemble du réseau géré par le CISSS de la Gaspésie.

Michel Bond convient aussi que la transformation du réseau est profonde, mais du même souffle, il ajoute que l'intégration des services et les véritables transformations ont à peine été amorcées.

Optimisation et performance

L'imposition, qui tend à se répandre, de la gestion par statistiques dérange aussi beaucoup les professionnels de la santé qui travaillent avec des humains, souvent en détresse, ça se comptabilise mal, souligne Mme Michel.

« Si une travailleuse sociale qui se retrouve à domicile avec une famille en crise, si l'intervention est de 50 minutes et que cela lui en prend une heure et demie pour désamorcer la crise, c'est sûr que cela crée de la pression », illustre la porte-parole syndicale.

La distance a une certaine importance

Dans les immenses territoires des régions comme le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie ou la Côte-Nord, la seule direction est maintenant celle du CISSS.

Les conseils d'administration et les directions locales ont été abolis si bien, souligne le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, qu'on ne sait plus localement à qui s'adresser.

Le député rapporte qu'il reçoit de plus en plus d'appels de travailleurs du milieu de la santé, même des médecins, qui ne savent plus à qui s'adresser.

Dans les établissements, Guylaine Michel rapporte que cette absence de direction locale allonge les délais de réponse tant sur le plan administratif que clinique. « Par exemple, indique Mme Michel, si on prend le directeur de la santé mentale, auparavant, il y avait des responsables dans l'ensemble des réseaux locaux, maintenant il doit gérer l'ensemble des établissements. »

Guylaine Michel de l'APTS observe aussi que la centralisation des pouvoirs a des impacts sur la marge de manœuvre, la flexibilité et la souplesse des gestionnaires locaux soumis aux directives du ministère.

Tout récent

La réorganisation est toute récente, tempère Michel Bond.

Les changements organisationnels ont été finalisés seulement en janvier dans le réseau gaspésien.

« Les cadres, explique-t-il, sont en appropriation de leurs nouvelles fonctions, ils sont en train de faire connaissance avec leurs nouvelles équipes, voir quels sont les défis qu'ils ont à réaliser avec les équipes sur ce plan il y a toute une adaptation à faire pour les gens, pour les gestionnaires. »

C'est donc sans surprise que la porte-parole syndicale dénonce une certaine confusion dans les établissements. « Cela nous a pris 10 ans, fait-elle valoir, à s'en sortir après la réforme de 2014. On parle ici d'une réforme encore plus majeure, ça va nous prendre un bon nombre d'années, je crois, avant de s'en sortir. »

Le ministère n'a pas de budget particulier pour s'attaquer à la prévention de la détresse psychologique ni pour l'accompagnement du personnel en détresse.

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