Comment voit-on l'hiver au cinéma et dans la vie courante ? Une saison à fuir ou une saison primordiale ? Retour sur une discussion contradictoire, celle de la notion de nordicité, en marge du 27e festival Ciné-7 de Sept-Îles.

Un texte de Louis Garneau.

Pour le cinéaste autochtone établi sur la Côte-Nord, Eddy Malenfant, l'hiver est la saison primordiale.

« Moi qui vis avec les Innus depuis 30 ans, j'ai vu toutes sortes de choses très intéressantes en hiver. Parce que c'était la saison où on travaillait le plus, en fait. L'été on revenait à la côte, on est dans un contexte de nomades, et l'hiver ça se passait dans le bois. »

T'as pas de mouches [...], on peut aller partout en hiver, contrairement en été. On peut monter des montagnes, c'est plus facile quand on est habitué à vivre en hiver comme un Innu. Un chasseur, lui, va trouver ça beaucoup plus facile en hiver qu'en été.

Eddy Malenfant, cinéaste nordcôtier, cofondateur de Productions Manitu

Mais l'hiver est différent aux yeux d'un métropolitain comme Daniel Chartier, professeur d'études littéraires à l'UQAM et titulaire de la Chaire de recherche sur l'imaginaire du Nord, de l'Arctique, et directeur du Laboratoire international d'étude multidisciplinaire comparée des représentations du Nord. En tout cas, ce n'est pas aussi facile qu'en été...

Il y a ce qu'on appelle nous l'hibernophobie, soit avoir peur de l'hiver, ou ne pas aimer l'hiver. [...] On dirait que quand l'hiver arrive, c'est anormal, c'est pas, c'est pas attendu.

Daniel Chartier, professeur d'études littéraires à l'UQAM et titulaire d'une chaire de recherche en nordicité

Le chercheur postule que l'hiver est pensé en fonction de l'été. Pour sa part, le cinéaste constate que le contact intime avec le cycle des saisons enrichit la langue innue.

Par exemple quand le vent vient de telle direction, on partira pas. Il y a au moins une trentaine de termes pour dire aïe! Pense comme il faut à ton affaire avant de t'en aller, ça marchera pas. [...] Les nuages en font partie, la langue nous parle précisément de ces températures-là et comment faire pour se protéger.

Eddy Malenfant

Malgré tout, Daniel Chartier est d'avis que personne n'aimerait voir disparaître la saison d'hiver, qui malgré ses aléas, est très évocatrice. Il estime que la présence de la neige, au cinéma, est un signe très puissant.

Les traces qui sont laissées sur les pistes peuvent être quelque chose de formidable. Je pense à Fargo, un film américain, où les traces dans la neige permettent de retrouver quelqu'un.

Daniel Chartier, professeur d'études littéraires à l'UQAM et titulaire d'une chaire de recherche en nordicité

Le cinéaste nordcôtier se montre d'accord sur ce point, les éléments fournissent des signes propres à la saison mal-aimée. « Il y a la neige qui est très intéressante, la glace aussi est intéressante, en particulier au début de l'hiver. » Un phénomène qu'il a déjà saisi au cours de l'un de ses documentaires.

Quand ça devient des miroirs, avant que le blanc s'installe dans la glace. C'est très merveilleux au niveau visuel. Les arbres qui gèlent, les mélèzes qui ont perdu leurs épines, qui sont complètement congelés, ça aussi. On change de décor complètement.

Eddy Malenfant, cinéaste nordcôtier, cofondateur de Productions Manitu

La plus récente édition de la revue littéraire Littoral, du Groupe de recherche sur l'écriture nordcôtière (GRÉNOC), a été lancée à l'occasion de ce panel de discussion, qui s'est poursuivi en soirée au cégep de Sept-Îles.

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