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Crevettes nordiques : après Boston, les yeux se tournent vers Terre-Neuve

La baisse possible de 40 % du quota de crevettes nordiques dans la zone 6 à Terre-Neuve pourrait aider à raffermir les prix.

Un texte de Joane Bérubé

Les débarquements à Terre-Neuve sont en baisse depuis 2009 et cette année pourrait être dramatique pour la province. Les transformateurs québécois, qui doivent négocier le prix de la crevette au cours des prochaines semaines, ont donc les yeux tournés vers l'est et attendent la décision du nouveau ministre des Pêches, Hunter Tootoo.

« Le problème qu'on a dans le golfe, on dépend d'une décision prise en dehors de notre province après le début de notre pêche », commente Martin Lapierre de Crevettes du Nord Atlantique.

En effet, les pêcheurs de crevette de la Gaspésie partent presque un mois plus tôt que les Terre-Neuviens qui disposent du plus important quota des cinq provinces du golfe. C'est Terre-Neuve qui mène le bal.

En moyenne dans l'Est du Canada, le Québec débarque autour de 13 % des quantités totales de crevettes nordiques au Canada comparativement à 67 % pour Terre-Neuve.

Toutefois, dans le golfe du Saint-Laurent, le Québec compte les débarquements les plus élevés, soit entre 18 000 et 22 000 tonnes au cours des dix dernières années.

Un prix en pente ascendante

Après avoir connu un creux historique dans les années 2000, le prix de la crevette nordique a repris un peu de vigueur depuis le début de la décennie. Le prix, malgré certaines variations, est à la hausse, sans toutefois égaliser ce qu'il était en 1998.

La crevette nordique, pandalus borealis, chaudement concurrencée par la crevette d'aquaculture de l'Asie, a curieusement bénéficié de la hausse des prix de sa concurrente ainsi que des maladies qui ont touché les bassins d'élevage en Asie, réduisant les stocks en circulation.

L'année 2015 a donc été satisfaisante pour les transformateurs du Québec.  Et 2016 s'annonce assez bien, notamment en raison de la reprise économique, mais aussi, comme bien des exportateurs, à cause du taux de change.

Cela devrait aussi être une bonne année pour les pêcheurs puisqu'au cours des dernières années, à quelques exceptions près, le prix de la crevette nordique au débarquement a toujours été plus élevé au Québec, selon le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation.

Turbulences mondiales

Martin Lapierre de Crevettes du Nord Atlantique de L'Anse-au-Griffon, qui a repris l'entreprise familiale fondée il y a 35 ans demeure tout de même réservé. C'est son 17e salon et Boston, comme les autres transformateurs de crevettes du golfe, sert de baromètre pour le début de la saison.  

La baisse de la livre anglaise l'inquiète puisque le Royaume-Uni, avec le Danemark, est l'un des principaux acheteurs européens de la crevette canadienne. La concurrence de la crevette d'eau chaude en Allemagne, un bon client, fait aussi partie de ses préoccupations.

Pêcheur de crevettes et de crabe, Nicol Desbois, qui est aussi actionnaire du Groupe MDMP, est plus serein. Bien que son groupe, qui possède six usines en Gaspésie et sur la Côte-Nord, ne transforme pas de crevettes, en tant que pêcheur, il reste optimiste. Les réserves sont plutôt basses, dit-il. « Ça va être bon encore, mais peut-être une petite diminution de prix, mais pas quelque chose d'alarmant. C'est la concurrence. On concurrence beaucoup avec la crevette d'élevage. »

La crevette d'élevage est effectivement de loin la grande favorite sur le plan mondial et, selon le MAPAQ, l'accord de Partenariat Transpacifique devrait favoriser l'importation d'un volume encore plus grand de crevettes asiatiques.

Martin Lapierre croit par contre que le produit sait se distinguer. « C'est un produit de qualité, naturellement parce que c'est un milieu riche. On a une flottille qui s'occupe de plus en plus de la qualité, qui est concernée par ça, qui fait un très bon travail. Quand ça part bien au début, c'est un avantage important »,fait-il valoir.

La crevette nordique du Québec est d'ailleurs entièrement écocertifiée par le Marine Stewardship Council (MSC).

Une petite équipe

Il n'y a pas beaucoup de joueurs dans le monde de la crevette québécoise. En fait, le Québec compte seulement une dizaine d'usines de transformation qui produisent principalement de la crevette décortiquée fraîche ou congelée. Ensemble, ces 10 usines ont acheté 90 % de la crevette débarquée dans le golfe. Les usines sont approvisionnées par environ une soixantaine de bateaux.

Toutefois, ces pêcheurs et transformateurs sont des employeurs importants. À L'Anse-au-Griffon, Crevettes du Nord Atlantique embauche 125 personnes. Près de la moitié des 11,5 millions de livres de crevettes transformées par l'usine sont destinées à l'exportation, soit 20 % aux États-Unis et 25 % sur le marché européen.

Bien que le Canada soit le principal exportateur de crevettes nordiques, la place occupée est bien petite. La crevette nordique occupe seulement 4 % du marché mondial de la crevette.

La part du Québec? Un peu plus de 4,4 % de toute la crevette nordique pêchée dans le monde.

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