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CTMA à Gaspé : le changement ne fait pas que des heureux

Le choix de la CTMA de faire accoster son navire de croisières CTMA Vacancier à Gaspé l'an prochain complique la vie de travailleurs qui effectuaient la navette Chandler-Cap-aux-Meules.

Un texte de Joane Bérubé

Cet été, le gouvernement fédéral a décidé que le quai de Chandler, dont il est propriétaire, serait fermé l'an prochain en raison de sa désuétude. Le CTMA Vacancier qui fait la croisière Montréal-Les Îles, y accoste deux fois par semaine, soit à l'aller et au retour.

La Coopérative de transport aérien et maritime (CTMA) devait donc se trouver, à partir de l'an prochain, une escale temporaire en Gaspésie, le temps que la situation du quai de Chandler trouve un aboutissement.

Mais le choix de Gaspé, où aucune voiture ne peut embarquer, ne fait pas l'unanimité. Des travailleurs madelinots, exilés en Gaspésie, avaient pris l'habitude d'embarquer avec leur voiture à Chandler.

Ce ne sera désormais plus possible et il n'est pas question pour la Ville de Gaspé d'investir dans un débarcadère au quai de Sandy Beach.

C'est quand même quelques millions de dollars comme investissement, souligne le maire Daniel Côté. Il rappelle que l'arrêt du CTMA est temporaire et que les retombées estimées de cet arrêt des croisiéristes par Chandler sont de quelques centaines de milliers de dollars par saison, ce qui est insuffisant pour justifier un tel investissement.

Il faudrait, ajoute le maire, une volonté gouvernementale de raffermir les liens de transport entre la Gaspésie et les Îles. « Mais on n'est pas rendu là », indique Daniel Côté.

Sophie Fortier, de Gaspé, fait souvent le trajet Chandler-Cap-aux-Meules à bord du CTMA Vacancier.

Résidente des Îles, elle travaille à Gaspé. Pour elle, le CTMA Vacancier était d'abord un service de traversier. « Je faisais partie de la quantité négligeable qui embarquait à Chandler, qui était très heureuse d'aller travailler aux Îles durant l'été sans faire le grand tour », explique Mme Fortier.

Le changement de débarcadère l'an prochain l'incommode beaucoup. « Je trouve ça un peu catastrophique, même si je comprends les choix financiers qui se font », commente Mme Fortier.

Elle s'interroge toutefois sur les services de transport en région qui se font et se défont : « J'ai choisi voilà cinq ans de m'installer ici à Gaspé parce que c'était facile d'aller aux Îles, là je me retrouve le bec à l'eau. »

La CTMA offre un service de traversier à partir de Souris, soit à 14 heures de route à partir de Gaspé. « Quand on a juste le temps d'une nuit et qu'on travaille la veille à Gaspé et le lendemain aux Îles, ce n'est pas possible », explique-t-elle.

Elle déplore que les choix de la CTMA soient axés seulement sur le tourisme. Elle rappelle que la Coopérative a justement été créée pour désenclaver les Îles et faciliter le transport des Madelinots et des marchandises.

Elle estime ne pas être la seule dans cette situation et plusieurs, comme elle, comptaient sur le service de traversier. « Il ne faut pas penser qu'on a tout réglé en satisfaisant les piétons », conclut-elle.

Selon la CTMA, seulement une dizaine de voitures embarquaient chaque semaine à Chandler. La Coopérative rappelle que le CTMA Vacancier est avant tout un navire de croisières et que Gaspé, avec le parc Forillon et celui du Rocher-Percé-et-de-L'Île-Bonaventure, est un choix judicieux pour sa clientèle.

En 2015, 5132 personnes avaient voyagé à bord du CTMA Vacancier qui partait de Montréal et s'arrêtait à Québec et à Chandler pour se rendre ensuite aux Îles. Environ 80 % de ces passagers ont fait l'aller-retour les Îles entre Montréal, Trois-Rivières ou Québec.

En comparaison, 73 069 passagers avaient utilisé le traversier entre Souris et Cap-aux-Meules du 15 juin au 14 septembre de la même année.

Québec a investi presque 40 millions de dollars pour lancer le service de croisières de la CTMA sur le Saint-Laurent vers les Îles-de-la-Madeleine. De cet argent, 5 millions ont servi à aménager un débarcadère pour les voitures au quai de Chandler.

Avec la collaboration de Bruno Lelièvre

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