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Déclin démographique : la Haute-Gaspésie en mode action

Ils étaient une cinquantaine de personnes rassemblées à La Martre, mardi, pour tenter de trouver des solutions au déclin démographique, ce mal qui ronge la Haute-Gaspésie depuis bon nombre d'années.

Un texte de Joane BérubéCe n’étaient pas les idées qui manquaient. De la création d’écoles alternatives en passant par un service de sage-femme ou une bonification de l’offre de formation, les participants à cette journée de réflexion avaient nombre de solutions à mettre de l’avant.

Le cercle vicieux de la dévitalisation

La baisse de population est un nuage de plus pour cette MRC dont l’économie vacillante en fait une des plus pauvres du Québec.

Pour les élus municipaux et régionaux, ce sont des défis plus importants pour organiser des services de transports, de communication, pour financer des infrastructures aussi élémentaires qu’un réseau d’aqueduc ou un système de traitement des eaux usées.

Moins de gens, c’est aussi moins d’argent pour les soins de santé, l’éducation ou la formation.

Ce problème est commun à bien des régions du Québec, et très particulier à la Gaspésie, mais c’est en Haute-Gaspésie, où 11 000 personnes vivent sur 135 kilomètres de côtes et un territoire de plus de 5000 km carrés, qu’il frappe le plus.

En 20 ans, la MRC a perdu 18 % de sa population.

Au recensement de 2016, la ville principale de la MRC, Sainte-Anne-des-Monts arrivait au cinquième rang des villes canadiennes de 5000 habitants et plus, qui connaissent la plus forte baisse démographique.

Les gens partent vivre ailleurs ou pour un monde meilleur. La MRC enregistre 75 décès de plus que de naissances par année.

Les gens y sont aussi plus vieux. L’âge moyen y est 10 % plus élevé que la moyenne québécoise.

La beauté et l'accueil en héritage

Et pourtant, ont souligné les intervenants du forum sur la démographie, la région a de nombreux atouts.

C’est d’ailleurs, souligne Danik O'Oconnor, coordonnateur de la Stratégie d'établissement durable des personnes (SEDP) en Gaspésie et aux Îles, la MRC de la Gaspésie qui attire le plus grand nombre de nouveaux arrivants.

Les paysages spectaculaires avec la plage, les montagnes, les vallées glaciaires, sont des atouts indéniables quand vient le temps de choisir un lieu d’établissement.

Pour se faire valoir, la région compte aussi sur sa réputation d’accueil et un historique de 475 ans d’occupation du territoire par différentes vagues de migration.

Le préfet, Allen Cormier, note que cette tradition se poursuit puisque la région, malgré son déclin, compte des migrants issus d’une vingtaine de nationalités différentes. « Ça fait partie de la réalité de notre région. Ça démontre l’ouverture », commente aussi monsieur O’Connor.

Le responsable de la SEDP croit fermement que certaines valeurs émergentes auprès des jeunes, comme l’authenticité, la chaleur humaine, la qualité de l’environnement, aideront la MRC à se faire valoir auprès des nouveaux arrivants.

Le modèle « Sea Shack »

D’ailleurs, c’est un peu ce qui a attiré Alexis Poirier, copropriétaire et fondateur de l’Auberge festive Sea Shack à Sainte-Anne-des-Monts. Montréalais, arrivé il y a 16 ans en Gaspésie, il a depuis définitivement fait sa place sur la côte.

L’auberge, qui organise des spectacles et différentes activités, accueille autour de 20 000 visiteurs par année, majoritairement des jeunes de 18 à 25 ans, soit exactement la clientèle que souhaite courtiser la Haute-Gaspésie.

L’auberge embauche aussi des jeunes. Ils sont environ une cinquantaine recrutés chaque année en haute saison par une des trois entreprises installées sur le site.

Le Sea Shack refuse 250 candidats par année de partout au Québec et même d’ailleurs dans le monde. Comme le dit lui-même Alexis Poirier, travailler au Sea Shack, c’est comme un séjour exploratoire payé de deux mois en Haute-Gaspésie.

Ce succès a des répercussions. Plusieurs jeunes se sont installés au cours des dernières années, dans la MRC.

Sont-ils restés?

C’est la grande question. Selon Danik O’Connor, la Haute-Gaspésie attire, mais perd davantage de population que les autres MRC de la région.

Si c’est toujours l’emploi qui demeure le principal facteur orientant le choix d’établissement, c’est aussi l’emploi qui est la principale raison du départ.

En Haute-Gaspésie, la proximité du Bas-Saint-Laurent et de villes importantes, comme Rimouski, deviennent des attraits, notamment pour les chercheurs d’emploi, souligne Danik O’Connor.

La région voisine est d’ailleurs le principal endroit en cause, dans la perte du solde migratoire de la Haute-Gaspésie.

Soutien local

Plusieurs solutions sont déjà en place comme l’encadrement et le suivi des nouveaux arrivants.

Lui-même, tout nouveau en Haute-Gaspésie, Denis Savoie est agent de gestion de personnel au CISSS de la Gaspésie. Effectivement, le plein air, la proximité des gens ont été des facteurs qui ont pesé dans la balance au moment de son établissement.

Maintenant qu’il tente d’en attirer d’autres comme lui, il estime que le recrutement et la rétention passent par un travail de terrain, une présence dans les écoles de formation et le développement de partenariats avec les organismes de soutien comme Place aux jeunes ou le Service d’accueil aux nouveaux arrivants (SANA).

Ensuite, dit-il, c’est l’accompagnement des nouveaux arrivants, et le suivi de leur intégration dans la communauté qui sont importants. « Donner, dit-il, un petit coup de pouce, pour qu’ils se sentent déjà accueillis et je dirais même avant l’embauche. »

La Haute-Gaspésie est à cet égard une pionnière puisqu’elle a implanté depuis quelques années un service d’accueil pour les 35 ans et plus, un service qui est encore à l’état de projet dans beaucoup d’autres régions du Québec.

Se démarquer des autres régions du Québec

Il faut, ajoute Alexis Poirier, que la région puisse faire valoir tout ce qui s’y passe. Il explique une partie du succès du Sea Shack par une philosophie d’exploitation inspirée de l’urbanité. « La majorité des Québécois vivent dans un cadre urbain. Le Sea Shack amène cette frénésie plus urbaine où culturellement ça bouge tout le temps », précise M. Poirier.

Les propos d’Alexis Poirier rejoignent d’ailleurs ceux d'une participante de la journée qui demeure à La Martre et qui soulignait la présence de trois salles de spectacle à proximité.

Intervention politique

Le directeur général de la MRC de la Haute-Gaspésie, Sébastien Lévesque a rappelé aux participants que leurs actions avaient aussi un cadre régional. Si le déclin démographique touche plus particulièrement la MRC de la Haute-Gaspésie, c’est un problème partagé par toute la région et qui devrait trouver ses solutions dans des critères d’unicité régionale.

Tous les ministères doivent mettre l'épaule à la roue, a aussi ajouté M. Lévesque. La région a besoin du soutien des deux paliers de gouvernement pour s’attaquer à ce problème, croit le DG.

La Gaspésie en a d’ailleurs fait son enjeu stratégique d’intervention auprès du gouvernement du Québec, ce qui, à court terme, devrait permettre de redonner des moyens d’intervention plus importants à la Stratégie d’établissement durable des personnes et de l’aide sonnante et trébuchante pour la Haute-Gaspésie.

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