Retour

Des aînés forcés de quitter une résidence non-conforme

La résidence pour personnes âgées Domaine La Marguerite à Rimouski devra fermer parce qu'elle n'est pas conforme aux règles de certification du ministère de la Santé. Les résidents sont sous le choc. Ils ont appris la semaine dernière qu'ils devaient quitter les lieux avant la fin de l'année.

Un texte d’Édith Drouin

Les résidents rencontrés par Radio-Canada, lundi, disent avoir été surpris par l’annonce de la fermeture. Leurs émotions étaient nombreuses, entre tristesse, déception, colère et incompréhension.

Si certains ont fait allusion à la malpropreté des lieux et à un manque d’hygiène, tous ont affirmé qu’ils appréciaient la résidence et qu’ils s’y sentaient bien.

Bertille Ruest avait emménagé au Domaine La Marguerite cet été et comptait y vivre de façon permanente.

À ces émotions s’est ajoutée l’anxiété pour plusieurs résidents, qui craignent ne pas être capables de se trouver un nouveau logement à prix modique à Rimouski.

Marcelle Paquette explique qu’elle n’a pas pu compter sur la vente d’une maison ou sur un héritage pour assurer sa retraite. Son revenu ne lui permet pas de payer 1400 $ par mois pour vivre en résidence.

La résidente s’étonne que l’établissement puisse fermer ses portes aussi rapidement et forcer les résidents à déménager à la veille de l'hiver. Elle déplore que les droits des locataires d’appartements soient mieux protégés que ceux des personnes âgées en résidences.

Mme Paquette indique que ses sœurs lui ont signalé que le Centre intégré de santé et de services sociaux du Bas-Saint-Laurent s’occuperait de la reloger. Elle en doute toutefois, puisque personne ne l’a encore approchée à ce sujet.

Surveillée depuis un an

Le CISSS, qui s’occupe de la certification des résidences privées pour personnes âgées, affirme surveiller de près la résidence du Domaine La Marguerite et collaborer avec cette dernière depuis un an.

Le directeur de la qualité, de l'évaluation, de la performance et de l'éthique clinique du CISSS, Gino Beaudoin, indique que les correctifs touchaient surtout les services aux usagers.

Il précise que le CISSS a tout d’abord voulu collaborer avec les exploitants pour assurer la sécurité des usagers.

L'organisme gouvernemental a toutefois obtenu de nouvelles informations cet automne qui portaient à croire que de nouveaux efforts devaient être déployés par la résidence pour se conformer aux règlements de certification.

Une lettre a donc été envoyée au propriétaire, qui indiquait que l’organisme n’avait pas l’intention de renouveler la certification de la résidence si elle ne se conformait pas à certains critères.

Cette lettre a été suivie d’une autre, envoyée il y a 10 jours, qui demandait au propriétaire de confirmer ses intentions. Réginald Proulx a alors indiqué qu’il souhaitait fermer les portes de l’établissement.

Par ailleurs, Gino Beaudoin précise que le personnel du CISSS s’occupe déjà d’évaluer la santé des résidents et de leur trouver de nouveaux logements. Il affirme que des places sont disponibles ailleurs et espère que tous les résidents seront relocalisés d’ici la mi-décembre.

Épidémie de gale et non-conformité

Le CISSS dit également avoir collaboré avec le Commissaire aux plaintes et à la qualité des services au sujet de deux plaintes. Le Protecteur du citoyen est aussi intervenu dans le dossier en produisant un rapport d’intervention publié en août dernier.

Le document indique que déjà, en 2014, le Conseil québécois d’agrément, qui avise le CISSS, avait constaté que la résidence privée contrevenait à 26 articles du Règlement sur la certification.

Lors de l’enquête du Protecteur du citoyen en 2017, les deux délégués de l’organisme ont souligné que le registre des accidents n’était pas à jour dans la résidence, que l’établissement ne se conformait pas au Guide alimentaire canadien, que la vérification des antécédents judiciaires du personnel était incomplète et que le personnel manquait de formation.

Le document témoigne également de la mauvaise gestion d’une épidémie de gale à l’automne 2016. En tout, 17 personnes, dont quelques membres du personnel, ont été contaminées. Selon le rapport, l’exploitant de la résidence a dissimulé l’éclosion de l'épidémie et n’a transmis au personnel et aux résidents aucune information sur les précautions à prendre.

Les auteurs du document notent aussi que la lenteur des propriétaires de la résidence à réagir à l’apparition de l’infestation et un manque de coordination avec le personnel médical a mené à une résurgence de l’épidémie en novembre de la même année. La directrice de la résidence s’est alors plainte « des coûts générés par l’éclosion de gale et de ne pas avoir reçu d’aide gouvernementale pour la gérer. »

La résidence a finalement fait appel à une entreprise spécialisée en désinfection en novembre 2016 et la situation a été maîtrisée.

Par ailleurs, le document témoigne de problèmes en lien avec le plan de sécurité incendie. En 2016, le Service de prévention des incendies de Rimouski identifie la résidence comme présentant un risque « très élevé » lors d’un exercice d’évacuation.

Retraite

De son côté, Réginald Proulx affirme qu’il ferme les portes de sa résidence en raison de son état de santé et parce qu’il souhaite prendre sa retraite. Il fait aussi allusion au décès accidentel de son fils plus tôt cette année.

À pleine capacité, le Domaine La Marguerite pouvait accueillir 80 résidents. La résidence a vu le jour il y a 30 ans, en 1987.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine