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Des milliers de chasseurs à l'assaut de l'orignal

C'est aujourd'hui l'ouverture de la chasse dans les zones 1 et 2 soit les terres publiques du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie.

Un texte de Joane Bérubé

Bien que la chasse ait débuté plus tôt pour les archers et les chasseurs à l'arbalète, tous les connaisseurs, ceux qui manient le calibre 10 et 12, vous diront que c'est maintenant le début de la vraie chasse, celle au fusil.

Pendant une toute petite semaine, soit du 16 au 23 octobre, la forêt sentira un peu plus le feu de camp, la bière et la saucisse grillée.

Au Bas-Saint-Laurent, plus de 13 000 détenteurs de permis seront cette semaine en quête d'un panache, soit en moyenne, 12 chasseurs au 10 km2 d'habitat de l'orignal.

En Gaspésie ce sont quelque 25 000 personnes qui ont payé autour de 75 $ pour obtenir leur permis. Si tout ce monde était Gaspésien, ce serait le quart de la population qui serait dans le bois.

Même si la chasse est un rituel très populaire dans des secteurs comme la Côte-de-Gaspé, dans la Matapédia ou dans l'arrière-pays de Matane, on peut quand même conclure qu'il y a plusieurs touristes dans les sapinages gaspésiens cette semaine.

En tout, en Gaspésie, ça fait exactement un chasseur par km2 d'habitat faunique et beaucoup de monde à la messe du panache.

Opération AZTEC

Mais comme dans la vieille maxime « qui est pris, qui croyait prendre », les chasseurs devront être vigilants et respecter certaines règles puisqu'ils ne seront pas seuls en forêt.  Juste en Gaspésie, quelque 70 agents de protection de la faune y seront aussi, souvent accompagnés de leurs collègues de la Sûreté du Québec.

En 2014, le reportage de l'émission Enquête, « La Guerre des bois », avait sonné l'alarme sur des comportements d'intimidation de certains chasseurs qui s'appropriaient sans droit des territoires de chasse.

La Direction de la faune a depuis mis en place l'opération AZTEC qui vise à contrer l'appropriation par certains chasseurs du territoire public.

La situation évolue dans le bon sens, soutient Richard Hamel, adjoint au soutien opérationnel pour la Direction de la protection de la faune pour la région Bas-Saint-Laurent-Îles-de-la-Madeleine.

L'an dernier, la Direction de la faune a reçu 29 signalements en Gaspésie sur le droit de chasse et 17 poursuites ont été déposées. Reste que pour faire la preuve, le chasseur lésé doit être prêt à témoigner. « C'est certain que c'est un processus ardu, et que les personnes lésées doivent nous amener des éléments de preuve pour qu'on puisse faire enquête », précise M. Hamel.

Reste que c'est un changement de mentalité qui doit s'opérer en forêt. Pour M. Hamel, certains facteurs comme la croissance du cheptel dans les zones 1 et 2, une meilleure accessibilité de la forêt et un nombre grandissant de chasseurs provenant de l'extérieur de la région favorisent le changement de comportement.

Braconnage et infractions

La saison est courte, le chasseur est impatient et l'agent de la faune est aux aguets.

Il y a eu en 2015, 349 constats d'infraction remis à des détenteurs de permis de chasse à l'orignal.  

Durant la saison de la chasse, les agents vont surveiller et accumuler des éléments de preuve, vont constater des choses, vont mesurer des choses, explique le porte-parole de la Direction de la faune. Ils ne feront pas nécessairement les enquêtes immédiatement, mais durant la période hivernale.

« Souvent, précise Richard Hamel, ce ne sont pas des réseaux, mais des personnes qui vont profiter de l'occasion de la chasse pour commettre des infractions comme tirer une femelle sans permis ou tuer deux orignaux en même temps. »

Un orignal abattu doit être authentifié par au moins deux détenteurs de permis puisque la limite de prise en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent est d'un orignal pour deux chasseurs. Il faut savoir qu'un chasseur ne peut pas partir seul et que la chasse à l'orignal oblige la formation d'un « groupe ». Tous les membres du groupe doivent avoir participé, ne serait-ce qu'une seule journée, à l'expédition de chasse.

Une infraction commise par un chasseur, tirer une femelle sans permis, peut ainsi rejaillir sur tout le groupe.

Parmi les infractions les plus constatées, Richard Hamel note parmi les plus courantes celles de circuler à bord d'un véhicule avec une arme chargée ou donner de faux renseignements à l'enregistrement de l'animal abattu.

Il arrive aussi que le chasseur ne détienne pas de permis de port d'armes à feu. Ici, c'est la Sûreté du Québec qui s'en mêlera d'où l'organisation de patrouilles conjointes entre les agents de la faune et ceux de la SQ.

Chasseur lui-même, Richard Hamel estime que la plupart des chasseurs connaissent très bien les règles du jeu.

Quant à l'orignal, il n'a qu'à bien se tenir. Dans les zones 1 et 2, le taux de succès se situe entre 22 % et 26 % dépendant des années et des secteurs.

Tant au Bas-Saint-Laurent qu'en Gaspésie, le cheptel est en croissance.  Le ministère de la Faune évalue le cheptel à environ 15 000 bêtes dans la zone 2 et à un peu plus de 22 000 dans la zone 1, soit presque le tiers de tous les orignaux du Québec qui compte au total environ 120 000 orignaux. 

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