Retour

Énergie Est : TransCanada abandonne l'idée d'un port au Québec

TransCanada renonce à son projet de terminal maritime au Québec, mais elle entend poursuivre son projet d'oléoduc pour acheminer le pétrole bitumineux dans l'est du pays.

Le porte-parole de la société TransCanada, Tim Duboyce, soutient qu'il ne s'agit pas d'une volte-face de l'entreprise, mais d'une modification du projet afin de tenir compte des communautés impliquées dans le projet.

« Nous avons annoncé, en avril, le retrait du projet de terminal maritime à Cacouna à la suite de la recommandation d'une agence fédérale sur le statut du béluga dans le fleuve Saint-Laurent pour qu'il soit reclassé parmi les espèces en voie de disparition », a expliqué M. Duboyce en entrevue à ICI Radio-Canada Télé.

Pour regarder l'entrevue avec le porte-parole de TransCanada sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Mais pour Greenpeace Québec, il s'agit d'une victoire citoyenne contre les intérêts pétroliers. Responsable de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace, Patrick Bonin estime qu'il s'agit d'un autre recul pour TransCanada, qui a demandé au gouvernement américain de suspendre l'étude de son projet Keystone XL.

« C'est une victoire citoyenne que nous avons aujourd'hui et des groupes environnementaux », a déclaré M. Bonin en entrevue à ICI Radio-Canada Télé. « On savait que le port de Cacouna était abandonné, maintenant [il n'y aura] aucun port au Québec », poursuit-il.

Malgré l'abandon de son projet de port et de réservoirs de stockage de pétrole au Québec, la société albertaine poursuivra toutefois son projet d'oléoduc vers l'est du pays qui comprend un seul terminal maritime - situé à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick - et trois branchements directs dans des raffineries.

Pour regarder la réaction de Greenpeace sur votre appareil mobile, cliquez ici.

De ces trois branchements, deux seront effectués dans des raffineries québécoises, soit à l'usine de Suncor, à Montréal-Est, et à l'usine Valéro, à Lévis. L'autre raffinerie - celle de la société Irving - qui serait ainsi directement reliée par le pipeline est située à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.

M. Bonin souligne que les risques environnementaux demeurent avec le projet d'oléoduc. « L'intention de TransCanada c'est de traverser le Québec, traverser le fleuve Saint-Laurent avec un pipeline pour exporter le pétrole des sables bitumineux », explique-t-il.

TransCanada estime que son projet est bon pour l'économie québécoise. « Je pense que nous avons aujourd'hui un projet qui comprend plusieurs bénéfices économiques pour le Québec », avance M. Duboyce. C'est un projet qui représente à peu près 100 millions de dollars d'investissements au Québec par année, une fois que c'est en service, dont près de 80 millions de dollars en électricité qui seraient payés à Hydro-Québec et au-delà de 10 millions en taxes foncières aux communautés. »

« Je crois qu'au-delà des emplois que ça va créer - surtout pendant la période de construction - c'est un bon projet pour le Québec, pour les fournisseurs, pour les entreprises qui sont au Québec », poursuit M. Duboyce.

Le porte-parole de Greenpeace soutient toutefois qu'une autre mobilisation citoyenne est en cours et que quelque 70 municipalités s'opposent au passage du pipeline sur leur territoire. Il reproche à TransCanada de fuir la consultation avec les citoyens et les municipalités.

« TransCanada ne participe pas aux consultations de la Communauté métropolitaine de Montréal et refuse toujours de participer à un Bureau d'audience publique en environnement au Québec », ajoute-t-il. Clairement, l'entreprise n'est pas en mode collaboration. »

Québec sur la touche

Bien que TransCanada soutienne que le gouvernement du Québec constitue un partenaire important dans le développement de son projet, les ministres provinciaux ont appris l'abandon du projet de terminal maritime sur son territoire par voie de communiqué.

Le ministre québécois de l'Environnement, David Heurtel, a appris en même temps que les journalistes que la compagnie TransCanada abandonnait l'idée de construire un port au Québec dans le cadre de son projet Énergie Est.

À son arrivée au caucus libéral, jeudi matin, il a invité les promoteurs à une plus grande collaboration avec son gouvernement. « Nous, ce qu'on attend de TransCanada, c'est qu'ils coopèrent et qu'ils collaborent avec le ministère de l'Environnement et qu'on ait toute l'information sur la portion québécoise du projet. On ne l'a pas encore », a-t-il souligné.

Le ministre Heurtel a également indiqué qu'avec ou sans port, le projet Énergie Est serait évalué par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), promettant une fois de plus que toutes les lois environnementales du Québec seraient respectées.

Le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a également appris la nouvelle par voie de communiqué. Il souhaite analyser les modifications au projet avant de se prononcer sur l'ensemble du dossier.

« Vous savez que, pour moi, la priorité - il y a beaucoup de volets dans ce dossier, le volet environnemental et autres - et pour moi, c'est évidemment l'aspect économique. C'est au promoteur de démontrer que dans ce dossier-là, il y a des bénéfices économiques. »

Le ministre Arcand souligne qu'il ne lui appartient pas de faire la promotion du projet Énergie Est, pas plus que de le combattre. Le gouvernement est là pour analyser la proposition qui lui est faite.

Le ministre Arcand convient que le pouvoir du gouvernement du Québec sur le projet de pipeline est limité puisqu'il s'agit d'une compétence fédérale. Il ajoute toutefois que si les gouvernements provinciaux du Québec et de l'Ontario se liguent contre le projet, ils pourront avoir un impact.

TransCanada soumettra à l'Office national de l'énergie (ONE) ces amendements à la demande pour Énergie Est. Ce changement à la portée du projet de même que des ajustements à son échéancier devraient entraîner une mise en service en 2020.

Plus d'articles

Commentaires