Depuis 30 ans, la franchise Final Fantasy fait vibrer les amateurs de jeux de rôle (RPG). Lancée deux mois plus tard que prévu, la nouvelle mouture, Final Fantasy XV, promet un vent de renouveau, tout en restant fidèle à ses prédécesseurs. En attendant de mettre la main sur ce titre tant attendu, j'ai préparé un survol historique de l'une des plus grandes séries de jeux vidéo de l'histoire.

Une chronique de Maxence Matteau

Peu de séries de jeux vidéo peuvent se vanter d’exister depuis aussi longtemps que Final Fantasy. Paru seulement deux ans après le tout premier Mario Bros sur la console NES (Nintendo Entertainment System), le jeu Final Fantasy a su se renouveler au fil des années et fait toujours partie du paysage. Avec l’évolution invraisemblable des jeux vidéo depuis sa parution initiale, la série est-elle toujours pertinente? Pour répondre à cette question, retraçons tout d’abord son historique au rythme des consoles et des années.

De la NES à la 3D

Le premier Final Fantasy est développé par la compagnie japonaise Square, en 1987. Le jeu est bâti autour du concept des jeux de rôles (RPG) Donjons & Dragons, un jeu de dés créé dans les années 70 dans lequel les participants tiennent une feuille de route décrivant la progression de leur personnage, qui évolue au rythme de l’histoire racontée par un maître de jeu. L’idée est intéressante, mais elle n’est pas unique en son genre.

Une entreprise rivale, Enix, fait paraître en 1986 le jeu Dragon Quest, premier jeu de rôle sur console, qui puise son eau au même puits que Final Fantasy. L’histoire voudra que Final Fantasy devienne la série la plus populaire des deux et elle est souvent citée comme la pionnière du style RPG. Par ailleurs, Enix et Square ont fusionné au début des années 2000 pour devenir Square Enix, qui existe toujours aujourd’hui.

Les chapitres de la série Final Fantasy se succèdent à grand rythme – presque un nouveau jeu par année –, mais ils ne percent pas tous le marché nord-américain. À titre d’exemple, les joueurs québécois doivent attendre jusqu’en 2003 pour pouvoir jouer à Final Fantasy II. Presque au même moment, Final Fantasy XI fait son apparition sur les rayons des magasins. Évidemment, ce n’est qu’une question de marché.

Les joueurs d’ici ont encore en mémoire Final Fantasy IV et Final Fantasy VI, les seuls parus à peu près en même temps au Japon et en Amérique. Ces jeux ont même été rebaptisés, pour le bien de la chronologie, Final Fantasy II et Final Fantasy III. D’ailleurs, Final Fantasy VI est souvent cité en exemple comme l’un des meilleurs RPG de tous les temps par les critiques et par les joueurs!

Final Fantasy VI, sorti sur SNES en 1994, est le dernier opus de la série dont le graphisme est en deux dimensions. Le rythme effréné de parution, six jeux en sept ans, fait le bonheur des amateurs de la série. Comme nouveauté, on notera une plus grande quantité de personnages uniques, aux styles de combats variés et aux personnalités différentes. Du même coup, la série mûrit et tente peut-être de conserver ses fans, qui vieillissent eux aussi : l’histoire est beaucoup plus sombre et les thèmes sont plus dramatiques. Certains personnages y perdent la vie et des événements tragiques ont lieu.

De la 3D à aujourd’hui

Au tournant du nouveau millénaire, tous les créateurs de jeux font face à un défi de taille : les graphiques en 3D. Yoshitaka Amano, qui a toujours créé le design des jeux de cette série, cède sa place à Tetsuya Nomura, qui est jugé plus apte à attaquer ce nouveau projet de front. Le nouveau réalisateur de Final Fantasy VII donne la mission à son équipe de créer un jeu où les temps de chargement sont nuls – ou minimes – pour ne pas faire décrocher le joueur. Les artisans de ce jeu réussissent à créer une ambiance immersive réussie, avec une musique omniprésente dont les amateurs se délectent. Aujourd’hui, les graphiques du jeu peuvent paraître simplistes, mais ils me semblaient réalistes à sa sortie.

L’équipe remporte son pari, le jeu est un succès monstre, tant au point de vue critique que commercial. C’est d’ailleurs la fin des délais nord-américains pour la sortie des jeux : ils paraîtront dorénavant en même temps sur les deux continents.

Les jeux évoluent ensuite très rapidement et la série se démarque par des cinématiques de très haute qualité. Les processeurs des ordinateurs de l’époque ne permettent pas d’avoir d’aussi beaux graphiques dans le jeu et dans les cinématiques, mais on développe des techniques pour y remédier. Je ne me rappelle pas avoir trouvé que les jeux manquaient de polygones à cette époque!

Final Fantasy IX est, de loin, mon préféré de la série. J’y rejoue périodiquement, d'ailleurs. Une scène provenant de cet opus m'a marqué : l’équipe pilotée par le joueur se retrouve dans une forêt maudite où tout se transforme subitement en pierre.

Une course effrénée a lieu et un des personnages se retrouve pétrifié, forçant ses amis à l’abandonner à son sort. J’en ai encore des frissons!

Les épisodes de la série se succéderont jusqu’à la trilogie de Final Fantasy XIII, dernier titre dont le jeu ne se déroule pas en ligne, jusqu’à ce nouveau Final Fantasy XV.

Une série unie par les détails

Le récit ne se poursuit pas d'un jeu à l'autre, ce qui permet de jouer, par exemple, à Final Fantasy XV sans avoir jamais essayé un seul autre titre de la série. Certains aspects restent toutefois communs, voire récurrents : les thèmes musicaux, les moyens de transport, les cristaux ou encore certaines créatures, dont les chocobos (une espèce de gros poussin sur lequel il est possible de se déplacer). C’est à travers ces thèmes que se retrouve la trame de fond qui unit tous les jeux entre eux.

Jouer avec ses amis… et des milliers d’inconnus

C’est le pari que prend Square Enix avec Final Fantasy XI et Final Fantasy XIV, faisant écho à Ultima Online et Everquest, parus à la fin des années 90. L'entreprise s'attaque donc au monde des jeux de rôle en ligne massivement multijoueurs (MMORPG), des jeux en ligne basés sur des serveurs reliant des milliers d’internautes qui peuvent interagir. Le premier des deux jeux est une réussite. Il domine le marché japonais de 2002 à 2006. Les serveurs de ce jeu sur console n’ont d’ailleurs été fermés que cette année et il est toujours possible d’y jouer sur ordinateur.

Une déception bien vite réparée

Final Fantasy XIV est un bel exemple de produit d’une compagnie à l’écoute de sa communauté. Le jeu paraît en 2010 et est un échec total. La critique est sans pitié et les joueurs sont furieux de la piètre qualité du jeu. Square Enix fait ses devoirs et retourne aux tables à dessin pour revenir, en 2013, avec Final Fantasy XIV – A Realm Reborn, jeu qui reprend le concept du précédent en faisant d’importants changements en réponse aux critiques négatives qu’il avait suscitées. Le jeu est aujourd’hui un des MMORPG les plus joués et paraît également dans tous les classements des dix meilleurs jeux du genre. Plus récemment, on a vu le même phénomène se produire avec le succès mondial Destiny.

La sortie de Final Fantasy XV

Pour cet opus, la série se démarque toujours par ses graphiques époustouflants, ses cinématiques à couper le souffle et ses univers fantastiques immersifs, créatifs et très divertissants. Bien sûr, certaines mécaniques qui datent de plusieurs années sont à revoir. C’est d’ailleurs ce qu’a prévu faire Square Enix. Le mode de combat du nouveau jeu est beaucoup plus dynamique, laissant de côté les attaques au tour à tour pour des esquives, des contre-attaques, etc. C’est d’ailleurs cette mécanique qui a valu à Final Fantasy XIII des railleries de joueurs qui disaient pouvoir finir le jeu en appuyant uniquement sur un seul bouton à répétition…

Pour ma part, je n’ai jamais été friand des personnages trop enfantins, des petites voix suraiguës et agressantes qui percent les tympans, mais j’ai toujours fait abstraction de ces détails, me disant que c’était le style japonais.

Par ailleurs, Square Enix vogue toujours sur ses anciens succès : des remakes de leurs jeux sortent sur toutes les plateformes. Personnellement, je trouve que l'entreprise pourrait vendre ces nouvelles versions à des prix plus raisonnables, mais si votre portefeuille vous le permet, sachez que vous pouvez jouer à tous les premiers jeux de la série avec des graphiques beaucoup plus intéressants, parfois même en 3D. Popularité des technologies mobiles oblige, plusieurs jeux dérivés de la série paraissent pour des systèmes d'exploitation de téléphones portables et de tablettes. Ce ne sont malheureusement pas tous des jeux mémorables et il est prudent de se renseigner sur leur contenu avant de se les procurer.

Le souhait de plusieurs pour du changement semble avoir été entendu. Le nouveau jeu à paraître raconte l’histoire d’un jeune prince qui hérite du royaume dirigé par son père. Il doit récupérer le dernier cristal, enlevé par des hérétiques afin de protéger son peuple et de ramener la paix dans le royaume. Les images dévoilées jusqu’à présent montrent des interactions matures et moins « criardes » que dans certains jeux précédents, où le jeu des acteurs était insupportable. De plus, les graphiques sont magnifiques et les cinématiques sont à la fine pointe de la technologie. Dois-je ajouter que le joueur a une grande liberté de mouvement dans ce jeu à monde ouvert?

Conclusion

Malgré les défauts de sa série, on peut dire que Square Enix est à l’écoute de ses fidèles amateurs. L'entreprise sait résister à l’épreuve du temps.

Il y a bien sûr quelques moins bons titres dans cette série, quelques jeux moins mémorables, mais force est d’admettre que l'importance de Final Fantasy dans le paysage des jeux vidéo est indéniable. Square Enix n'est peut-être plus la pionnière qui innove dans la création de jeux, mais il n’en demeure pas moins qu’elle est à l’origine de concepts copiés et réutilisés par de nombreux concurrents et qu'elle offre toujours des récits créatifs. D’ailleurs, qui pourrait se vanter d’être à l’origine de plus de vingt jeux sans accroc? Final Fantasy demeure à ce jour la seule série de jeux AAA dans laquelle j’ai toujours hâte de me replonger. C’est d’ailleurs ce que je vais faire, de ce pas.

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