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Homard : un optimisme modéré par les échos de Boston

La prochaine saison du homard s'annonce presque aussi bonne que la saison 2015. Seul bémol, malgré un contexte qui invite à l'optimisme, les usines du Québec se préoccupent des surplus, notamment ceux de la Nouvelle-Écosse.  

Un texte de Joane BérubéTwitterCourriel

La ressource est abondante et les prises sont en augmentation ce qui pourrait faire craindre le pire aux industriels.  Toutefois, les prix demeurent encore élevés.

Il y a deux semaines, au marché, les propriétaires d'usine ont entrepris leurs pourparlers avec les acheteurs pour la prochaine saison. Le mot d'ordre : prudence.

« Les acheteurs sont frileux un peu, ça, c'est sûr. Quand tu as un prix qui atteint des sommets, il y a plus de chances qu'il descende, qu'il monte », commente Bill Sheehan, copropriétaire de E. Gagnon et fils.

Cette prudence a aussi été relevée par la directrice de Gaspé Cured, Rachel Tardif.

Cette dernière ajoute que les prix ont sans doute été trop élevés l'an dernier. « Ça ne peut pas rester », avance-t-elle.

Directeur adjoint de Fruits de mer Madeleine, aux Îles-de-la-Madeleine, Pierre Desraspe, est moins inquiet, mais admet lui aussi qu'il est difficile de déterminer un prix en ce moment. Il pense, par contre, que les prix pourraient être plus élevés que l'an dernier. « Tous les facteurs importants, observe-t-il, s'alignent pour que ça se passe bien financièrement pour tout le monde, mais c'est difficile de mettre un prix exact actuellement, c'est difficile à dire à cette date-ci. D'ici un mois, ça va être plus facile. »

Malgré toutes ces supputations, un fait demeure : le marché du homard n'a pas encore rattrapé les prix qui étaient versés avant la crise économique de 2008.  Il y a donc de la place pour un prix plus élevé. 

Des surplus? Oui, mais pas partout

Les différences entre 2015 et 2016 amènent à la nuance, selon Bill Sheehan. Le homard, dit-il, c'est selon le produit. Ainsi, le prix du homard vivant fluctue pratiquement de jour en jour. Le principal joueur du secteur, la Nouvelle-Écosse, a quand même de bons stocks de homards en vivier en réserve, relève-t-il. La province est la seule à avoir une pêche en janvier et février.

Par contre, le homard congelé entier se vend en grand volume et s'écoulera bien, croit-il. Il voit cependant un problème avec le surplus de queues de homard qui inonde le marché. C'est, explique le transformateur, qu'il y a une pénurie de chair de homard. « Mais quand on fait de la chair, on fait de la queue. Je pense qu'il y a cinq millions de livres de queues de homard en stock présentement et la saison débute », indique Bill Sheehan.

Les transformateurs sont frileux. La possibilité que l'Union européenne interdise l'importation de homard vivant fait réfléchir. Ce n'est pas un marché pour le Québec, mais si un concurrent comme la Nouvelle-Écosse perd des acheteurs, cela aura possiblement des répercussions sur des marchés où le Québec est présent.

Bill Sheehan croit toutefois que l'impact sera à court terme et que le marché se réajustera : « Si, en Europe, ils veulent avoir du homard et qu'ils le veulent transformé, ça va augmenter la demande pour le homard transformé. On va peut-être avoir plus de demandes dans le congelé. »

Marchés émergents

Reste l'Asie qui n'est pas à négliger. « Les Chinois influencent tout le marché. Ils achètent de plus en plus de volume, relève Rachel Tardif et ça force les acheteurs actuels à suivre leur marché, s'ils veulent conserver leur volume. »

C'est une autre bonne nouvelle pour les transformateurs de homard qui devront bientôt s'accorder avec les pêcheurs.

Les mesures de conservation, de traçabilité, d'écocertification mises en place par les pêcheurs et les propriétaires d'usines portent aussi leurs fruits. En moyenne, le homard du Québec, plus gros, certifié MSC, est parmi les mieux payés au débarquement dans les cinq provinces du golfe.

Le défi? « C'est d'arriver à trouver le bon prix pour débuter le 1er mai », conclut Rachel Tardif de Gaspé Cured.

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