L'immense masse d'eau retenue par les barrages hydroélectriques semble inoffensive et pourtant, à la suite des remplissages, les experts dénotent de nombreuses secousses qui s'apparentent à de petits tremblements de terre.

Un reportage de Vincent Larin et de Marlène Joseph-Blais

Il s'agit d'un phénomène documenté par Hydro-Québec depuis les années 70 : lors du remplissage des réservoirs des barrages hydroélectriques, l'immense masse d'eau ainsi contenue exerce une forte pression sur le fond rocheux, ce qui engendre des tremblements de terre de basse magnitude.

« La pression de l'eau va pousser et rentrer au niveau des fissures existantes dans le roc », explique le chef Conception hydraulique et géotechnique à Hydro-Québec, Rheda Kara. L'accroissement de la pression d'eau provoque ces secousses qui perdent de l'ampleur avec les années, jusqu'à ce que l'activité [sismique] redevienne normale », ajoute-t-il. 

C'est le cas du réservoir du barrage Romaine-2 où une dizaine de séismes miniatures ont été répertoriés depuis sa mise en eau, en mai 2014 (voir la carte ci-bas). 

Séismes induits enregistrés lors de la mise en eau du réservoir du barrage Romaine-2

Un phénomène inoffensif

Ces petits tremblements de terre restent toutefois sans danger pour la population et les installations à proximité des réservoirs, soulignent les experts. 

« Dans le cas de Romaine-2, on a enregistré un petit tremblement de terre d'une magnitude de 3,2, en janvier 2015. On a appelé tout de suite après au campement et au chantier et il n'y avait personne qui l'avait ressenti », se rappelle Rheda Kara.

Les barrages sont conçus pour résister à des séismes de beaucoup plus grandes amplitudes que ceux provoqués par le remplissage des réservoirs, assure Rheda Kara. « Généralement, ils peuvent résister à des séismes qui peuvent aller jusqu'à des magnitudes de 6 ou 7 [sur l'échelle Richter] », ajoute-t-il, en expliquant que selon l'échelle Richter un degré de plus signifie une augmentation de la force trente fois supérieure.

« Comme scientifique, c'est intéressant parce que ça nous permet d'en savoir plus sur le phénomène », explique quant à lui Maurice Lamontagne­. « Les séismes naturels, dans cette partie du continent, sont beaucoup plus profonds. On parle de 5 à 25 kilomètres de profondeur pour un séisme naturel, alors que les séismes induits sont beaucoup plus superficiels, entre 1 à 2 kilomètres de profondeur. » 

Les séismes induits ne créent pas non plus de risques supplémentaires que d'autres séismes de sources naturelles, selon Maurice Lamontagne. « Comme [la Côte-Nord] est une zone relativement paisible au point de vue des séismes naturels, ça ne créait pas de grande inquiétude au moment de la mise en eau des réservoirs », ajoute-t-il.

Outils de mesure

Des instruments de mesure sont déjà présents tout autour du barrage afin de mesurer leurs mouvements, mais d'autres outils sont également mis en place lors de la mise en eau des bassins.

Des sismographes sont notamment installés sur le contour des bassins, à même le roc, et permettent de localiser précisément l'épicentre des séismes qui surviendraient. Ces sismographes restent quelques années après le remplissage du réservoir, jusqu'à ce qu'un équilibre soir créé. 

« Dans le cas de Romaine-3, ce sont les sismographes qui ont été utilisés pour Romaine-2 qui seront déplacés », explique Rheda Kara.  

Pas seulement les réservoirs

D'autres activités humaines peuvent provoquer des séismes. C'est le cas, entre autres, de la fracturation hydraulique utilisée pour l'extraction du gaz de schiste. Les bombes atomiques seraient également en mesure de provoquer des tremblements de terre.

Plus d'articles