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L'impatience gagne les rangs des producteurs de lait

Environ 200 producteurs laitiers ont manifesté ce matin, à Matane, devant les bureaux du député libéral fédéral d'Avignon-La Mitis-Matane-Matapédia, Rémi Massé.

Un texte de Joane Bérubé

Les producteurs considèrent que l'importation du lait diafiltré en provenance des États-Unis est une concurrence déloyale dans le marché canadien du lait, géré selon le principe de gestion de l'offre.

En organisant des manifestations un peu partout au Québec au cours des derniers jours, les producteurs laitiers veulent rappeler leurs promesses électorales aux libéraux qui s'étaient engagés à régler le problème. « Ils nous ont dit aux élections qu'il prendrait cinq jours pour régler ça. Là, on est à six mois après les élections et ce n'est pas encore fait », dit  Gabriel Belzile, président des Producteurs de lait du Bas-Saint-Laurent.

Le président de l'UPA de la Matapédia, Bruno D'Astous, estime que le lait diafiltré est un produit inventé spécialement pour détourner les règlements en vigueur. « Les douaniers n'ont pas eu l'ordre d'arrêter ces produits donc on veut souligner au gouvernement actuel de faire respecter ses propres règlements », ajoute M. D'Astous.

Concurrence du Sud

Pour les producteurs de fromage, l'utilisation du lait diafiltré est une manière de diminuer les coûts, puisque le produit est subventionné par les Américains, explique Gabriel Belzile, des Producteurs de lait du Bas-Saint-Laurent. « C'est un produit laitier pareil, sauf qu'ils sont obligés de prendre notre crème qui, elle, est en grande demande et notre protéine est envoyée à la Commission canadienne du lait où elle dort là, à rien faire. On ne peut pas combattre une subvention aux États-Unis », poursuit M. Belzile.

Pour les producteurs de lait, il s'agit d'une concurrence déloyale dans un marché géré selon le principe de la gestion de l'offre. L'importation des produits laitiers au Canada est limitée par des tarifs douaniers, un contrôle essentiel au bon fonctionnement de la gestion de l'offre. L'équilibre entre l'offre et la demande de leurs produits permet aux producteurs de lait canadiens de tirer leur revenu du marché interne, sans subventions.

Si le modèle tombe, c'est en région que cela fera le plus mal, estime Gabriel Belzile. 

Le milieu agricole évalue les pertes à 220 millions pour l'ensemble des fermes laitières du Canada. Le prix du lait n'a, en fait, jamais été aussi bas au cours des 10 dernières années. Certaines fermes perdent de 4000 $ à 5000 $ de revenus par mois. « C'est l'ensemble des fermes qui sont fragilisées », soutient M. Belzile.

Impacts pour les consommateurs et les milieux ruraux

Ce dernier rappelle que c'est l'ensemble de l'écosystème économique des milieux ruraux qui sont ébranlés par la crise que traversent les exploitations laitières. « C'est plus dur de payer les fournisseurs, c'est dur de vendre quelque chose aux producteurs, tous les investissements qu'on devrait faire sont retardés », souligne le président des Producteurs de lait du Bas-Saint-Laurent.

L'administrateur de Rimouski pour le syndicat des producteurs de lait, Ghislain Saint-Pierre, ajoute que les consommateurs doivent savoir ce qu'ils mangent. « C'est un non-sens, dénonce M. Saint-Pierre, de faire venir des produits qu'on ne produit pas et dont on ne connait pas la qualité, la provenance. On sait qu'ils viennent des états unis, mais de quels troupeaux, on ne sait pas. »

Le député Rémi Massé a promis de porter la demande des producteurs auprès de ses collègues à Ottawa. « Je me suis engagé auprès des producteurs, a-t-il dit, et dès la semaine prochaine je vais discuter avec le caucus national et le premier ministre pour trouver une solution à long terme. »

Le Bas-Saint-Laurent compte 653 fermes laitières qui génèrent des revenus de 235 millions de dollars.

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