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La conciliation travail et vie personnelle chez les proches aidants

Il n'est pas facile de concilier le travail et la vie personnelle pour les proches aidants. Une étude menée présentement par Mélanie Gagnon, professeure et chercheuse en relations du travail à l'Université du Québec à Rimouski, au campus de Lévis, tente de comprendre cette réalité et d'apporter des pistes de solutions.

Un texte de Guillaume Bouillon

L'étude consiste à rencontrer une trentaine de personnes considérées comme proches aidantes en vue de cerner leurs besoins en matière de conciliation de la vie personnelle, qui tourne autour de l'aide à un proche atteint d'une maladie, et la vie professionnelle.

« On sait que c'est complexe pour eux. Statistique Canada démontre que la moitié des gens interrogés à ce sujet disent avoir subi des répercussions sur leur emploi », mentionne Mélanie Gagnon.

Des sujets difficiles à recruter

La majorité des personnes qui vivent cette réalité ne se considèrent pas elles-mêmes comme des proches aidantes, selon la chercheuse, ce qui complique l'échantillonnage.

« Quand on leur parle, ces gens se considèrent plutôt comme des membres d'une famille qui s'occupent de leurs proches malades », ajoute-t-elle.

Après avoir discuté avec des gens qui oeuvrent dans des organismes de soutien, on constate que tous s'entendent pour dire que la bataille des dernières années dans ce domaine est de tenter de sensibiliser les gens qui offrent leur aide à se considérer comme de proches aidants.

Moins d'hommes?

Mélanie Gagnon affirme qu'aucun homme ne s'est manifesté pour l'étude. L'hypothèse en vue d'expliquer cette situation est que les hommes auraient encore moins tendance à se considérer comme des proches aidants.

« Autant au Québec qu'au Canada, en termes statistiques, il y a une quasi-parité entre les hommes et les femmes. Sauf que les soins prodigués relèvent encore de la division sexuelle du travail », note la chercheuse.

Ainsi, les femmes donneraient plus de soins personnels, comme des traitements et l'accompagnement des personnes, tandis que les hommes offriraient plus d'aide en ce qui a trait à l'entretien de la maison et aux travaux extérieurs. 

Employeurs : entre l'empathie et l'aide concrète

Pour ce qui est des formes de soutien offertes par les employeurs aux employés vivant une situation de proches aidants, Mélanie Gagnon précise que les sujets de l'étude ont affirmé que c'était plutôt varié.

Si certains employeurs s'en tiennent à de l'empathie pure et simple, d'autres offrent tout de même des mesures très aidantes d'aménagement du travail. « Aménager des horaires de travail adaptés, offrir la possibilité de prendre des congés de maladie ou encore de travailler de la maison », mentionne Mélanie Gagnon.

Il y a une étendue de possibilités qui s'offrent aux employeurs, mais la chercheuse admet que ce n'est pas toujours possible pour eux de les envisager et de les mettre en oeuvre.

Préoccupation financière

La question financière est une préoccupation majeure pour les proches aidants, affirme Mélanie Gagnon. « Le Regroupement des aidants naturels a même fait un forum sur l'appauvrissement des proches aidants, car c'est une réalité bien présente dans le milieu », ajoute-t-elle.

À la grande surprise de Madame Gagnon et de son équipe, plusieurs personnes demandent des bons pour la nourriture. « Lorsqu'on diminue le temps de travail, que le conjoint ne travaille plus en raison de sa maladie, qu'on doit se déplacer à l'hôpital plusieurs fois dans la semaine, payer le stationnement, etc., la question financière devient centrale », note-t-elle.

La suite des choses

Selon Mélanie Gagnon, une réflexion sérieuse et élargie doit être faite. « Le proche aidant n'est pas un phénomène qui va diminuer. Ça va aller en augmentant avec le vieillissement de la population et ça va toucher de plus en plus de personnes au cours de prochaines années », conclut-elle.

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