Au cours des derniers mois, le groupe La Meute, qui indique combattre « l'islamisme radical », a ouvert des sections régionales un peu partout au Québec. Il y a maintenant des clans de la Meute sur la Côte-Nord, au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie.

Un texte de Joane Bérubé

La Meute fait partie d'une multitude de groupuscules actifs sur les réseaux sociaux qui dénoncent la montée de l'islam radical au Québec.

Récemment, le groupe a distribué des pamphlets à Rimouski et à Matane. Il est aussi actif sur la Côte-Nord. Les clans des trois régions disposent de pages Facebook.

Selon l’organisation, La Meute, qui a été fondée en 2015 dans la région de Québec, compte maintenant 3000 membres répartis dans toutes les régions administratives du Québec.

Six régions ont déjà un chef de clan soit Saguenay, l’Estrie, Chaudières-Appalaches, Québec, Centre-du-Québec et l’Abitibi-Témiscamingue. La nomination d’un chef de clan devrait se faire au cours des prochaines semaines en Gaspésie.

Au Bas-Saint-Laurent, où il n’y a pas encore de chef de clan, le porte-parole du groupe Sébastien Chabot, un travailleur du domaine de l’informatique, indique que cela devrait se faire au cours de l’automne ou d’ici la fin de l’année.

Le groupe est en train de se structurer. Plusieurs rencontres ont eu lieu durant les dernières semaines. D’après M. Chabot, les membres proviennent de partout dans la région.

Depuis le début de l’année

Toujours selon Sébastien Chabot, le clan du Bas-Saint-Laurent compterait entre 200 et 300 membres et celui de la Côte-Nord, plus de 500 membres. Ils seraient autour de 200 en Gaspésie. « Il y a moins de monde dans celui de la Gaspésie parce qu’il y a beaucoup moins d’immigration », note M. Chabot.

La plupart de ces groupes se sont constitués au cours des derniers mois. « Pour qu’un chapitre puisse ouvrir dans une région administrative, il faut ce qu’on appelle une masse critique de membres prêts à s’impliquer et à participer à des activités », indique l’agent de prévention au Centre de prévention contre la radicalisation menant à la violence, Maxime Fiset.

Il nuance par contre la popularité du groupe. Ce que La Meute appelle des membres, c’est principalement un profil Facebook sur leur page publique qui compte plus de 43 000 adhérents. Il y a là beaucoup de curieux, des journalistes et des membres de groupes antiracistes, estime Maxime Fiset.

Selon lui, le nombre réel de membres, soit ceux qui participent aux activités du groupe, est probablement au moins deux fois moins important.

La Meute, explique M. Fiset, est d’abord un groupe d’affinités politiques qui partage au moins une préoccupation idéologique, le combat contre l’Islam radical, et qui se retrouve pour discuter principalement de cette préoccupation. « Ils vont dire qu’ils ne sont pas racistes, qu’il n’ont rien contre les musulmans, mais qu’il n’y a pas d’Islam qui ne soit pas radical », commente le spécialiste.

Les préoccupations en matière d'immigration et la survie de la culture québécoise occupent ainsi une part importante des discussions sur la page Facebook des membres de la Meute. Les commentaires ouvertement racistes ou qui incitent à la violence n’y sont pas tolérés.

Le porte-parole du clan du Bas-Saint-Laurent, Sébastien Chabot, se définit d’ailleurs comme non raciste, mais vigilant quant à l’immigration et surtout sur le potentiel d’accueil d'une ville comme Rimouski.

Recrutement

L’agent de prévention contre la radicalisation estime que le groupe recrute plusieurs personnes qui ne sont pas racistes, mais qui ont peur d’un « musulman imaginaire », créé à partir de l’image véhiculée par les médias.

Il y a ensuite, les gens qui sont contre l’Islam puis d’autres qui se disent contre toutes les religions. « Et il y a les extrémistes plus avancés qui utilisent les gens qui ont peur pour faire avancer un agenda beaucoup plus radical », juge M. Fiset.

Il pense que la Meute demeure malgré tout une organisation hiérarchisée, ordonnée et contrôlée. La création de clans régionaux « n’est pas une décentralisation ni une déconcentration du pouvoir », d’après M. Fiset.

Sébastien Chabot corrobore. Chaque clan, dit-il, porte ses propres combats selon les enjeux locaux.

Islamisme radical en région

Ainsi, M. Chabot ne se dit pas opposé à l’Islam, au contraire, dit-il, la Meute est composée de gens de divers horizons, séparatistes, fédéralistes et de différentes confessions y compris mulsulmane, de beaucoup d’athées et même d’apostats musulmans.

Il souligne cependant que la religion musulmane comporte plus de deux millions de règles très strictes et y voit un risque.

« L’Islam radical, ce n’est pas tout l’Islam, c’est une partie », soutient-il.

Immigration

Rimouski, qui est devenue en janvier dernier 14e ville d’accueil pour les réfugiés, n’est pas prête, selon lui, à accueillir 200 familles de réfugiés d’ici 2019, comme il a été annoncé. Sébastien Chabot relève que les gens qui arrivent ici sans connaissance de la langue et de la culture ont besoin d’un encadrement que les ressources régionales ne peuvent pas offrir.

Responsable du Service d’accueil des nouveaux arrivants de la Matanie (SANAM), Fannie Allaire-Poliquin s’inscrit toutefois en faux contre cette analyse.

Elle juge que le milieu est bien outillé pour accueillir et accompagner ces nouveaux arrivants. « Ils ont, commente Fannie Allaire-Poliquin, une très bonne organisation. Le gouvernement ne les aurait pas nommés comme ville d’accueil, s’ils n’avaient pas eu les ressources nécessaires. »

Mme Allaire-Poliquin rappelle que l’immigration musulmane représente seulement 3 % des nouveaux arrivants au pays.

« Cette peur de l’islamiste radical est assez irrationnelle », croit l’intervenante en immigration, selon qui les réfugiés sont parmi les premières victimes des guerres qui déchirent le Moyen-Orient. « Quitter leur pays, poursuit-elle, ce n’était pas nécessairement leur premier choix et ce n’est pas en fermant nos portes qu’ils vont s’intégrer. »

« On est pour l’immigration, mais elle doit être contrôlée d’une certaine façon, c’est très mal géré », commente M. Chabot. Il donne aussi pour exemple l’entrée plus importante des immigrants illégaux au Canada durant la dernière année. « Ça peut prendre de 10 à 11 ans avant qu’un dossier soit traité », relève-t-il.

« Ce que j’entends dans ce message, c’est surtout qu’il faut se méfier de l’autre, car ça peut nous faire changer notre culture, notre identité et l’identité, c’est très émotif », relève Fannie Allaire-Poliquin.

Groupe identitaire

Ces groupes, et pas seulement la Meute, observe M. Fiset, partent du principe qu’une culture est homogène et peut être menacée par des éléments étrangers.

Pour l’agent de prévention, il s’agit d’un nationalisme essentiellement culturel qui se nourrit de la peur de l’autre. « Ils vont, dit-il, exacerber la peur des gens et s’en servir pour véhiculer leur message islamophobe. S’il n’y avait pas cette peur là, ce genre de groupes n’aurait aucune raison d’exister. »

Souvent, les gens ne sont pas conscients de la teneur raciste de leurs propos, ajoute-t-il.

La Meute est pour cette raison un groupuscule souvent associé aux mouvances d’extrême-droite.

Sébastien Chabot rejette cette étiquette qu’il associe à la violence. Le groupe n’est pas violent, confirme d’ailleurs Maxime Fiset. « Le discours de membres peut l’être, mais pas celui de la Meute. »

Liberté d’expression

Son groupe, dit Sébastien Chabot, défend la liberté d’expression et la laïcité.

Le youtuber et fondateur de Gauchedroitistan.com, André Pitre, est un proche de la mouvance des groupuscules comme celui de la Meute. Il soutient que le véritable combat de la Meute est celui de la liberté d’expression. « Je leur ai dit qu’il n’y avait pas d’islamisme radical au Québec, que la Charia ce n’était pas chez nous », dit-il.

Tous ces genres de groupes, sans aucune exception, ont toujours milité pour la liberté d’expression, commente Maxime Fiset qui y voit une autre menace imaginaire, une autre « peur perçue », plutôt que réelle.

« C’est un mouvement qui dans la dernière année devient de plus en plus politique », observe M. Fiset.

Ils veulent un mouvement de masse, se doter d’une idéologie rassembleuse pour leur mouvement et d’avoir une représentation publique ou politique ou les deux sur une base régulière, explique encore Maxime Fiset.

Sébastien Chabot nie que le clan du Bas-Saint-Laurent cultive des ambitions politiques et maintient qu’il s’agit seulement d’un groupe de pression.

Le clan du Bas-Saint-Laurent entend distribuer des pamphlets lors des grandes manifestations de l’été comme Éole en musique ou les Grandes Fêtes Telus.

Le groupe souhaite aussi présenter des conférenciers comme le Mouvement républicain du Québec a tenté de le faire récemment au collège Maisonneuve.

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