L'attente est terminée, les pêcheurs de la zone 17 de l'estuaire du Saint-Laurent ont levé leurs casiers. Le crabe est arrivé. C'est l'habituelle folie printanière autour des quais et des poissonneries de l'Est du Québec qui provoque une véritable ruée, non pas vers l'or, mais bien vers le crustacé.

Un texte d'Isabelle St-Pierre Roy 
Collaboration de Denis Castonguay 

« C'est de l'or, le monde l'attend, le monde court après [le crabe] », nous dit-on aux Pêcheries de l'Estuaire, basées à Sainte-Luce, au Bas-Saint-Laurent.

Le mouvement est continu au quai de Rimouski. Les crabiers font des allers-retours pour débarquer leurs prises. Les poissonneries ne dérougissent pas. Les files d'attente ne sont pas rares. Oubliez le traditionnel jambon, ici, la question qui est sur bien des lèvres d'année en année : va-t-on avoir du crabe sur la table à Pâques?

« Les deux premières semaines, ça fly pas mal, relate René Landry. Nous allons être cinq jours sans arrêt pour la fin de semaine de Pâques. La demande est forte. »

À la Poissonnerie Gagnon de Rimouski, 10 à 20 employés sont à pied d'oeuvre pour cuire le crabe et servir les clients. La saison risque d'être bonne d'autant que Pêches et Océans Canada a augmenté le quota total de prises de 25 % par rapport à 2015. En tout, les pêcheurs de la zone 17 peuvent sortir 1678 tonnes de crabes du Saint-Laurent. Cette augmentation s'explique par l'abondance de la ressource avec l'arrivée d'une nouvelle génération du crustacé.

Une frénésie qui a des échos 500 km plus loin

Les Montréalais doivent parfois attendre un peu plus avant de goûter au crabe de la zone 17, mais ça n'empêche pas des résidents de la métropole d'être atteints par la ferveur autour de ce produit. Pierre Girardin en vend depuis 15 ans. Il se fait même un devoir d'appeler ses 1400 bons clients au début de la saison de pêche.

« À Rimouski, quand le crabe sort, tu regardes ça à la télé, à la radio, dans les journaux, tout le monde le sait, mais à Montréal, ce n'est pas pareil, mentionne celui qui est installé aux marchés Atwater et Maisonneuve. Mais je peux vous dire que parmi mes clients, je ressens la même frénésie. Ils attendent ça, tu ne peux pas savoir. La première semaine, il y a une file en avant du comptoir »

Les crustacés partent comme des petits pains chauds, en une journée. « On remonte de Rimouski le jeudi, on vend le vendredi et mon camion [vide] redescend la même journée », explique M. Girardin.

Pour lui, la recette est simple, ceux qui découvrent le crabe l'adoptent. Plus bas dans l'estuaire, le crabe est déjà écrit en grosses lettres sur le menu des familles.

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