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Le conteur québécois qui réchauffe le coeur des Bruxellois

Pendant que la capitale belge était plongée cette semaine dans la peur, le conteur québécois Simon Gauthier est allé à la rencontre des Bruxellois dans leur salon, pour tenter de chasser l'angoisse ambiante.

Un texte de Félix-Antoine Viens

Simon Gauthier roule sa bosse dans le milieu du conte au Québec depuis 18 ans. Originaire de Sept-Îles et maintenant établi en Mauricie, il se considère comme un nomade du conte, voyageant de son art une grande partie de l'année.

Le 15 novembre, deux jours après les terribles événements survenus à Paris, le conteur a atterri à Lille, dans le nord de la France, pour le début d'une tournée en sol européen.

Il a par la suite gagné Bruxelles, quelques heures avant que l'état d'urgence maximal y soit décrété. Contraint d'annuler le spectacle du Québécois, la directrice du Théâtre La Roseraie, dans le sud de la capitale bruxelloise, a lancé un appel à la communauté pour trouver un autre lieu où le conteur et le public pourraient se réunir.

Après avoir « raconté » dans un atelier de menuiserie devant une cinquantaine de personnes, un couple a proposé à Simon Gauthier de se produire dans leur salon, lançant à nouveau l'invitation aux gens du quartier.

« On s'est reviré, on a fait des spectacles dans les salons où on invitait des gens, pour que la culture vive. [Les conteurs], on est des chasses moroses, donc on ne se laisse pas intimider si facilement. Et il fallait donner de l'espoir, pour que les gens repartent après dans Bruxelles libérés de leurs angoisses. »

Pour le Québécois, ces soirées bruxelloises se sont transformées en traditionnelles veillées québécoises.

« On a préparé une veillée, car c'était vraiment ça. Moi, j'envoyais l'adresse secrète, parce qu'on ne voulait pas faire exploser le salon. On se ramassait 30 ou 40 personnes. Et à chaque fois que quelqu'un sonnait pour entrer, tout le monde s'exclamait. Tout ça leur a donné l'idée de poursuivre ces veillées, donc peut-être qu'on a lancé un mouvement. »

Il estime avoir permis à une centaine de personnes, le temps de quelques heures, d'oublier le climat de haine qu'il a constaté dans la ville.

« On oublie un moment qu'il y a une menace, qu'il y a pratiquement couvre-feu dehors. Il fait bon, il y a du thé, il y a du monde et je conte des histoires. On se serait cru un peu sous un régime totalitaire [où a culture est malmenée]. »

Une ville fermée

Simon Gauthier a depuis regagné la France, où il offrira plusieurs spectacles dans les prochains jours en région Rhône-Alpes. Pendant cinq jours, il a constaté l'effet de l'alerte maximale à Bruxelles, une ville où l'activité urbaine s'est soudainement arrêtée.

« Les supermarchés, les écoles, les transports en commun étaient arrêtés, plus rien ne bougeait. Les métros ont commencé à recirculer, mais je sens que des gens avaient peur de le prendre. J'avais l'impression d'être un ressortissant. Ce n'est pas un pays en guerre, mais il y a de la haine qui flotte à Bruxelles en ce moment. »

Le conteur retournera en France en janvier et en mai prochain pour deux nouvelles tournées. D'ici là, il offrira plusieurs spectacles au Québec. Même s'il aurait préféré présenter son spectacle à Bruxelles dans un contexte différent, Simon Gauthier sait que c'est dans ces moments que ses contes prennent tous leurs sens.

« Mon rêve dans la vie, c'était de raconter des histoires, et c'est ce que je suis en train de faire. Ça fait 18 ans que je vis de mon art, ce qui me permet d'amener de l'espoir et de partager de la chaleur humaine, comme j'ai fait avec les Bruxellois et les Bruxelloises. »

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