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Le coureur Jacob Desrosiers : légendaire aux États-Unis, oublié au Québec

C'est un fait méconnu : le village de Saint-Ulric a vu naître un des plus grands champions internationaux de course à motocyclette du début du 20e siècle. À la fois glorieux et tragique, le destin de Jacob Desrosiers ressemble à celui du coureur automobile Gilles Villeneuve.

Un texte de Brigitte Dubé, d'après une entrevue réalisée à Bon pied bonne heure

L’homme d’affaires et collectionneur montréalais Pierre Massue l’a découvert en faisant des recherches en vue d’écrire un livre sur l’histoire de la motocyclette au Québec.

Dès le début du 20e siècle, cet oublié de l’histoire avait déjà une réputation internationale. Selon Pierre Massue, celui qui se faisait appeler Jake DeRosier est devenu une légende vivante.

Au moment où l’industrie de la moto était naissante, il a couru en Europe pendant deux ans, en France, en Angleterre, en Belgique et en Hollande.

De retour aux États-Unis, il a participé à la toute première course disputée à Indianapolis. Cette ville est devenue elle aussi légendaire avec les 500 milles d’Indianapolis disputés chaque année depuis 1911.

Jacob Desrosiers a couru pour la société Indian, fondée en 1903. Celle-ci a dominé le marché de la moto jusqu’en 1953. Dans l’histoire, sa renommée précède et égale celle de la compagnie Harley Davidson.

Selon M. Massue, Jake DeRosier a été recruté dès la fondation d’Indian. « Il est devenu le porte-étendard de l’efficacité des motos Indian, raconte-t-il. Il faisait des courses contre la montre. Il courait sur piste, mais gravissait des montagnes aussi. Il a remporté environ 900 courses. »

Jake DeRosier s’est bâti une réputation de casse-cou un peu fou et téméraire. On le voyait comme une personne que rien ne pouvait arrêter, qui persistait à courir malgré de nombreuses fractures.

« Un autre champion nommé Charles Balke avait dit : " Si j’avais le 10e de son courage, je serais un grand champion! " », rapporte M. Massue.

Une étoile filante, comme Gilles Villeneuve

L’apogée de la carrière de Jacob Desrosiers a été très rapide, entre 1908 et 1912. Il est mort en 1913 à l’âge de 32 ans, d’une septicémie (infection) contractée à la suite d’un accident survenu à Los Angeles.

M. Massue estime que le destin tragique de Jacob Desrosiers est semblable à celui du coureur automobile Gilles Villeneuve.

Son père a quitté Saint-Ulric, en quête d’une vie meilleure

Jacob Desrosiers a quitté Saint-Ulric avec ses parents, Alphonse Desrosiers et Georgianna Ratté, au tournant de 1883-1884. Installé au Massachusetts, son père a d’abord travaillé dans une usine de fabrication de bicyclettes à Fall River puis a déménagé à Springfield.

Le hasard a fait que le coureur a épousé une fille originaire de Baie-des-Sables, village voisin Saint-Ulric, rencontrée là-bas, Malvina Castonguay. Ils ont eu deux enfants dont un est mort jeune d’une maladie. Sa fille a péri dans un incendie.

Pierre Massue précise que Jacob Desrosiers a remporté plus de 900 courses. « Il a été intronisé dans plusieurs panthéons, dit-il. Des courses et des trophées portent son nom. Les grands amateurs de moto le connaissent. »

Son cousin Raoul Castonguay, fils d’Alfred, a aussi quitté Baie-des-Sables pour s’installer à Fall River. Il a suivi ses traces.

Pierre Massue souligne le fait qu’à sa mort, l’usine Indian (qui engageait beaucoup de Canadiens-français) a fermé ses portes pour les funérailles, auxquelles ont assisté plus de 5000 personnes.

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