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Le sébaste redevient le roi du golfe du Saint-Laurent

Après un déclin de 97 % des stocks, le sébaste est de retour dans les eaux du golfe du Saint-Laurent. Il n'y a actuellement aucune autre espèce commercialement pêchée plus abondante dans le Saint-Laurent.

Un texte de Joane BérubéPêches et Océans Canada estime qu'il y a actuellement 2,5 millions de tonnes de sébastes de l’Atlantique dans le golfe du Saint-Laurent.

L’espèce pourrait devenir prochainement la plus pêchée dans le golfe. Pour l'instant, la biomasse est essentiellement composée de jeunes poissons en croissance.

Ce retour est d’autant plus surprenant que le sébaste de l’Atlantique a été classé espèce en voie de disparition en 2010 par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada.

Historiquement, une nouvelle cohorte de jeunes sébastes surgissait environ tous les 10 ans ce qui assurait le maintien de la biomasse du golfe. La dernière cohorte observée par les biologistes datait toutefois de 1980. Depuis 30 ans, l’espèce était en constante diminution. Sa biomasse était à son plus bas.

La cohorte de 2011 allait être la plus importante jamais observée.

Visiblement, le poisson rouge, comme le nomment les pêcheurs, n’avait pas encore dit son dernier mot.

La cohorte de 2011 a été suivie par celles de 2012 et de 2013.

L’environnement, dont la température de l’eau, a dû favoriser la survie des larves, observe le biologiste. Des recherches restent toutefois à effectuer pour mieux comprendre la nature épisodique de la reproduction du sébaste et les facteurs qui la favorisent.

Bientôt la pêche?

Le sébaste est un poisson qui grandit lentement. Malgré tout, en 2017, la biomasse des poissons qui avaient atteint plus de 22 cm, soit la taille commerciale, est comparable à l'ensemble de la biomasse observée à la fin des années 1980 et au début des années 1990.

À titre comparatif, les pêcheurs de la zone du golfe ont débarqué 77 000 tonnes de sébastes en 1992, soit deux ans avant le moratoire.

Selon les scientifiques, 50 % de la cohorte de 2011 sera de taille commerciale à l’été 2018.

Depuis un an, un groupe de travail, réunissant des scientifiques et des représentants de l’industrie des pêches, réfléchit au redémarrage de la pêche.

Ce poisson peut vivre de 40 à 50 ans. S’il est pêché de manière durable, croit M. Bourdages, d’autres cohortes pourraient venir enrichir la biomasse.

Les défis sont nombreux. Outre le fait d’assurer une pêche durable, l’industrie devra aussi développer de nouveaux marchés et reconvertir les usines.

D’autant plus que l’arrivée massive de jeunes sébastes vient perturber l’écosystème du golfe.

La diète du sébaste juvénile est composée à 60 % de crevettes, dont la célèbre Pandalus borealis.

Les scientifiques attribuent d’ailleurs la baisse de la biomasse de la crevette nordique à cet accroissement soudain de la biomasse de sébaste.

Hugo Bourdages rappelle qu’il y a une quarantaine d’années, au moment où le sébaste était abondant dans le golfe, la pêche à la crevette nordique était une pêche beaucoup plus marginale avec, par exemple, des débarquements d’environ 5000 tonnes au milieu des années 1970 et de près de 10 000 tonnes dans les années 1980.

Cette arrivée massive du sébaste pourrait être le prélude à bien d’autres changements dans l’écosystème du golfe et dans celui bien fragile de l’industrie des pêches.

Le moratoire sur la pêche au sébaste n'a pas encore été levé.

La réouverture officielle d'une petite pêche au sébaste en 2018 ou 2019 pourrait bien être le début d'un nouveau cycle pour les pêches du golfe.

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