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Les changements climatiques bouleversent la baleine noire

La baleine noire souffre des changements climatiques. La hausse de température des eaux semble nuire à son taux de fécondité en plus de perturber son habitat estival habituel, selon les chercheurs de l'Institut Maurice-Lamontagne.

Un texte de Léa Beauchesne

Les scientifiques de ce centre de recherche de Pêches et Océans Canada étudient entre autres l'écosystème du golfe du Saint-Laurent, un habitat que fréquente de plus en plus la baleine noire.

La présence importante de cette baleine dans le golfe serait liée à la baisse marquée de zooplancton dans son habitat estival habituel.

D'ordinaire présentes à la hauteur du golfe du Maine, dans l’entrée de la baie de Fundy et près de la Nouvelle-Écosse, le mammifère a migré beaucoup plus au nord depuis 2014.

La santé de cette espèce retient l’attention depuis qu’une douzaine de baleines noires ont été retrouvées mortes dans le golfe du Saint-Laurent en seulement quelques mois. Les résultats des nécropsies seront d’ailleurs dévoilés jeudi.

Ce changement s’expliquerait par un manque de nourriture dans leur habitat de prédilection.

Depuis quelques années, les scientifiques ont observé une baisse inquiétante des quantités de Calanus finmarchicus, qui domine normalement la biomasse de zooplancton dans les zones prisées traditionnellement par les baleines noires.

Le réchauffement de l'eau serait à l'origine de cette baisse, explique Stéphane Plourde, chercheur à l'Institut Maurice-Lamontagne.

Le scientifique souligne que le réchauffement a une incidence importante sur la chaîne de production du plancton. C'est que le zooplancton se nourrit de phytoplancton, une algue microscopique qui se développe davantage dans les eaux plus fraîches.

« Un réchauffement pendant l’été et à l’automne fait que la période où l’habitat est favorable est beaucoup plus courte que d’habitude, donc ça diminue sa productivité. »

Un impact sur les naissances

Dans les années 80 et 90, le lien entre la fréquence de grossesses des femelles et les quantités de nourriture avait été démontré.

Après une baisse marquée, les taux de natalité étaient revenus à la normale en même temps qu'un retour des stocks de zooplancton. « Pour les animaux qui vivent longtemps, comme les mammifères marins, c’est assez commun. »

Le manque de nourriture commencerait aussi à se faire sentir dans le golfe du Saint-Laurent depuis environ trois ans, ce qui pourrait expliquer les faibles taux de natalité observés.

« On observe beaucoup de baleines les dernières années entre les Îles-de-la-Madeleine et la péninsule gaspésienne. Dans ces endroits-là, on observe 90 % moins de calanus depuis un certain temps. »

Stéphane Plourde souligne que le lien est difficile à établir, mais qu’il semble y avoir une corrélation entre ces faibles niveaux de nourriture et la diminution du nombre de petits dans la population.

Ce cycle a déjà été observé par le passé, mais semble vouloir perdurer. « Des conditions comme ça dans le golfe du Saint-Laurent, ça a été vu une fois de temps en temps durant une année. Là, on le voit depuis deux, trois ans. C’est un peu plus long que d’habitude. »

Le gouvernement fédéral élabore présentement un plan de protection des baleines noires.

D'après une entrevue réalisée par Maude Rivard à l'émission Au coeur du Monde

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