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Les régions craignent de voir les emplois dans l'éolien disparaître

Avec Québec qui met un frein au développement éolien, bien des gens en région craignent de perdre leur emploi. Les Gaspésiens et les Matanais sont particulièrement inquiets.

Un texte de Claude Brunet à Désautels le dimanche

Le gouvernement québécois a annoncé dans sa toute nouvelle politique énergétique qu'il n'y aurait pas de nouveaux parcs éoliens pour la consommation intérieure tant que les surplus en électricité seront aussi importants. Plusieurs années pourraient s'écouler avant que ces surplus retombent à un niveau acceptable. 

Cette décision de Québec a suscité beaucoup d'angoisse en région.

Les éoliennes pour revitaliser les régions

Le développement de l'éolien au Québec est intimement lié au développement régional. Dès les premiers appels d'offres, en 2003, le gouvernement québécois a imposé aux promoteurs l'obligation de fabriquer et d'assembler une partie des composantes en Gaspésie ou dans la région de Matane.

L'idée était de revitaliser cette région lourdement touchée par d'importantes pertes d'emplois, causées notamment par la fermeture de la mine de Murdochville, la fermeture de la Gaspésia à Chandler, le moratoire sur la pêche aux poissons de fond et la crise du bois d'oeuvre. 

Les fabricants de pièces d'éoliennes ont donc dû ouvrir des usines dans la zone désignée par le gouvernement, soit la Gaspésie et la Matanie. En 2013, une étude de la firme SECOR concluait que cette politique de développement éolien a permis de créer un millier d'emplois par année en Gaspésie.

Des emplois aujourd'hui menacés

Pas de contrats d'éoliennes, pas de travail dans les usines de Gaspésie et de Matane. Déjà, avant la présentation de la politique énergétique, des entreprises de Matane et de New Richmond avaient annoncé des mises à pied, parce que les commandes commençaient à se faire rares. Alors, depuis, on appréhende la catastrophe.

L'un des derniers projets à voir le jour est le parc éolien Nicolas-Riou, au sud de Trois-Pistoles. C'est un projet communautaire, financé par la société française EDF et les MRC du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie.

Quand il sera en service, à la fin de l'an prochain, ce parc éolien sera l'un des plus importants au Québec, avec 68 éoliennes de 3,3 mégawatts. Le coût du projet : 500 millions de dollars. Et 45 % des dépenses devront être faites en Gaspésie ou à Matane; une manne pour l'industrie.

Mais l'avenir laisse songeur le représentant du promoteur, le préfet de la MRC de Rivière-du-Loup, Michel Lagacé.

Des usines sous respirateur artificiel

L'entreprise Marmen fabrique des tours d'éoliennes en acier. Elle possède trois usines pour la fabrication de ces tours, à Trois-Rivières, à Matane et au Dakota du Sud. La compagnie a dû implanter une usine à Matane pour pouvoir profiter des contrats au Québec. Marmen est une entreprise familiale dirigée par Patrick Pellerin.

À Gaspé, on trouve le seul fabricant de pales d'éoliennes au Québec. Une entreprise danoise, LM Wind Power. C'est le plus important employeur privé de la région. Et dans quelques mois, son carnet de commandes sera vide.

Québec estime que l'avenir de l'éolien passe par l'exportation d'électricité. Éventuellement, Hydro-Québec pourrait lancer de nouveaux appels d'offres pour des parcs éoliens, dont l'énergie serait exportée aux États-Unis.

Ce sera complexe à réaliser et impossible à court terme. L'industrie attend les plans d'action pour la mise en oeuvre de la politique énergétique. Mais pour l'instant, les carnets de commandes se vident et les emplois sont précaires.

Écoutez le reportage radio de Claude Brunet à l'émission Désautels le dimanche le 17 avril.

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