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Maison Johan-Beetz : les défis de préserver un bâtiment patrimonial

La Municipalité de Baie-Johan-Beetz interpelle le ministère de la Culture et des Communications pour que des rénovations soient effectuées sur la maison emblème du village.

Un texte d'Evelyne Côté

Sise sur un cap rocheux à l'embouchure de la rivière Piashti, la résidence à toit mansardé rouge capte l'attention des visiteurs dès leur arrivée.

Construite en 1899, la maison porte le nom de l'aristocrate belge Johan Beetz, un médecin et un naturaliste, qui y a vécu jusqu'en 1922.

Le bâtiment s'inspire du style Second Empire avec ses frises dentelées, les pignons de ses lucarnes et ses chambranles en bois. À l'intérieur, le décor est orné de motifs floraux et animaliers peints à l'huile par Johan Beetz.

La maison a été classée immeuble patrimonial en 1979, en raison de sa valeur architecturale et artistique.

Un bâtiment victime du temps

Toutefois, d'après le maire de la municipalité, Frédérick Gagnon, la maison a perdu son lustre d'antan. Il signale la dégradation extérieure du bâtiment. « On voit que les morceaux de bois au niveau de la structure et du balcon sont pourris ou usés », note-t-il. Il fait remarquer que la peinture des murs et de la toiture se décolore également.

Le maire a entamé des démarches, il y a quelques semaines, auprès du ministère de la Culture et des Communications pour que le « château », comme le surnomment les résidents, retrouve ses lettres de noblesse.

« Je n'ai pas senti d'action du côté [de la Pourvoirie Baie-Johan-Beetz, qui est propriétaire du bâtiment] », se désole-t-il.

Frédérick Gagnon témoigne de l'importance de cette résidence pour la communauté : « Les personnes les plus aînées ont vécu des moments importants dans ce château. Il y a eu des réceptions et des mariages qui s'y déroulaient », raconte-t-il.

Le brasier de 2013

La Pourvoirie Baie-Johan-Beetz est propriétaire du bâtiment depuis 2001, qui sert actuellement de lieu d'hébergement pour les pêcheurs durant l'été.

En réponse à la demande du maire, la gérante de la Pourvoirie, Geneviève Tremblay, rétorque qu'elle a perdu plus de 300 000 $ avec le feu de forêt de 2013.

Quatre chalets, une vingtaine de chaloupes et des ponceaux, appartenant à la Pourvoirie, ont été ravagés par les flammes.

Par ailleurs, elle souligne la complexité et les délais pour effectuer des rénovations sur un bâtiment patrimonial. « Il y a eu plein de petits retards pour plein de circonstances », ajoute-t-elle.

La gérante de la Pourvoirie, qui possède aussi la Seigneurie du Triton, en Mauricie, précise que les bardeaux de la toiture ont été refaits en 2007 ou 2008 et ont été repeints en 2013.

Loi sur le patrimoine culturel

L'article 26 de la Loi sur le patrimoine culturel stipule que « tout propriétaire d'un bien patrimonial classé doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la préservation de la valeur patrimoniale de ce bien ».

Le directeur général du patrimoine pour le ministère de la Culture et des Communications, Martin Pineault, indique que les propriétaires de bâtiments patrimoniaux peuvent demander une aide financière pour réaliser des travaux de rénovation s'ils n'ont pas les moyens de le faire.

À propos de la complexité de posséder et de rénover un bien patrimonial, il précise que le ministère a mis en place des outils pour faciliter les démarches des propriétaires. « Que ce soit la mise en place de guides d'application pour la préservation des caractéristiques architecturales des bâtiments ou encore on a développé une expertise régionale avec la collaboration des MRC », spécifie le directeur général.

Retour des visites

Devant la maison Johan-Beetz, les visiteurs, qui s'arrêtent dans la petite municipalité, se butent le nez sur des portes fermées.

Depuis quelques années, il n'est plus possible de visiter ce lieu emblématique de la Minganie. La gérante de la Pourvoirie soutient qu'elle n'a pas la main-d'œuvre pour le faire.

La Municipalité a d'ailleurs contacté le propriétaire au printemps pour lui signifier son intérêt afin de reprendre les visites cet été et s'impliquer d'une quelconque manière dans ce projet. Néanmoins, d'après le maire, sa demande est restée lettre morte.

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